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Loewe printemps-été 2027 : à Paris, le vêtement reprend la main

Mannequin portant une robe orange brodée de fleurs bleues lors du défilé Loewe printemps-été 2027 à Paris.

Le 2 octobre 2026, pendant la Paris Fashion Week, Loewe a présenté sa collection printemps-été 2027 au Château de Vincennes. Pour leur troisième défilé de prêt-à-porter à la tête de la maison espagnole, Jack McCollough et Lazaro Hernandez réduisent le volume spectaculaire des saisons précédentes. Le décor reste construit, les techniques restent complexes, mais le vêtement revient au premier plan. Vestes, polos, jupes, blousons et pièces de cuir composent désormais une garde-robe avant de composer une image. Un changement de ton qui commence surtout à préciser ce que peut être le Loewe de McCollough et Hernandez.

Au Château de Vincennes, une arène pour regarder de près

Le décor n’est pas spectaculaire par accumulation. Il l’est par sa géométrie. Dans l’enceinte du Château de Vincennes, Loewe installe une structure blanche et circulaire à deux niveaux, dessinée avec Casper Mueller Kneer Architects. W Magazine évoque un théâtre construit dans la ronde et cite parmi ses références le Globe de Shakespeare ou La Scala. Cathy Horyn, dans The Cut, y voit plus directement une corrida miniature, avec ses rangées concentriques et son espace central. Les deux lectures ne racontent pas exactement la même chose, mais elles aboutissent au même résultat : le public est regroupé autour des vêtements. Il n’y a pratiquement plus de distance protectrice entre la collection et celui qui la regarde. Chez Vogue, Nicole Phelps insiste d’ailleurs sur cette proximité physique, les mannequins passant parfois à portée de bras.

Cette proximité n’est pas seulement une question de scénographie. Elle accompagne une collection qui demande précisément à être vue de près. McCollough explique à Vogue que le duo cherche désormais à traduire ses idées dans « une manière de s’habiller », Lazaro Hernandez ajoutant qu’il s’agit de créer un style après deux saisons consacrées à construire un nouvel univers Loewe. Le podium devient donc presque un outil de vérification. Une veste à carreaux peut sembler connue avant que sa construction ne déplace cette première impression. Une jupe paraît froissée, tenue à la taille par un cordon élastique, mais ses plis viennent d’une observation de peintures espagnoles. Un sweat gris arrive avec la familiarité la plus banale possible, jusqu’à ce que sa surface révèle un travail de perles. La mise en scène rapproche ainsi les spectateurs au moment même où la collection joue sur l’écart entre ce que l’œil croit reconnaître et ce qui a réellement été fabriqué.

Trois silhouettes du défilé Loewe printemps-été 2027 à la Paris Fashion Week, dont une jupe blanche sculpturale au centre.
Trois silhouettes du défilé Loewe printemps-été 2027 présenté à Paris.

Défilé Loewe printemps-été 2027 : le retour aux vrais vêtements

Cathy Horyn a choisi un titre volontairement sec : « Loewe Shows Real Clothes ». Il résume assez bien le changement. La collection automne-hiver précédente avait multiplié les volumes gonflés, les parkas presque pneumatiques et les expérimentations immédiatement visibles. Pour le printemps-été 2027, ces gestes n’ont pas totalement disparu, mais ils cessent d’occuper tout l’espace. Le vêtement redevient identifiable avant d’être détourné. On voit des robes polo en maille compacte, des vestes à carreaux, des pantalons cargo en soie froissée, des micro-shorts brodés, des chemises portées comme des vestes. Aucun de ces mots ne décrit en soi une proposition particulièrement radicale. C’est précisément là que le déplacement commence.

Chez Loewe, la banalité reste cependant un leurre. Une veste Harrington que Vogue décrit comme apparemment réalisée en coton rayé est en réalité faite de cuir travaillé. Le sweat gris chiné se couvre intégralement de petites perles et change brutalement de statut. Des polos sont déplacés, retournés ou associés à des jupes miniatures. Des casquettes portées à l’envers, des chaussures bateau et des blousons installent un registre américain presque ordinaire. W Magazine rattache clairement cet ensemble au New England prep et au sportswear qui accompagne Jack McCollough et Hernandez depuis leurs années Proenza Schouler. Ils ne cherchent donc pas à effacer leur propre histoire pour entrer dans celle de Loewe. Ils commencent plutôt à voir jusqu’où leurs vêtements américains peuvent supporter la sophistication technique d’une maison espagnole fondée sur le cuir et l’artisanat.

Trois silhouettes du défilé Loewe printemps-été 2027 à Paris, avec une longue robe taupe drapée au centre et deux looks orange.
Trois silhouettes du défilé Loewe printemps-été 2027, entre drapés taupe et volumes orange.

