Accueil / Musique / Nothing Compares 2 Live / Nick Cave à Rock en Seine 2026 : la foule au bout des doigts

Nick Cave à Rock en Seine 2026 : la foule au bout des doigts

Vendredi 28 août 2026, Nick Cave & The Bad Seeds ont refermé la troisième journée de Rock en Seine au Domaine national de Saint-Cloud. Dernière étape d’une tournée de 32 concerts en Grande-Bretagne et en Europe, ce passage devant plusieurs dizaines de milliers de spectateurs a mêlé fureur rock, chœurs gospel et silences au piano.

Nick Cave à Rock en Seine 2026 : l’assaut sans préambule

À 22 h 15, les mots « Get Ready for Love » apparaissent sur l’écran de la Grande Scène. Nick Cave entre dans un costume noir aux lignes impeccables. Le morceau du même nom pose immédiatement le ton. From Her to Eternity arrive ensuite sans transition et sans prudence. Il n’y aura donc pas de lente montée en puissance. Le chanteur australien choisit l’impact, puis s’approche déjà de la fosse. Il attrape les mains, se penche dangereusement et cherche ses premiers appuis parmi les spectateurs. Dès le deuxième morceau, la scène paraît presque trop éloignée pour lui. Le concert commence comme une tentative organisée de réduire la distance.

Le geste est désormais connu. Nick Cave le répète de ville en ville, soir après soir, avec une précision qui pourrait tourner à la mécanique. Pourtant, sur Tupelo, lorsqu’il avance porté par les bras du public, la scène conserve une tension réelle. Il ne regarde pas beaucoup vers le fond du parc. Son attention reste concentrée sur les premiers rangs, auxquels il s’agrippe comme à une rambarde. Plus loin, la foule reçoit cette proximité par l’intermédiaire des écrans. Une grande lettre remise par une admiratrice apporte une brève coupure comique. Cave tente de la glisser dans sa poche, puis précise que son costume est neuf. Même le prédicateur doit parfois gérer ses problèmes de rangement.

Nick Cave and the Bad Seeds, en concert lors du festival Rock en Seine à Saint Cloud le 28 août 2026
Nick Cave and the Bad Seeds – Rock en Seine – 28 août 2026 – Photo : Emilie Bardalou

Les Bad Seeds empêchent la cérémonie de tourner au sermon

Nick Cave occupe l’espace, mais le concert ne repose pas uniquement sur sa silhouette. Derrière lui, les Bad Seeds produisent une masse sonore capable de changer de forme en quelques secondes. Warren Ellis passe du violon aux claviers avec sa longue chevelure blanche prise dans le mouvement. Colin Greenwood de Radiohead tient la basse avec moins de théâtre, mais une grande souplesse. Les percussions épaississent les morceaux sans les rendre opaques. Quatre choristes en tenue dorée prolongent les refrains et donnent au groupe une ampleur gospel. Elles ne servent pas de décoration vaguement spirituelle. Leurs voix répondent à celle de Cave, la soutiennent, puis la dépassent parfois.

La comparaison avec une messe arrive assez vite. Nick Cave a lui-même installé l’autel, les chœurs, les mains levées et le vocabulaire de l’amour. Le risque serait de finir prisonnier de cette image de prédicateur rock. Le concert l’évite en acceptant régulièrement de baisser le volume. Assis au piano sur Carnage, Cave laisse apparaître une fatigue et une fragilité que les premiers morceaux tenaient à distance. Pendant O Children, la lune sort des nuages au-dessus du Domaine national de Saint-Cloud. La coïncidence est presque trop parfaite, mais personne ne songe vraiment à s’en plaindre. Sur Joy, la voix finit seule, a cappella, face à un parc silencieux. La cérémonie fonctionne alors parce qu’elle sait aussi interrompre son propre spectacle.

Warren Ellis du groupe Nick Cave the Bad Seeds, en concert lors du festival Rock en Seine à Saint Cloud le 28 août 2026
Nick Cave and the Bad Seeds – Rock en Seine – 28 août 2026 – Photo : Emilie Bardalou

Le dernier soir d’une tournée encore sous tension

Le concert traverse plus de quarante années de chansons sans prendre la forme d’un inventaire. Sur Henry Lee, Janet Rasmus reprend la partie autrefois chantée par PJ Harvey. Sa voix puissante change l’équilibre du morceau sans chercher à reproduire le duo original. The Mercy Seat ramène ensuite une violence plus sèche. Nick Cave arpente la scène, tombe à genoux et repart presque immédiatement. Red Right Hand avance sur son rythme menaçant, désormais familier bien au-delà de son public historique. Puis Jubilee Street construit lentement sa poussée, couche après couche. Le groupe retient le morceau avant de le laisser éclater. Ici, les classiques ne sont pas seulement reconnus : ils sont remis en danger.

La fin du concert refuse pourtant le bouquet de tubes expédié avant le couvre-feu. Nick Cave présente Hollywood comme un long voyage sombre et le dédie à son épouse Susie. Les paroles sont traduites en français sur l’écran. Le morceau s’étire, ralentit le temps et impose une dernière zone d’incertitude. Cave remercie ensuite chacun des Bad Seeds. Le lendemain, il décrira le groupe comme puissant, vulnérable, agile et glorieusement anarchique. Pour cette ultime soirée d’une tournée de 32 dates, les musiciens ont effectivement joué sans donner l’impression de compter leurs forces. Seul au piano, Nick Cave termine avec Into My Arms. La conclusion est parfaitement attendue, mais elle ne semble pas automatique. C’est peut-être là sa principale victoire : faire croire, une fois encore, que ce rituel longuement rodé vient d’être inventé devant nous.

Nick Cave and the Bad Seeds, en concert lors du festival Rock en Seine à Saint Cloud le 28 août 2026
Nick Cave and the Bad Seeds – Rock en Seine – 28 août 2026 – Photo : Louis Comar

Festival Rock en Seine 2026 – à Saint Cloud –  du 26 au 30 août 2026 – Site officiel

Étiquetté :