Maison Margiela a présenté son défilé printemps-été 2027 le 29 septembre 2026 à Paris, pendant la Fashion Week. Glenn Martens construit la collection autour de deux mots, « Hard » et « Soft », et de deux traditions d’atelier : le Tailoring et le Flou. Au défilé Maison Margiela, la structure rencontre le drapé, tandis que les robes florales plastifiées, l’argenterie écrasée et certains vêtements volontairement ordinaires déplacent les codes de la maison vers une forme de domesticité étrange. Un prêt-à-porter qui préfère travailler la contradiction plutôt que chercher l’effet de rupture immédiat.
Défilé Maison Margiela : le dur et le mou comme méthode
Le défilé Maison Margiela printemps-été 2027 part d’une opposition simple, presque technique : le dur et le mou. La maison la formule elle-même en distinguant les pratiques du Tailoring, chargé de construire le vêtement, et celles du Flou, liées au drapé et à la robe. Glenn Martens ne cherche pourtant pas à placer ces deux familles face à face. Il les fait entrer l’une dans l’autre. Les structures donnent de nouvelles bases aux drapés, tandis que certaines pièces souples semblent retenues, suspendues ou contraintes par leur construction. Le résultat ne tient donc pas seulement au contraste entre une veste rigide et une robe fluide. La tension se produit à l’intérieur même des vêtements. C’est là que la collection trouve son système.
Cette logique apparaît dans les manteaux et les vestes dont les volumes sont poussés loin du corps, mais aussi dans les robes qui semblent commencer comme des formes simples avant de se déplacer. Certaines s’ouvrent sur la poitrine. D’autres découvrent une couche ajustée placée dessous. Le vêtement cesse alors d’être une enveloppe stable. Il devient une succession d’états. La construction n’est pas cachée, mais elle n’est pas non plus exposée comme un exercice de démonstration. Martens utilise plutôt la couture comme une force qui tire, maintient ou laisse tomber le tissu. Le « Hard & Soft » fonctionne moins comme un thème que comme une règle de fabrication. Cette règle donne au défilé sa cohérence sans imposer une silhouette unique.
La proposition est particulièrement lisible après les premiers chapitres de Glenn Martens chez Maison Margiela. Il avait déjà travaillé l’altération des archétypes, le déplacement des proportions et les matériaux transformés. Cette fois, le vocabulaire se resserre. L’idée de déconstruction, souvent associée mécaniquement à Margiela, ne suffit plus à décrire ce que l’on voit. Il ne s’agit pas seulement de démonter un vêtement pour révéler sa fabrication. Il s’agit aussi de modifier la résistance même de sa forme. Une robe peut paraître fragile et pourtant être construite autour d’un système rigide. Une veste peut sembler classique avant que son volume ne la déplace ailleurs. Le vêtement avance avec une apparente familiarité, puis se dérègle.

Le quotidien entre dans le vestiaire
Une autre partie du défilé vient de matériaux qui semblent avoir quitté la maison avant d’arriver sur le podium. Les imprimés floraux plastifiés évoquent des nappes, des tissus d’ameublement ou certaines surfaces domestiques des années 1960 et 1970. Leur aspect légèrement artificiel empêche la fleur de devenir romantique. Elle est plate, brillante, presque fonctionnelle. Des robes et des jupes utilisent ces motifs avec des associations de rose, de pêche et d’autres tonalités chaudes. La référence domestique reste visible, mais le vêtement ne ressemble pas à un simple objet récupéré. Martens reprend plutôt la logique historique de Maison Margiela consistant à déplacer la valeur d’un matériau par son contexte. Ce qui paraît ordinaire dans un intérieur devient étrange dès qu’il commence à suivre le corps.
L’argenterie pousse ce déplacement plus loin. Avant le défilé, Maison Margiela avait montré une théière en argent écrasée. Sur le podium, cette idée réapparaît notamment sur une robe blanche ornée d’éléments métalliques aplatis. Le geste est direct. L’objet décoratif et domestique perd sa fonction, puis devient surface. Sa valeur symbolique change également : l’argenterie associée au service, à la table et à une certaine représentation bourgeoise est littéralement comprimée. La transformation est spectaculaire, mais elle reste lisible en une seconde. Maison Margiela ne demande pas au spectateur de connaître un récit compliqué pour comprendre le principe. Une chose a été écrasée et déplacée sur un corps. La force du geste tient précisément à cette simplicité.
Ce traitement du quotidien évite pourtant de transformer toute la collection en accumulation d’objets trouvés. Le vestiaire masculin, notamment, peut rester étonnamment conventionnel. Un costume gris apparaît sans transformation immédiatement visible. Ailleurs, un jean bleu est porté avec un gilet kaki et un manteau de cuir anthracite à l’aspect patiné. Des T-shirts, des gilets et des pantalons installent une normalité presque sèche. Cette retenue est utile. Elle empêche chaque passage de devenir une citation insistante des archives ou de la réputation expérimentale de la maison. Chez Margiela, le banal peut être aussi important que l’objet déformé. Martens semble ici le comprendre : pour que l’anomalie soit visible, il faut encore savoir produire du normal.