Le cuir fait le travail que le spectacle faisait auparavant

Le cuir est justement l’endroit où la collection devient la plus précise. Il ne sert pas uniquement à rappeler que Loewe vient de la maroquinerie. Il permet de fabriquer des vêtements qui ressemblent d’abord à autre chose. W Magazine relève ainsi des chemises et vestes rayées réalisées dans un cuir aminci jusqu’à atteindre une légèreté inhabituelle, ainsi que des petites robes trapèze en nappa plongé moulé. Cette technique ne produit pas nécessairement un volume spectaculaire. Elle produit une légère anomalie dans un vêtement simple. Le regard doit donc se rapprocher, revenir sur la surface, observer une couture ou comprendre qu’une matière supposée souple ne correspond pas à ce qu’elle semblait être. Après deux saisons où l’expérience pouvait précéder le vêtement, l’ordre paraît ici inversé.

Cette stratégie touche aussi les pièces les plus directement liées à l’histoire de Loewe. Vogue relève deux vestes en daim inspirées de la première pièce de vêtement commercialisée par la maison, tandis que le duo poursuit son travail sur le Puzzle avec une version allongée et allégée évoquée par W Magazine. Les références historiques ne sont pourtant pas utilisées comme des reproductions. Elles passent par les surfaces, les proportions et les matières. Même logique avec l’Espagne : les plis observés chez Francisco de Zurbarán et Diego Velázquez au Prado deviennent une minijupe froissée maintenue par un cordon, tandis que certains pantalons très hauts rappellent la coupe du costume de torero. Le baroque arrive donc sur le podium sans costume baroque. Madrid est présent sans carte postale madrilène. Loewe semble comprendre qu’un héritage fonctionne mieux lorsqu’il modifie la coupe que lorsqu’il sert simplement de décor.

Trois silhouettes masculines du défilé Loewe printemps-été 2027 à Paris, avec blouson noir, trench beige et manteau blanc.
Trois looks masculins du défilé Loewe printemps-été 2027 présenté à Paris.

Une garde-robe Loewe commence à remplacer le manifeste

Ce retour au vêtement ne signifie pas que Loewe cherche soudain la discrétion. Les couleurs restent franches. Les oranges, jaunes, bleus, verts et tons menthe traversent le blanc du décor, tandis que les blousons noirs ou bruns ramènent régulièrement la collection vers quelque chose de plus dense. Des robes à franges de perles reprennent la longueur d’un maillot de basket. Des broderies florales en trois dimensions couvrent certaines pièces finales. Des cols en résine viennent déplacer la lecture de trenchs familiers. Même les accessoires conservent une part d’humour, avec des nœuds, des charms et des proportions volontairement insistantes. Mais l’effet n’est plus demandé à chaque silhouette, ce qui laisse davantage de place au rythme général de la collection.

Il reste quelques tensions. Vogue estime notamment que les nouveaux doubles L et les marquages Loewe sont parfois utilisés avec trop d’insistance, comme si la maison avait encore besoin de signer certains vêtements qui fonctionnent mieux sans explication. Cathy Horyn pointe de son côté un casting qu’elle juge moins distinctif que celui d’autres grandes maisons parisiennes, critique cohérente avec une collection qui revendique justement davantage de réalité et d’aisance. Ces réserves montrent que la nouvelle identité n’est pas encore totalement stabilisée. Mais elles indiquent aussi que le débat a changé. Il y a un an, la question était surtout de savoir comment McCollough et Hernandez allaient succéder à l’ère Jonathan Anderson. Cette saison, la comparaison devient moins nécessaire parce que des réflexes commencent à apparaître : sportswear américain, culture espagnole, cuir trompeur, couleurs fortes, construction décalée. Le Loewe de McCollough et Hernandez commence moins à ressembler à une succession qu’à une garde-robe.

C’est probablement le point le plus important du défilé du 2 octobre. Loewe ne renonce ni au savoir-faire ni à l’expérimentation, mais cesse d’exiger que chaque idée devienne immédiatement une démonstration. Une chemise peut rester une chemise. Un blouson peut rester un blouson. Le travail intervient ensuite, dans l’épaisseur d’un cuir, une construction déplacée, un drapé repris d’un tableau ou une surface entièrement perlée. Ce choix paraît moins spectaculaire sur une image isolée, mais beaucoup plus utile pour construire une identité durable. La collection printemps-été 2027 pose ainsi une hypothèse assez simple : l’avenir de Loewe pourrait se jouer moins dans l’objet impossible que dans le vêtement familier rendu légèrement étrange. Un an après leur arrivée sur le podium de la maison, McCollough et Hernandez semblent commencer à savoir exactement où placer ce décalage.


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