Accueil / Musique / The Black Keys : Peaches! divise la presse musicale

The Black Keys : Peaches! divise la presse musicale

Sorti le 1er mai 2026 chez Easy Eye Sound / Warner, Peaches! est le quatorzième album studio de The Black Keys. Dan Auerbach et Patrick Carney y reviennent au disque de reprises, cinq ans après Delta Kream et quelques mois après No Rain, No Flowers. La presse musicale s’accorde sur un point : le duo américain cherche ici le son brut, les amplis sales, le blues-rock joué sans vernis. Elle diverge sur le résultat. Retour vital pour les uns. Exercice un peu expédié pour les autres.

L’avis de la presse musique sur The Black Keys Peaches!

La réception de Peaches! est assez nette dans ses lignes de fracture. LouderSound entend un retour bienvenu aux amplis poussés, à la distorsion et à la rudesse qui avaient nourri The Black Keys à ses débuts. Le média insiste sur le côté urgent, sale, presque volontairement mal dégrossi du disque. Les Inrockuptibles, eux, parlent d’un album de reprises qui “frôle l’autoparodie” lors de sessions improvisées, même si certains moments réussissent à convaincre. La formule est cruelle, mais elle résume bien le problème. Quand The Black Keys retrouve son vieux moteur, il démarre vite. Quand le duo s’y installe trop confortablement, on entend surtout le ronronnement. Ce n’est pas exactement une révolution mécanique. Mais le cap est clair.

Paste Magazine se montre plus sévère. Le site décrit Peaches! comme un disque qui tente de fabriquer le son d’un garage de l’Ohio dans un studio confortable de Nashville. La remarque touche un point sensible. The Black Keys a construit son imaginaire sur la rugosité, les prises directes, l’électricité mal peignée. Mais le groupe n’est plus dans une cave d’Akron. Il joue depuis longtemps avec des moyens plus larges, dans un cadre plus maîtrisé. Toute la tension de Peaches! tient là. Le disque veut paraître spontané. La presse la plus sceptique entend parfois le travail de mise en scène derrière la poussière.

Mojo, via Metacritic, accueille mieux l’exercice. Le magazine donne une note de 80 et repère dans la reprise de “She Does It Right” de Dr. Feelgood une clé de lecture du disque. Le commentaire insiste sur les choix de répertoire, souvent tournés vers des noms moins installés du blues et du rock. Rolling Stone, de son côté, souligne aussi le poids du blues du nord du Mississippi dans Peaches!. Cette lecture replace le disque dans une histoire plus précise. The Black Keys ne se contente pas de refaire “du vieux”. Il revient vers un vocabulaire qui l’a formé. Reste à savoir si revenir vers une source suffit à faire un bon disque. La presse, sur ce point, garde poliment ses distances.

Un album enregistré dans une période lourde

Le contexte d’enregistrement donne à Peaches! une couleur plus sombre que son titre ne le laisse croire. Pitchfork rapporte que le projet a commencé alors que le père de Dan Auerbach était atteint d’un cancer de l’œsophage et vivait chez lui à Nashville. Le média cite Auerbach : “We weren’t making a record. We were just jamming.” “On ne faisait pas un disque. On jammait, simplement.” La phrase explique une partie de l’objet. Peaches! n’aurait pas d’abord été pensé comme un album cadré, mais comme une sortie physique, presque nerveuse. Cela s’entend dans la manière dont les morceaux avancent. Ils ne cherchent pas la belle architecture. Ils cherchent l’air.

LouderSound ajoute que l’album a été enregistré en grande partie live, avec peu d’overdubs, à Nashville, aux côtés de Kenny Brown, Eric Deaton et Jimbo Mathus. Patrick Carney résume le mixage avec une phrase assez utile : “It was a nightmare to mix, but we got it sounding raw and filthy.” “C’était un cauchemar à mixer, mais on a réussi à le rendre brut et crasseux.” On peut difficilement faire plus clair. La saleté sonore n’est pas un accident. Elle est revendiquée. Cela donne au disque sa cohérence. Cela explique aussi ses limites. Quand tout veut sonner brut, le brut devient vite une méthode. Une méthode, même sale, reste une méthode.

Le morceau “You Got to Lose” a servi de premier extrait. Pitchfork précise que son clip, réalisé par E.J. McLeavey-Fisher, montre le groupe lors d’un concert surprise au Hernando’s Hide-A-Way, à Memphis. Le choix du lieu n’est pas anodin. Memphis porte une mémoire musicale que The Black Keys aime regarder de près. La scène, le bois, la lumière basse, les corps serrés : tout colle au récit d’un disque joué plus que fabriqué.

