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Chanel à l’Opéra de Paris : Matthieu Blazy habille les danseurs de Rings of Saturn

Hugo Marchand et Germain Louvet dans Rings of Saturn, bras courbés et costumes Chanel colorés sur scène.

Le 10 octobre 2026, Chanel faisait son entrée sur la scène du Palais Garnier avec des costumes imaginés par Matthieu Blazy pour Rings of Saturn. Présentée lors du gala d’ouverture de la saison de danse de l’Opéra national de Paris, cette création de Juliano Nuñes réunissait Hugo Marchand et Germain Louvet. Deux danseurs Étoiles, huit minutes de ballet et des chemises brodées qui bousculent les codes du costume de scène.

Chanel à l’Opéra de Paris : huit minutes pour deux danseurs Étoiles

Le 10 octobre 2026, le Palais Garnier accueillait le gala d’ouverture de la saison de danse 2026-2027 de l’Opéra national de Paris. La soirée débutait par le traditionnel Défilé du Ballet, réunissant sur scène les différentes générations de la compagnie. Suivaient trois œuvres, dont Vers un pays sage de Jean-Christophe Maillot et Busk d’Aszure Barton. Mais une création retenait particulièrement l’attention du monde de la mode : Rings of Saturn, du chorégraphe brésilien Juliano Nuñes. Sur une musique de Samuel Barber, la pièce réunit les danseurs Étoiles Hugo Marchand et Germain Louvet. Huit minutes seulement, dans une scénographie dépouillée, où chaque détail vestimentaire devient visible. Pour habiller les deux hommes, Matthieu Blazy, directeur artistique de Chanel, a imaginé des costumes qui prennent leurs distances avec le vestiaire traditionnel du ballet. Pas de justaucorps, mais des chemises et des pantalons dont la simplicité apparente dissimule un travail textile précis.

Rings of Saturn repose sur la présence de deux interprètes dont les silhouettes se répondent. Les costumes ne cherchent pas à distinguer les danseurs par des couleurs opposées ou des vêtements radicalement différents. Au contraire, ils établissent entre eux une proximité visuelle presque troublante. Hugo Marchand et Germain Louvet, qui se connaissent depuis l’adolescence, apparaissent comme deux figures d’un même ensemble. Dans un entretien accordé à Vogue, Marchand a d’ailleurs expliqué avoir été frappé par leur ressemblance une fois les costumes enfilés. Le vêtement devient ainsi un élément du dialogue entre les deux corps. Il ne sert pas à identifier un personnage ni à raconter une époque, comme au cinéma ou au théâtre. Il accompagne une relation chorégraphique où la répétition, les contrastes de mouvement et la présence physique occupent le premier plan.

Hugo Marchand et Germain Louvet dansent Rings of Saturn à l’Opéra de Paris, vêtus de costumes Chanel multicolores.
Hugo Marchand et Germain Louvet dans Rings of Saturn, chorégraphie de Juliano Nuñes, en costumes Chanel dessinés par Matthieu Blazy.

Des chemises Chanel brodées comme des tableaux

À première vue, les costumes de Matthieu Blazy ressemblent à des chemises sombres traversées de grandes touches de couleur. La base est une popeline de coton bleu marine, un tissu habituellement associé à la chemiserie. Sur cette surface viennent se superposer des broderies réalisées avec des fils de Lurex, du velours de soie et des fils de coton. Le rouge coquelicot, le vert et le bleu composent des motifs évoquant les anneaux de Saturne. De loin, les couleurs semblent avoir été déposées au pinceau, comme une aquarelle sur du tissu. De près, ce sont les reliefs et les changements de matière qui construisent cette impression picturale. Les boutons bleu marine bordés d’or apportent un détail plus discret, presque invisible depuis la salle. Les chemises sont associées à des pantalons noirs en grain de poudre, dont la coupe arrondie modifie subtilement la ligne des jambes.

