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Première partie de concert : qui choisit les artistes en France ?

Un groupe de musiciens joue en première partie d'un concert devant le public d'une salle de musiques actuelles.

Qui décide des premières parties de concert en France ? Comment un chanteur ou un groupe peut-il décrocher une place avant un artiste connu ? Derrière ces quelques minutes de scène se croisent les décisions des tourneurs, des managers, des producteurs et des programmateurs de salles. Entre stratégie des labels, découverte musicale et négociation des cachets, la première partie est aussi une affaire de réseau et d’argent.

Première partie de concert : qui décide réellement ?

En France, le choix d’une première partie de concert ne répond à aucune règle unique. Le public découvre deux noms sur une affiche, parfois un seul lorsque l’artiste chargé de l’ouverture n’a pas encore été annoncé. Derrière cette programmation se trouvent plusieurs interlocuteurs : l’artiste principal, son manager, son tour manager, son tourneur, le producteur du concert et parfois la salle elle-même. Sur les grandes tournées, l’entourage de la tête d’affiche conserve généralement un pouvoir important. L’artiste peut souhaiter inviter un musicien qu’il apprécie, un groupe avec lequel il a collaboré ou une découverte personnelle. Le tourneur peut également proposer un talent qu’il accompagne, tandis que la maison de disques cherche parfois à exposer un nouvel artiste de son catalogue. Ces intérêts ne coïncident pas toujours. Une décision qui paraît purement musicale au public peut donc résulter de plusieurs semaines de discussions entre professionnels.

Le rapport de force dépend aussi de la taille du concert. Dans une enquête publiée par Libération en mai 2024, Marion Gabbaï, de l’agence Vedettes, expliquait que, pour les tournées internationales passant dans des salles de plus de 500 places, les premières parties lui étaient imposées dans neuf cas sur dix. Il s’agissait souvent d’un même groupe accompagnant la tête d’affiche sur plusieurs dates européennes. Dans les salles plus petites, les programmateurs locaux disposent parfois d’une plus grande marge de proposition, sous réserve de validation par le management. À Strasbourg, Patrick Schneider, programmateur de La Laiterie, expliquait en 2023 soumettre régulièrement ses propositions à l’entourage des artistes. Cette mécanique permet notamment de faire jouer des musiciens du territoire. Le cas du rappeur RK et du groupe S2R Gang, réunis au Plan de Ris-Orangis, illustrait déjà en 2019 cette concertation entre artiste et salle. La première partie peut ainsi être choisie bien loin de la scène, mais aussi dans le bureau du programmateur qui connaît les groupes de sa région.

Un jeune guitariste attend dans les coulisses d'une salle de concert, entouré de matériel technique, avant de monter sur scène.
Dans les coulisses, les musiciens qui assurent une première partie se préparent à jouer avant la tête d’affiche. @GOOD timing

À qui s’adresser pour faire la première partie d’un groupe en France ?

Pour un musicien souhaitant assurer la première partie d’un artiste connu, la première difficulté consiste à identifier celui qui dispose réellement du pouvoir de décision. Contacter directement le chanteur sur Instagram peut fonctionner dans certains cas, mais ce n’est pas la voie habituelle des tournées professionnelles. Lorsque l’artiste principal possède une équipe structurée, les contacts les plus pertinents sont souvent son tourneur, son agent de booking ou son management. Le producteur national du spectacle peut également intervenir dans la sélection. Pour les identifier, il faut consulter les pages officielles des tournées, les annonces des producteurs, les coordonnées professionnelles publiées et les informations communiquées par les salles. Une candidature adressée au bon interlocuteur a davantage de sens qu’un message envoyé à toutes les personnes associées au concert. Elle doit mentionner une date ou une tournée précise, présenter brièvement le projet musical et expliquer sa cohérence avec la tête d’affiche. L’objectif n’est pas de raconter toute l’histoire du groupe, mais de montrer pourquoi sa présence sur scène pourrait fonctionner.

