Vendredi 28 août 2026, Rock en Seine a affiché complet avec 40 000 festivaliers au Domaine national de Saint-Cloud. Sparks, Wilco, The Black Keys, Franz Ferdinand et Nick Cave & The Bad Seeds ont occupé une journée dominée par des groupes installés, venus défendre bien davantage que leurs vieux refrains.
Rock en Seine 2026 : Sparks s’amuse, Wilco creuse
Après les orages du jeudi, le vendredi commence sous un ciel plus conciliant. Les ponchos restent visibles, mais le soleil revient par intermittence. À 18 h 55, Sparks entre sur la scène Boursobank avec une méthode qui n’appartient qu’aux frères Mael. Russell porte un costume et des baskets roses, sourit largement et bondit comme si la notion d’économie d’énergie concernait les autres. Ron reste d’abord assis derrière son clavier, veste impeccable, lunettes fixes et fine moustache réglementaire. Trois musiciens plus jeunes soutiennent ce curieux théâtre familial. Beat the Clock, The Number One Song in Heaven et This Town Ain’t Big Enough for Both of Us sont joués avec une précision qui ne sent jamais la visite guidée. Si le bassiste a l’air de franchement se faire chier, ce n’est pas le cas du guitariste qui vit sa meilleure life. Cela fait plaisir à voir. Quand Ron quitte enfin son clavier pour quelques pas volontairement absurdes sur Let’s Get Funky, le décalage devient complet. Sparks ne nie pas ses cinquante années de carrière : le groupe les transforme en accessoire comique.





À 21 h 05, Wilco joue sur la scène AXS, au même moment que Franz Ferdinand. Rock en Seine oblige donc à choisir entre l’élan collectif et les détails. Le groupe de Chicago opte pour les détails, quitte à paraître un peu à l’étroit sur cette scène située près de l’entrée du festival. Art of Almost ouvre le concert dans un mélange de rythmes instables, de nappes électriques et de bruit organisé. Nels Cline tord sa guitare pendant que Jeff Tweedy, barbe grise et voix toujours nette, garde le centre sans chercher à l’occuper de force. Fender Rhodes, guitare acoustique et larsens se répondent avec une chaleur presque domestique. If I Ever Was a Child et Hummingbird ramènent le groupe vers la pop folk, avant que I Am Trying to Break Your Heart ne dérègle de nouveau la surface. California Stars, Impossible Germany et Jesus, Etc. dessinent ensuite un répertoire familier, mais jamais rangé sous verre. En une heure, Wilco rappelle qu’un classique peut encore conserver quelques échardes.





The Black Keys et Franz Ferdinand : deux machines, deux méthodes
À 19 h 55, The Black Keys s’installe sur la Grande Scène. Dan Auerbach et Patrick Carney attaquent avec I Got Mine, puis placent rapidement Gold on the Ceiling. Le riff est large, la batterie sèche et le son suffisamment épais pour remplir l’espace sans discussion préalable. Fever, Next Girl, Heavy Soul et Howlin’ for You entretiennent une continuité blues rock parfaitement huilée. La version de Weight of Love offre un peu d’air dans ce bloc compact. Une reprise de I Wanna Be Your Dog des Stooges remet ensuite les guitares au premier plan. Curieusement, aucun titre du récent album Peaches! ne figure dans la liste jouée ce soir-là. Pour une tournée portant son nom, l’absence a quelque chose d’assez net. Tighten Up, She’s Long Gone et Lonely Boy ferment donc un concert tourné vers les valeurs sûres : efficace, massif et peu disposé à risquer la panne.





Franz Ferdinand choisit une autre forme d’efficacité à 21 h 05 sur la scène Boursobank. The Dark of the Matinée ouvre immédiatement les vannes. Alex Kapranos multiplie les sauts, les jambes largement écartées et les propos en français. Le chanteur connaît les gestes attendus et ne fait pas semblant de les découvrir. Le programme équilibre cinq titres du premier album et cinq morceaux de The Human Fear, paru en 2025. Night or Day et Audacious se glissent ainsi entre Do You Want To, No You Girls et Michael. Sur Black Eyelashes, Kapranos prend un bouzouki et casse brièvement la ligne droite des guitares. Il dédie 40’ à Sparks, passé sur la même scène un peu plus tôt. Puis Take Me Out déclenche son chœur de stade, avant Hooked et This Fire. Tout est très maîtrisé, parfois jusqu’à devenir prévisible, mais le public ne semble pas venu réclamer une séance de déconstruction.





Nick Cave & The Bad Seeds, de la fureur au silence
À 22 h 15, les mots « Get Ready for Love » apparaissent sur l’écran de la Grande Scène. Nick Cave surgit dans un costume noir neuf, détail qu’il signalera lui-même après avoir essayé d’y glisser une grande lettre remise depuis le premier rang. Get Ready for Love lance le dernier concert de la tournée estivale européenne de Nick Cave & The Bad Seeds. From Her to Eternity arrive aussitôt, sans sas ni politesse. Nick Cave agrippe les mains, se penche au-dessus de la fosse et avance bientôt porté par les bras du public. Warren Ellis agite son violon et sa longue chevelure blanche à quelques mètres derrière lui, complètement possédé. Colin Greenwood de Radiohead tient la basse avec davantage de discrétion mais, mais s’impose musicalement malgré le nombre de musiciens sur scène.. Oui, quatre choristes en tenue dorée élargissent encore le son. Autour du chanteur, la formation ressemble à une armée, Nick, lui préfère travailler au contact.
La lune sort des nuages pendant O Children. Nick Cave rejoint ensuite le piano pour Carnage, première vraie baisse de tension d’un concert lancé dans le rouge. Sur Joy, il termine a cappella devant un parc devenu silencieux. Janet Rasmus lui donne la réplique sur Henry Lee, le duo autrefois enregistré avec PJ Harvey. The Mercy Seat, The Weeping Song et Red Right Hand ramènent la violence, tandis que Jubilee Street progresse par vagues jusqu’à la saturation. Nick Cave marche, s’agenouille, se relève et reprend les mains tendues comme si la scène ne suffisait décidément pas. Le long et sombre Hollywood, dédié à son épouse Susie, ralentit encore le temps avant la sortie. Seul au piano, il termine avec Into My Arms, presque à minuit et demi. Les comparaisons religieuses sont faciles avec Nick Cave mais, ce soir-là, elles ont au moins trouvé leur rituel.




Festival Rock en Seine 2026 – à Saint Cloud – du 26 au 30 août 2026 – Site officiel
Photos : louis Comar, Emilie Bardalou et Olivier Hoffschir




