Ce contraste entre une coupe familière et des broderies complexes constitue le véritable sujet des costumes. Matthieu Blazy ne cherche pas à reproduire les codes immédiatement reconnaissables du ballet classique. Il conserve la structure d’un vêtement quotidien, puis intervient sur sa surface, sa texture et ses proportions. Les couleurs deviennent particulièrement présentes lorsque les deux danseurs occupent ensemble l’espace du plateau. Les broderies attirent le regard sans effacer complètement les lignes du corps. Hugo Marchand a reconnu auprès de Vogue qu’il s’attendait d’abord à un costume laissant davantage apparaître sa silhouette de danseur. Sa réaction initiale souligne un choix intéressant : Blazy ne fait pas du corps entièrement découvert la condition de la danse. Il propose un vêtement qui existe pour lui-même, mais dont la lecture change dès qu’il est porté, déplacé et mis en mouvement.

Gros plan sur un costume Chanel de Matthieu Blazy pour Rings of Saturn, aux rayures colorées et boutons noirs.
Détail du costume Chanel imaginé par Matthieu Blazy pour Rings of Saturn, entre reliefs textiles, rayures colorées et nuances de bleu.

De Gabrielle Chanel à Matthieu Blazy, un siècle de dialogue avec la danse

La rencontre entre Chanel et la danse ne commence pas au Palais Garnier. En 1924, Gabrielle Chanel créait déjà les costumes du Train bleu, un ballet des Ballets russes présenté au Théâtre des Champs-Élysées. La chorégraphie était signée Bronislava Nijinska, sur une musique de Darius Milhaud et un argument de Jean Cocteau. L’univers visuel faisait alors une place inhabituelle aux vêtements de sport, aux tenues de plage et aux maillots de bain. Chanel habillait des personnages dont les gestes évoquaient les loisirs modernes plutôt que les figures traditionnelles du ballet. Cette utilisation de vêtements contemporains sur scène rompait avec une certaine idée du costume spectaculaire. Elle soulevait aussi des difficultés concrètes, notamment lorsque les matières ou les accessoires compliquaient les prises et les portés. Un siècle plus tard, Rings of Saturn retrouve quelque chose de cette tension entre vêtement de ville, création de mode et exigences du mouvement.

La présence de Chanel à l’Opéra national de Paris s’inscrit aujourd’hui dans un cadre institutionnel bien établi. La maison soutient le gala d’ouverture depuis 2018 et compte parmi les grands mécènes de l’Opéra depuis 2023. Depuis 2021, elle signe les tutus et les diadèmes portés par les danseuses Étoiles lors du Défilé du Ballet. Le Junior Ballet porte également des tutus conçus par Chanel depuis 2025. Mais les costumes de Rings of Saturn représentent un travail d’une autre nature : ils ont été imaginés pour une création chorégraphique précise. Là où le tutu du défilé accompagne un rituel, les chemises de Matthieu Blazy participent à l’identité visuelle d’une œuvre nouvelle. Ce déplacement est essentiel, car il fait passer la maison du soutien institutionnel à une intervention dans la création scénique. Au Palais Garnier, Chanel n’habille donc pas seulement les danseurs pour une soirée de gala : ses vêtements deviennent, pendant huit minutes, une partie du langage du ballet.

Tutus blancs de ballet disposés sur des supports, portants de costumes et boiseries dans un espace de stockage.
Tutus blancs, vêtements suspendus et accessoires de scène témoignent du travail de conservation et de préparation des costumes de ballet.

Sources

  • Vogue France — Matthieu Blazy signe ses premiers costumes pour le gala d’ouverture de l’Opéra de Paris — 12 octobre 2026.
  • Vogue — Vive Le Ballet! Matthieu Blazy’s Chanel Lights Up the Stage at the Opéra Garnier — 12 octobre 2026. Détails des tissus et témoignage de Hugo Marchand.
  • Opéra national de Paris — Gala : ouverture de la saison de danse — Programme officiel du 10 octobre 2026.
  • Chanel — Paris Opera Opening Gala for the 2026-2027 Dance Season — Présentation officielle des costumes et du mécénat.
  • Bibliothèque nationale de France — Le Train bleu : notice bibliographique du spectacle créé le 20 juin 1924.
  • Victoria and Albert Museum — Gabrielle Chanel. Fashion Manifesto — Dossier de presse présentant notamment les costumes du Train bleu.