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Resurrected Corpse Flower : D.S. & Durga et la beauté du dégoût

Flacon du parfum Resurrected Corpse Flower de D.S. & Durga entouré de fleurs Amorphophallus gigas aux teintes pourpres.

Avec Resurrected Corpse Flower, lancé en octobre 2026, la maison de parfumerie new-yorkaise D.S. & Durga transforme l’odeur d’une fleur réputée pour sa puanteur en un parfum floral, vert et boisé. Inspiré d’une plante observée au Brooklyn Botanic Garden, ce nouveau parfum de David Seth Moltz pose une question : pourquoi certaines odeurs nous attirent-elles quand d’autres nous révulsent ?

Resurrected Corpse Flower : une fleur qui sent la mort

En octobre 2026, Resurrected Corpse Flower rejoint les créations de D.S. & Durga, la maison de parfumerie fondée à Brooklyn par David Seth Moltz et Kavi Moltz. Le point de départ remonte à janvier 2025, au Brooklyn Botanic Garden de New York. Une plante rare, surnommée « Smelliot » par les jardiniers, vient d’y fleurir. Son nom scientifique est Amorphophallus gigas, une espèce originaire de Sumatra, apparentée à la célèbre Amorphophallus titanum. Sa particularité n’est pas seulement sa taille spectaculaire. Lorsqu’elle fleurit, elle dégage une odeur qui rappelle la matière animale en décomposition. Cette puanteur sert notamment à attirer les mouches qui participent à sa pollinisation. Pour le public, c’est une curiosité botanique assez répugnante pour susciter des files d’attente.

David Seth Moltz fait partie des visiteurs venus sentir la plante. Il raconte avoir attendu son tour avant de placer son nez au plus près de la fleur. L’expérience est franchement désagréable. Dans ses descriptions, on retrouve des impressions de poisson pourri, de déchets humides, de fromage et de caoutchouc. Pourtant, le parfumeur ne repart pas simplement avec le souvenir d’une mauvaise odeur. Il s’intéresse aux différentes facettes de cette puanteur, à ce qu’elles pourraient devenir une fois séparées de leur contexte. Après tout, certaines matières appréciées en parfumerie possèdent elles aussi des aspects animaux, terreux ou presque sales. L’idée de Resurrected Corpse Flower naît de ce renversement : prendre ce qui repousse et tenter d’en tirer quelque chose de beau.

Amorphophallus gigas, une fleur cadavre géante à l'inflorescence rose et pourpre, au milieu d'une végétation tropicale dense.
L’Amorphophallus gigas, surnommé fleur cadavre, produit une odeur évoquant la décomposition pour attirer les insectes pollinisateurs. Cette plante a inspiré le parfum Resurrected Corpse Flower de D.S. & Durga.

De l’olive verte à la tubéreuse, un parfum entre fleurs et marécages

Sur le papier, la composition de Resurrected Corpse Flower ne ressemble pas à celle d’un parfum floral classique. David Seth Moltz commence par associer l’olive verte, le pamplemousse et le baume de Gilead. L’olive apporte une impression végétale, légèrement grasse et salée, tandis que le pamplemousse oppose son amertume à cette matière plus dense. Au cœur, le lys de la Madone, le freesia et l’absolue de tubéreuse prennent le relais. Le lys évoque une fleur blanche aux facettes fraîches, alors que la tubéreuse introduit une dimension plus charnelle, presque cireuse. Le fond rassemble la banane verte, le papyrus et le cèdre des marais. La banane n’est donc pas utilisée pour évoquer un dessert sucré, mais pour sa verdeur encore un peu âpre. Quant au bois, il ramène la composition vers l’humidité de la terre et des sous-bois.

