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Vinted, Depop : l’économie des placards

Dressing encombré de vêtements, chaussures, sacs et cartons d'expédition, illustrant l'accumulation textile.

Vinted, Vestiaire Collective, Depop ou eBay : les plateformes de seconde main ont transformé la revente de vêtements en véritable activité commerciale. En France, le marché des textiles et chaussures d’occasion a encore progressé en 2025, selon les dernières données de Refashion publiées en septembre 2026. Les particuliers vendent leurs vêtements, négocient les prix et réinvestissent parfois leurs gains dans de nouveaux achats. Les plateformes, elles, développent des systèmes de paiement, de livraison et de commission de plus en plus structurés. Avec le rachat de Depop par eBay en juillet 2026, la concentration du secteur s’accélère. Derrière les bonnes affaires et les promesses environnementales, une autre économie de la mode s’est installée.

Plateformes de seconde main : nos placards en vitrine

Une veste photographiée sur un cintre, une étiquette de marque, trois clichés du tissu et quelques mots pour décrire son état. Il suffit désormais de cela pour transformer un vêtement inutilisé en marchandise. Sur les plateformes de seconde main, chacun peut ouvrir sa propre vitrine, sans local commercial ni stock acheté pour la revente. La garde-robe devient un inventaire, les vêtements possèdent une valeur de revente et les propriétaires se muent en vendeurs occasionnels. Le phénomène dépasse largement les amateurs de vintage ou les collectionneurs de pièces rares. Dans une étude publiée en juin 2025, l’ADEME indique que 42 % des Français interrogés ont recours au marché des vêtements de seconde main. Parmi les personnes qui achètent ou revendent des vêtements d’occasion, 87 % utilisent au moins une plateforme en ligne. Vinted domine largement ces usages, devant Leboncoin et les acteurs spécialisés.

Les chiffres confirment l’importance économique de cette évolution. Selon Refashion, le marché français de la seconde main, comprenant les vêtements, chaussures et linge de maison, a progressé de 5 % en volume et de 6 % en valeur en 2025. La croissance ne concerne donc plus seulement les boutiques physiques, les friperies ou les dépôts-ventes. Elle repose aussi sur des millions de transactions réalisées entre particuliers, à travers des applications devenues des habitudes de consommation. Vinted donne une idée de cette échelle : le groupe lituanien annonce 10,8 milliards d’euros de marchandises échangées sur ses plateformes à l’international en 2025, soit une augmentation de 47 % sur un an. Ce montant représente la valeur des transactions, et non les recettes de l’entreprise. Le chiffre d’affaires du groupe atteint 1,1 milliard d’euros, pour un bénéfice net de 62 millions d’euros. Des résultats qui montrent que la revente de vêtements n’est plus seulement une manière de vider ses placards.

Le fonctionnement des plateformes explique en partie leur développement. Les annonces se publient depuis un téléphone, les prix se comparent en quelques secondes et les étiquettes de transport sont générées automatiquement. Les vendeurs photographient les articles, renseignent leur marque, leur taille et leur état, puis attendent les propositions d’achat. Les acheteurs filtrent les résultats selon leurs critères, enregistrent leurs favoris et négocient éventuellement les prix. Chez Vinted, cette mécanique s’appuie désormais sur des activités de paiement et de logistique développées au sein du groupe. Vinted Go gère une partie des livraisons, tandis que Vinted Pay développe ses propres services de paiement. Ces infrastructures représentent des investissements que les petites plateformes ne peuvent pas toujours supporter. Derrière la simplicité apparente d’une annonce à dix euros, il existe désormais une organisation commerciale et technique de grande ampleur.

Une femme photographie une veste marron avec son smartphone, entourée de vêtements pliés et de colis d'expédition.
Photographier, publier une annonce et expédier un colis : les plateformes de seconde main permettent aux particuliers de vendre directement leurs vêtements. @GOOD timing

Vinted, Vestiaire Collective, Depop : trois marchés différents

Toutes les marketplaces de vêtements d’occasion ne s’adressent pourtant pas aux mêmes acheteurs. Vinted privilégie les échanges entre particuliers sur un catalogue très large, où cohabitent vêtements courants, chaussures, accessoires et pièces de créateurs. Vestiaire Collective se concentre davantage sur les marques de luxe et la mode de seconde main haut de gamme, avec une attention particulière portée à l’authentification des articles. Depop occupe un autre territoire, marqué par les vêtements vintage, les tendances et une présentation souvent proche des codes des réseaux sociaux. Une pièce peut ainsi intéresser un acheteur pour sa marque, un autre pour sa coupe et un troisième pour son appartenance à une esthétique précise. Sur ces plateformes, la photographie et la présentation du vêtement jouent un rôle essentiel dans sa perception. Une chemise froissée sur un lit ne raconte pas la même chose que cette même chemise portée et photographiée dans la rue. La seconde main ne se contente plus de proposer des produits déjà utilisés : elle les remet en scène.