Pour les artistes qui débutent, les salles de musiques actuelles constituent souvent une porte d’entrée plus accessible. La France compte 100 structures labellisées Scènes de musiques actuelles, ou SMAC, selon le ministère de la Culture, dont les missions comprennent notamment l’accompagnement des musiciens en développement. Le programmateur est alors un interlocuteur essentiel, même s’il ne possède pas nécessairement le dernier mot sur la première partie. Stéphane Labas, directeur et programmateur de L’Empreinte à Savigny-le-Temple, conseille aux artistes de découvrir la salle, d’assister à ses concerts et de prendre directement contact avec son équipe. Un courriel court, personnalisé, accompagné d’un lien audio et d’une vidéo de concert, constitue une approche concrète. Il faut également préciser la composition du groupe, ses disponibilités, sa capacité à jouer un format réduit et ses éventuelles contraintes techniques. Proposer d’ouvrir pour un artiste déjà annoncé, dont l’univers musical paraît compatible, rend la demande plus précise qu’une candidature générale. Reste une condition importante : la première partie doit encore être disponible, ce qui n’est pas toujours le cas lorsque la tournée est annoncée.

Table de catering avec sandwichs, fruits, boissons et café dans une loge d'artistes d'une salle de concert.
Repas, boissons et espace de repos : le catering fait partie de l’accueil des musiciens et des équipes pendant une soirée de concert.

Cachets, contrats et stratégies : le prix d’une première partie

Faire la première partie d’un artiste connu offre une exposition immédiate, mais les retombées ne sont jamais garanties. Les spectateurs ont acheté leur billet pour la tête d’affiche et une partie d’entre eux découvre les premiers morceaux depuis le bar ou en entrant dans la salle. Les groupes invités doivent parfois jouer avec une installation technique réduite, devant les instruments déjà installés pour le concert principal. Pour le producteur, cette prestation peut représenter un investissement financier sans retour direct. Dans son enquête de 2024, Libération rapportait les observations de Simon Nodet, alors directeur de W Spectacle, qui évoquait des sommes récupérées par le tourneur comprises généralement entre 150 et 500 euros. Il estimait que les frais engagés pouvaient atteindre environ 2 000 euros en comptant les artistes, les techniciens, les transports et l’hébergement. Ces chiffres décrivaient les situations rencontrées par ce professionnel et ne constituent pas un tarif officiel des premières parties. Le calcul repose souvent sur l’espoir que quelques dizaines de minutes devant un nouveau public permettront ensuite de vendre des billets, des disques ou de développer les écoutes en streaming.

Cette exposition ne dispense pas du respect des règles professionnelles. Dans les conventions collectives du spectacle vivant, la première partie bénéficie de dispositions spécifiques, notamment pour les prestations ne dépassant pas 45 minutes, avec des modalités qui varient selon la convention applicable. Le statut des artistes, les cachets et les conditions d’engagement doivent être examinés avant le concert. L’Adami propose d’ailleurs une aide destinée aux structures employant des artistes-interprètes en première partie, couvrant sous conditions 70 % des salaires bruts et un forfait de 250 euros par représentation, dans la limite d’un plafond de 6 000 euros. Cette aide s’adresse aux structures éligibles, pas directement aux musiciens qui envoient une candidature. Pour les tourneurs, placer un jeune groupe sur une tournée demeure donc une décision artistique autant qu’un pari économique. Une réussite peut changer une trajectoire, comme celle de Gauvain Sers, qui avait accompagné Renaud sur 102 dates après avoir été personnellement choisi par le chanteur. David Bowie avait fait la même chose avec Placebo, là encore bingo. Mais qui se souvient de The Twilight Sad, pourtant lourdement imposé par Robert Smith de The Cure ? Mais aucune première partie, même devant une salle complète, ne garantit une carrière : encore faut-il que quelqu’un, parmi les spectateurs, se souvienne du nom inscrit en petits caractères sur l’affiche.

Scène de concert vide avec microphones, batterie, guitares et projecteurs bleus avant la première partie.
Avant l’ouverture des portes, les équipes techniques préparent la scène qui accueillera la première partie et l’artiste principal. @GOOD timing

Sources :

  • Culture Link — Premières parties des concerts : des shows et des bas, enquête de Libération reprise par Culture Link — 24 mai 2024.
  • Abcdr du Son — Le Défi de la première partie — 13 septembre 2019.
  • Sensation Rock — ITW : Patrick Schneider – 30 années de Programmation à la Laiterie — 22 mai 2023.
  • L’Atelier de Cédric — Stéphane Labas, directeur de L’Empreinte (SMAC).
  • Bax Music — Obtenir une date dans une salle de musiques actuelles : à faire et à éviter — 22 juin 2026.
  • Ministère de la Culture — Label « Scène de musiques actuelles ».
  • Légifrance — Convention collective nationale des entreprises du secteur privé du spectacle vivant du 3 février 2012, dispositions relatives aux premières parties.
  • Adami — Aide première partie musique.