Echo & the Bunnymen sort Apples for Isaac ce 18 septembre 2026, son premier album de chansons nouvelles depuis Meteorites en 2014. Cette sortie ramène au premier plan le groupe formé à Liverpool en 1978 autour d’Ian McCulloch et Will Sergeant. Pour comprendre son importance, il faut revenir à quatre albums où le post-punk apprend successivement l’urgence, l’espace, la pop et l’orchestre.
Echo & the Bunnymen, Liverpool dans le brouillard
Sur Apples for Isaac, Echo & the Bunnymen revient après douze ans sans album de compositions inédites. Le disque compte onze morceaux et paraît chez BMG. Clem Burke, batteur de Blondie mort en 2025, joue sur dix titres. Le détail rappelle que l’histoire du groupe s’est toujours écrite autour des tambours autant que des poses d’Ian McCulloch. À Liverpool, en 1978, McCulloch rejoint le guitariste Will Sergeant et le bassiste Les Pattinson. Les premiers concerts utilisent une boîte à rythmes, avant l’arrivée de Pete de Freitas.
Le premier album, Crocodiles, paraît en 1980. « Going Up », la basse de Pattinson trace une ligne tendue, de Freitas pousse droit devant et Sergeant évite les accords propres. Sa guitare griffe, résonne, disparaît, puis revient par un autre mur. McCulloch chante déjà comme s’il s’adressait au dernier rang d’une salle. Son goût pour Jim Morrison est audible, mais le décor appartient au Liverpool post-punk. « Rescue » apporte un refrain net sans dissiper l’inquiétude. Le groupe comprend très tôt qu’une bonne mélodie supporte assez bien le mauvais temps.
Heaven Up Here, publié en 1981, agrandit cet espace. Les chansons respirent davantage, sans devenir accueillantes. « Show of Strength » repose sur une batterie nerveuse. Et la guitare n’est pas en reste non plus. « Over the Wall » avance comme une procession électrique, avec ses ruptures et ses appels lointains. « A Promise » montre déjà que McCulloch sait faire monter une chanson sans forcer son refrain. La production laisse circuler l’air entre les instruments. C’est plus sombre que Crocodiles, mais aussi plus libre. Le groupe ne cherche pas encore le tube ; il construit son propre climat.
Quatre albums, puis la cassure
Avec Porcupine en 1983, Echo & the Bunnymen transforme cette tension en succès populaire. L’enregistrement est difficile et le disque manque un temps d’être refusé par le label. Ian Broudie revient travailler avec le groupe et aide à remettre les morceaux en forme. « The Back of Love » serre le rythme autour d’une guitare coupante. « The Cutter » ajoute des couleurs orientalisantes, un refrain immense et juste assez d’étrangeté pour éviter la formule. Le single entre dans le Top 10 britannique. L’album atteint la deuxième place au Royaume-Uni. Les Bunnymen deviennent populaires sans vraiment devenir aimables, ce qui reste une performance.
Ocean Rain, en 1984, change encore la lumière. Une grande partie du disque est enregistrée à Paris avec un orchestre. Les cordes ne servent pas à poser du velours sur les chansons. Elles renforcent leur mouvement, leur inquiétude et leur ampleur. « Silver » brille, « Seven Seas » tangue et « Nocturnal Me » ferme presque toutes les issues. Au centre, « The Killing Moon » assemble guitare à douze cordes, fatalisme et mélodie lente. Le morceau n’a pas été le plus gros succès commercial du groupe à sa sortie, mais il est devenu son titre le plus durable. Son utilisation dans Donnie Darko en 2001 l’a transmis à un public qui n’avait connu ni les manteaux noirs ni les affiches de 1984.
Après cette série, la mécanique se dérègle. L’album Echo & the Bunnymen de 1987 adopte une production plus lisse et livre « Lips Like Sugar ». La chanson fonctionne, mais le groupe paraît davantage (re)cadré par son époque. Ian McCulloch part en 1988 pour commencer une carrière solo. Pete de Freitas meurt dans un accident de moto en 1989… à 27 ans. Echo & the Bunnymen continue quelque temps avec le chanteur Noel Burke, puis s’arrête en 1993. McCulloch, Sergeant et Pattinson relancent le nom en 1997 avec Evergreen. « Nothing Lasts Forever » réussit alors un retour digne, formule que beaucoup de reformations devraient méditer avant d’ouvrir le studio.
Comment découvrir Echo & the Bunnymen par ses albums
Le meilleur point de départ reste Crocodiles. Il présente le groupe sans décor inutile, avec la tension de « Going Up », « Rescue » et « All That Jazz ». Il faut ensuite passer à Ocean Rain, où les mêmes obsessions prennent une forme plus ample. « The Killing Moon » y est essentielle, mais l’album ne se réduit pas à elle. Revenir ensuite vers Heaven Up Here permet d’entendre le groupe dans sa période la plus abrasive. Porcupine complète le carré en montrant comment cette rudesse devient une pop ambitieuse. Cet ordre n’est pas chronologique, mais il rend les différences immédiatement audibles. Pour une entrée rapide, la compilation Songs to Learn & Sing rassemble les singles décisifs sans trop nettoyer leurs angles.
La suite demande davantage de tri, ce qui n’est pas une insulte après près d’un demi-siècle. L’album de 1987 mérite une écoute pour « Lips Like Sugar » et « Bedbugs and Ballyhoo ». Evergreen offre la meilleure porte vers la période reformée, surtout grâce à « Nothing Lasts Forever ». Flowers en 2001 et Siberia en 2005 retrouvent par moments les guitares brumeuses et les mélodies lentes du catalogue ancien. Ils n’ont toutefois ni la batterie de de Freitas ni l’urgence des quatre premiers disques. Apples for Isaac arrive aujourd’hui dans cette histoire, porté par McCulloch et Sergeant, les deux fondateurs encore aux commandes. Sa sortie ne réécrit pas le passé ; elle rappelle que le nom existe encore au présent. Pour découvrir Echo & the Bunnymen, quatre albums suffisent d’abord, puis les chemins secondaires peuvent commencer.
Echo and the Bunnymen – Apples for Isaac (BMG rights management) – Sorti le 18 septembre 2026
Sources
- Echo & the Bunnymen — Apples for Isaac — 2026
- Pitchfork — « Echo and the Bunnymen Reveal First Album in 12 Years » — 2026
- Pitchfork — « Crocodiles / Heaven Up Here / Porcupine / Ocean Rain / Echo & The Bunnymen » — 2004
- The Guardian — « Ian McCulloch and Will Sergeant: how we made The Killing Moon » — 2015
- Official Charts — « Echo & the Bunnymen: full Official Chart History » — consultation 2026
- AllMusic — « Echo & the Bunnymen: Biography, Discography, Albums » — consultation 2026




