Les modèles économiques diffèrent également. Sur Vinted, le vendeur particulier ne paie généralement pas de commission sur le prix de son article, tandis que l’acheteur règle des frais de plateforme obligatoires, auxquels s’ajoute la livraison. Selon le centre d’aide de Vinted, ces frais correspondent généralement à 5 % du prix de l’article, plus 0,70 euro, même si leur calcul peut varier. Un vêtement affiché à 20 euros revient donc généralement à 21,70 euros avant les frais de transport. Vestiaire Collective applique une autre logique, en prélevant directement une commission sur les ventes. Pour les nouvelles annonces concernées depuis le 15 octobre 2026, la plateforme indique des frais de vente de 17 % sur les articles compris entre 75 et 15 000 euros, auxquels s’ajoutent 3 % de frais de traitement du paiement. Un article vendu 200 euros peut ainsi rapporter 160 euros à son propriétaire, avant d’éventuels autres frais. Ces différences modifient sensiblement la rentabilité d’une transaction, notamment lorsque le vêtement possède une valeur importante.

Le rachat de Depop par eBay montre également que ces plateformes sont devenues des actifs convoités par les grands groupes du commerce en ligne. Le 30 juillet 2026, eBay a annoncé avoir finalisé l’acquisition de Depop, jusqu’alors détenue par Etsy. La transaction a été valorisée à environ 1,4 milliard de dollars, ajustements compris, selon le communiqué d’Etsy. Pour eBay, cette opération permet notamment de renforcer sa présence dans la mode d’occasion auprès d’une clientèle plus jeune. Depop doit conserver son identité et sa plateforme distincte, tout en bénéficiant de certaines infrastructures de son nouveau propriétaire. Le marché reste toutefois ouvert à des acteurs spécialisés et à des méthodes de vente différentes. En France, Downly tente par exemple d’introduire un système de prix descendant automatique, sans négociation entre particuliers. La concurrence se joue désormais autant sur la façon de vendre que sur les vêtements proposés.

Triptyque de mode d'occasion réunissant vêtements courants, sac en cuir de luxe et pièces vintage colorées de style Y2K.
Vinted, Vestiaire Collective et Depop illustrent trois approches du marché de la seconde main, entre vêtements du quotidien, luxe et mode vintage. @GOOD timing

La seconde main fait-elle acheter moins ?

La réussite commerciale des marketplaces pose une question moins confortable : que deviennent réellement les habitudes de consommation ? Acheter d’occasion évite de fabriquer un vêtement supplémentaire lorsqu’un achat neuf est effectivement remplacé. Mais vendre un article ne signifie pas nécessairement que son propriétaire va réduire ses prochains achats. L’étude menée par l’ADEME avec l’ObSoCo apporte plusieurs éléments à cette discussion. Elle estime qu’une garde-robe moyenne pourrait compter environ 175 vêtements, soit bien davantage que les 79 pièces déclarées en moyenne par les personnes interrogées. Plus de la moitié des vêtements possédés seraient stockés sans être utilisés, d’après les déclarations recueillies. Le phénomène ne concerne donc pas uniquement les vêtements usés ou passés de mode. Une part importante du marché de l’occasion est alimentée par des achats très peu portés, parfois presque neufs.

Les chiffres consacrés aux comportements de revente sont particulièrement révélateurs. Selon l’ADEME, 66 % des vendeurs interrogés réinjectent les gains de leurs ventes dans leur consommation, tous produits confondus. Parmi eux, une part correspondant à 30 % de l’ensemble des vendeurs utilise cet argent pour acheter de nouveaux vêtements. Du côté des acheteurs, 11 % réemploient les économies réalisées grâce à la seconde main pour acquérir davantage de vêtements. Ces résultats ne permettent pas de conclure que les plateformes provoquent systématiquement une hausse de la consommation. Ils montrent toutefois que l’argent récupéré circule souvent vers de nouveaux achats plutôt que de rester inutilisé. L’ADEME souligne également que les vêtements revendus ont généralement connu une première vie assez courte. La possibilité de revendre facilement peut donc devenir un élément pris en compte dès l’achat d’un article neuf.

Cette évolution change la relation que nous entretenons avec notre garde-robe. Un vêtement n’est plus nécessairement acheté pour être conservé longtemps, mais peut aussi être envisagé comme une pièce destinée à circuler. Les plateformes facilitent cette circulation et prolongent parfois l’usage d’articles qui seraient autrement restés au fond d’un placard. Elles permettent également d’accéder à des marques ou à des produits dont le prix neuf serait trop élevé pour certains acheteurs. Mais la croissance de la seconde main ne signifie pas mécaniquement la disparition de la consommation de vêtements neufs. L’enjeu environnemental dépend notamment du nombre d’achats réellement évités, de la durée d’utilisation des pièces et de leur transport. Entre une veste achetée pour être portée pendant plusieurs années et une autre revendue après quelques sorties, la différence reste considérable. Les marketplaces ont appris à remettre les vêtements en circulation ; reste à savoir si elles nous apprennent aussi à les garder plus longtemps.

Dressing encombré de vêtements, chaussures, sacs et cartons d'expédition, illustrant l'accumulation textile.
La croissance du marché de la seconde main pose une question : la revente de vêtements permet-elle de consommer moins ou de renouveler plus souvent sa garde-robe ? @GOOD timing

Sources :

  • Refashion – Le marché de la seconde main en France en 2025 – 29 septembre 2026.
  • Vinted Group – Vinted grew GMV by 47% YoY to €10.8bn – 9 avril 2026.
  • Vinted – Frais Vinted – Date non indiquée.
  • Vestiaire Collective – Vendeur : frais de vente – Date non indiquée, barème applicable depuis le 15 octobre 2026.
  • eBay – eBay completes acquisition of Depop – 30 juillet 2026.
  • ADEME – Textile et environnement : du fabricant au consommateur, agissons sur l’ensemble de la chaîne de valeur – 25 juin 2025.