Le résultat revendiqué n’est pas une imitation de la fleur cadavre. C’est même précisément l’inverse. D.S. & Durga conserve le souvenir des matières humides et végétales tout en écartant l’odeur de putréfaction. Dans Cosmopolitan, la journaliste Kara McGrath, qui a testé le parfum, décrit un départ frais, vert et aqueux, suivi d’une douceur discrète liée à la banane verte. Elle relève aussi une tenue moins longue sur sa peau que celle d’autres parfums de la maison. Il faut donc distinguer la construction olfactive annoncée de l’expérience réelle, qui peut varier selon la peau. Resurrected Corpse Flower semble chercher une sensation de végétation mouillée plutôt qu’un effet de propreté savonneuse. Un jardin humide, mais débarrassé de ce qui le rendrait insupportable à respirer.

Nature morte inspirée du parfum Resurrected Corpse Flower de D.S. & Durga, avec un faisan mort, des olives vertes, des pamplemousses et des lys blancs.
Olives vertes, pamplemousses, lys, banane verte et faisan mort : une nature morte inspirée des notes olfactives de Resurrected Corpse Flower, le parfum de D.S. & Durga. @GOOD timing

Peut-on vraiment transformer une mauvaise odeur en beau parfum ?

Cette création correspond assez bien à la manière dont D.S. & Durga envisage la parfumerie. Chez cette maison américaine, les odeurs sont souvent associées à des paysages, des musiques, des lieux ou des histoires. David Seth Moltz compose les parfums, tandis que Kavi Moltz intervient sur leur univers visuel. Resurrected Corpse Flower appartient à la série limitée Studio Juice, consacrée à des créations plus libres dans leurs sujets. Cette fois, l’exercice repose sur une contradiction très lisible. La plante est célèbre parce qu’elle sent mauvais, mais le parfum ne cherche pas à reproduire sa mauvaise odeur. Il transforme une expérience botanique réelle en une sorte de fiction olfactive. Le procédé évoque celui d’un peintre qui représenterait un paysage inquiétant en modifiant sa lumière plutôt qu’en supprimant ses formes.

Reste une réserve intéressante : faire un beau parfum à partir d’une odeur repoussante, est-ce vraiment prendre un risque ? Ici, le caractère scandaleux appartient d’abord à l’histoire de la plante. Le parfum lui-même semble beaucoup plus fréquentable que son sujet. Les fleurs blanches, le pamplemousse et les bois humides servent justement à rendre cette étrangeté portable. Ce n’est pas forcément une faiblesse, mais cela limite la provocation. Resurrected Corpse Flower paraît davantage correspondre à une allure froide, végétale et légèrement décalée qu’à une volonté de choquer son entourage. On l’imagine avec un manteau sombre, une chemise claire, dans la lumière grise d’une journée d’automne, loin des parfums gourmands et enveloppants. D.S. & Durga pose finalement une question plus subtile que celle de la simple puanteur : la beauté d’une odeur vient-elle de ce que nous sentons, ou de l’histoire que nous connaissons avant de la sentir ? Vous avez deux heures… OK, trois!

Boîte bleue du parfum Resurrected Corpse Flower de D.S. & Durga, décorée de motifs végétaux blancs, posée sur un coffret beige illustré.
Le packaging de Resurrected Corpse Flower, eau de parfum de D.S. & Durga, associe des ramifications blanches sur fond bleu nuit à une illustration botanique sur son coffret. @D.S. & Durga

D.S. & Durga : Resurrected Corpse Flower — Eau de parfum 50 ml — 270 $ (prix américain affiché) — Page officielle du parfum.

Sources :

  • D.S. & Durga – Resurrected Corpse Flower Eau de Parfum.
  • Brooklyn Botanic Garden – A Rare “Corpse Flower” Emerges at BBG – 2025.
  • Cosmopolitan – D.S. & Durga Resurrected Corpse Flower Was Inspired by the Stinkiest Plant on Earth – 2026.
  • Wallpaper* – A corpse flower inspired DS & Durga’s latest perfume – in a good way – 2026.
  • Now Smell This – DS & Durga Resurrected Corpse Flower ~ new fragrance – 2026.
  • Beauty Scene – D.S. & Durga Resurrects the Corpse Flower in Perfume – 2026.