Dans l’actualité de The Black Keys, un disque de reprise en main

Peaches! arrive après une période agitée pour The Black Keys. En 2024, le duo avait annulé une tournée nord-américaine, avec l’idée de revoir le format des concerts, selon Pitchfork. En 2025, No Rain, No Flowers avait relancé une cadence discographique rapide. En 2026, Peaches! devient leur troisième album en trois ans si l’on compte Ohio Players, No Rain, No Flowers et ce nouveau disque. Le groupe se remet donc dans l’actualité par l’abondance. Ce n’est pas toujours un gage de nécessité. Mais cela signale une volonté de rester en mouvement.

L’entretien accordé au Times, repris par LouderSound, installe aussi Peaches! dans un climat de défiance envers l’industrie musicale. Dan Auerbach et Patrick Carney y critiquent durement le fonctionnement du secteur, notamment la concentration du pouvoir économique et les circuits de tournée. LouderSound relie ce discours aux difficultés récentes du groupe, dont l’annulation de la tournée 2024 et la séparation avec certains partenaires professionnels. Ce contexte compte. Peaches! n’est pas seulement un album de reprises. C’est aussi un disque où The Black Keys semble vouloir réduire les intermédiaires, revenir à la prise, au riff, au geste court. L’idée a quelque chose de presque hygiénique. On nettoie la table, puis… on remet de la poussière dessus.

La tournée Peaches ‘n Kream World Tour ’26 remet enfin le groupe sur la route. Pitchfork annonce un parcours nord-américain et européen, lancé au printemps 2026, avec des dates à Paris, Londres, Amsterdam, Cologne, Milan, Madrid ou Istanbul. Cette tournée donne au disque une fonction claire. Peaches! sert de carburant de scène. Les reprises blues-rock, les tempos directs et les guitares épaisses sont faits pour ça. Pas besoin de grands discours. Le disque semble pensé pour être branché, joué, rebranché le soir suivant. La critique peut trouver cela limité. Le public, lui, saura vite si le volume suffit.

Une discographie ramenée vers le blues

Dans la discographie de The Black Keys, Peaches! dialogue surtout avec The Big Come Up, Chulahoma et Delta Kream. Le site officiel du groupe le présente comme leur quatorzième album studio et leur sixième depuis 2019. Il le décrit aussi comme leur disque le plus naturel depuis The Big Come Up, leur premier album de 2002. Pitchfork reprend cette idée dans l’annonce de l’album. La comparaison est lourde, presque trop pratique. Elle permet de vendre un retour aux origines sans dire “retour aux origines” toutes les trois lignes. Mais elle éclaire bien le geste. The Black Keys ne cherche pas ici l’élargissement pop de El Camino. Il revient au grain, au blues, au format resserré.

La liste des titres confirme cette logique. Le store officiel annonce dix morceaux avec notamment des reprises liées à George Thorogood, Dr. Feelgood et Junior Kimbrough. Le disque circule donc entre blues, boogie, rock de bar et mémoire du Mississippi. Ce n’est pas une carte postale. Ce n’est pas non plus une excavation très risquée. The Black Keys remet la main dans sa caisse de disques. Il en ressort de la poussière, quelques étincelles, et parfois une vieille odeur de déjà-vu.


The Black Keys : Peaches! (Easy eye sound / Warner records) – Sortie le 1er mai 2026

Sources :

  • Pitchfork – The Black Keys Announce New Album Peaches!, Drop Song – 2026
  • Pitchfork – The Black Keys Line Up Massive 2026 Tour – 2026
  • LouderSound – The Black Keys announce “primal” new album Peaches!, launch first single – 2026
  • LouderSound – The Black Keys go back to basics on the revitalised, urgent and gloriously unrefined Peaches! – 2026
  • LouderSound – The Black Keys are sick and tired of the “stupid, evil” music industry – 2026
  • The Times – The Black Keys: “This stupid industry sucks… It’s evil” – 2026
  • Les Inrockuptibles – The Black Keys poursuit sa quête de blues-rock à l’ancienne – 2026
  • Paste Magazine – The Black Keys, Peaches! Album Review – 2026
  • MetacriticPeaches! by The Black Keys – 2026
  • The Black Keys Official StorePeaches! – 2026

Bientôt : La newsletter de Sound of Fashion

Notre newsletter est en coulisses. Mode, musique, lifestyle : on prépare un concentré d’actus, d’idées et de belles trouvailles à glisser bientôt dans votre boîte mail. Encore un peu de patience, elle arrive.