Une collection qui contrôle son étrangeté
Cette normalité rend les accidents plus précis. Un T-shirt décoré d’un hibou à l’aérographe paraît presque trivial dans cet ensemble. Le motif revient ensuite sur des robes T-shirts blanches surdimensionnées. Des chemises florales brillantes et des pantalons en satin ajoutent d’autres changements de surface. Rien de tout cela ne cherche à produire une seule image définitive de la saison. Le défilé avance plutôt par familles de gestes. Une matière devient trop brillante. Une coupe se déplace. Une couche intérieure devient soudain visible. Un objet domestique se fixe sur une robe. Le spectaculaire est donc fragmenté.
C’est aussi ce qui distingue cette collection d’un défilé construit uniquement sur un dispositif visuel. Présenté à l’Élysée Montmartre, le show ne semble pas demander au lieu de fournir à lui seul son commentaire. L’attention revient rapidement au vêtement. Ce choix compte chez Maison Margiela, où la scénographie peut facilement prendre autant de place que la collection. Ici, la circulation du regard semble plus contrôlée. On observe d’abord la forme générale, puis la matière, puis l’anomalie. Le vêtement possède plusieurs vitesses de lecture. De loin, certaines silhouettes restent presque élégantes au sens conventionnel du terme. De près, leur stabilité devient plus douteuse.
La collection féminine concentre une grande partie de cette ambiguïté. Plusieurs robes utilisent le drapé comme un mouvement plutôt que comme un simple signe de fluidité. Les plis ne sont pas seulement décoratifs. Ils semblent partir d’un point de tension ou d’un support qui organise leur chute. Certaines ouvertures laissent apparaître un débardeur ou une couche ajustée, comme si le vêtement extérieur avait cessé de remplir correctement son rôle. Une robe révèle même des ornements floraux argentés sous sa surface. La fin du défilé pousse cette logique vers une forme plus dépouillée avec une longue robe dans une tonalité ocre ou beige, resserrée sur le buste et drapée autour du cou et sous la taille. Le contraste entre contrôle et abandon devient alors presque littéral.

Glenn Martens ne rejoue pas Margiela
La question de l’héritage reste inévitable. Maison Margiela est l’une de ces maisons dont les méthodes ont été tellement commentées, copiées et intégrées à la culture mode qu’un nouveau geste risque toujours d’être lu comme une citation. Vêtements retournés, matériaux pauvres, objets détournés, finitions visibles, anonymat, récupération : le vocabulaire historique est connu. Glenn Martens ne peut donc pas simplement reproduire ces signes. Sur ce printemps-été 2027, il semble davantage intéressé par leur fonctionnement. Le principe n’est pas de refaire un vêtement iconique de Martin Margiela. Il consiste à conserver l’idée qu’un système vestimentaire peut être pris, soumis à une pression et rendu légèrement instable. Cette différence évite en partie le piège du musée.
Martens apporte également ses propres obsessions. Sa mode travaille depuis longtemps la contrainte, l’exagération de la silhouette et la transformation physique des matières. Chez Maison Margiela, ces réflexes rencontrent une histoire déjà fondée sur la remise en cause des conventions du vêtement. Le raccord paraît évident, mais il n’est pas forcément confortable. Le risque serait d’ajouter de l’effet à une maison qui possède déjà suffisamment de signes immédiatement identifiables. Cette saison fonctionne mieux lorsque Martens retire plutôt qu’il n’ajoute. Le costume gris presque normal compte ainsi autant que la robe couverte de métal écrasé. L’un donne une mesure à l’autre. La collection peut alors se permettre d’être bizarre sans passer son temps à le signaler.
C’est peut-être là que le « Hard & Soft » devient plus intéressant que son opposition de départ. Le dur n’est pas forcément agressif. Le mou n’est pas forcément fragile. Le banal n’est pas nécessairement neutre. Le décoratif peut devenir brutal dès qu’il est compressé. Le vêtement classique peut lui aussi produire un malaise lorsqu’il apparaît au milieu de pièces transformées. Maison Margiela travaille ces glissements depuis longtemps, mais Glenn Martens les inscrit ici dans un prêt-à-porter qui reste capable d’exister en dehors de la scène. La collection ne cherche pas à résoudre la tension entre portabilité et expérimentation. Elle la conserve jusqu’au bout.
Le défilé Maison Margiela printemps-été 2027 ne repose donc pas sur une grande rupture. Il met plutôt à l’épreuve les outils dont la maison dispose déjà. Le Tailoring construit. Le Flou laisse tomber. Les matériaux domestiques déplacent la valeur des objets. Les silhouettes ordinaires empêchent l’expérimentation de devenir automatique. L’ensemble avance entre discipline et relâchement, sans choisir définitivement l’un des deux. Glenn Martens ne fait pas disparaître l’héritage Margiela. Il évite surtout de le traiter comme un décor. Pour une maison aussi chargée de références, c’est probablement le vrai sujet du défilé.
Sources
- Maison Margiela – Spring Summer 2027 Show – 2026
- WWD – Maison Margiela Spring 2027: Opposites Attract – 2026
- FashionNetwork – Maison Margiela: Blossoming, as imagined by Glenn Martens – 2026
- Hypebeast – Maison Margiela PE 27 déconstruit la garden-party – 2026
- Vogue – Paris Fashion Week Unveils Spring/Summer 2027 Schedule – 2026




















