Samedi 29 août 2026, Rock en Seine aligne dix-huit artistes sur quatre scènes au Domaine national de Saint-Cloud. Deftones clôturera la Grande Scène à 22 h 55, après une journée dominée par le punk, le metal et quelques détours bienvenus vers le rap. Mannequin Pussy, Clipse, Amyl & The Sniffers et Turnstile forment l’itinéraire le plus solide. Reste à négocier un programme qui semble considérer la téléportation comme un service inclus dans le billet.
Rock en Seine samedi 29 août 2026 : commencer dans le rouge
La journée démarre à 15 h 40 sur la Grande Scène avec Mannequin Pussy. Le groupe de Philadelphie arrive avec I Got Heaven, quatrième album paru en 2024. Le disque alterne accélérations hardcore, mélodies indie rock et brusques accès de tendresse, sans chercher à rendre les raccords trop subtiles. C’est précisément ce qui en fait une bonne entrée en matière. À 16 h 20, il faudra choisir entre le metalcore progressif de Novelists et Maddy Street sur la scène AXS. La Franco-Britannique mélange rap, pop, electro, rock et punk dans des morceaux bilingues qui parlent notamment de genre et d’identité. Pour favoriser la découverte et varier les secousses, Maddy Street obtient notre voix. Les amateurs de metalcore pourront évidemment rejoindre Novelists, mais le samedi offrira encore largement de quoi maltraiter leurs cervicales.
À 17 heures, Lambrini Girls prend la Grande Scène pendant que Mottomoda joue sur la scène Roc-On. Le duo de Brighton a publié début 2025 son premier album, Who Let the Dogs Out. Ses chansons attaquent le masculinisme, l’homophobie, la transphobie ou les violences policières avec des basses déformées et un humour personnel. Mottomoda propose en face une drum’n’bass française traversée d’hyperpop, option plus synthétique mais moins urgente dans ce parcours. À 17 h 45, AFI enchaîne sur la scène BoursoBank. Après trois décennies d’évolution entre punk hardcore, emo et rock gothique, le groupe californien défend Silver Bleeds the Black Sun…, paru en octobre 2025. Dynamite Shakers commence dix minutes plus tard sur la scène AXS avec son rock venu de Vendée et son récent EP Cinéma. Le choix d’AFI s’impose pour la densité du catalogue, même s’il condamne une partie du concert des Français.
Le premier conflit réellement cruel arrive à 18 h 45. Landmvrks occupe la Grande Scène avec The Darkest Place I’ve Ever Been, album de 2025 où le metalcore marseillais absorbe spoken word, hip-hop et piano. Cinq minutes plus tard, Man/Woman/Chainsaw commence sur la scène Roc-On. Le jeune sextuor londonien fabrique un art-rock instable, traversé de violon, de piano, de guitares saturées et de changements d’humeur assez peu soucieux du confort général. Landmvrks offre la puissance et la maîtrise d’un groupe désormais installé. Man/Woman/Chainsaw conserve, lui, cette impression que le morceau peut se démonter en plein vol avant de retomber miraculeusement sur ses pieds. Pour respecter la part découverte de la journée, direction la scène Roc-On à 18 h 50. Les Marseillais seront sacrifiés, ce qui n’est pas un jugement de valeur mais la conséquence d’un emploi du temps particulièrement mal élevé.
Clipse, Turnstile et Deftones : une soirée sans temps mort
À 19 h 45, Clipse et High Vis commencent exactement au même moment. High Vis défend un solide mélange de punk hardcore et d’indie rock, porté par des textes sur la santé mentale et les inégalités sociales. Evidemment, ce mélange est totalement excitant, mais la réunion de Pusha T et Malice reste l’un des rendez-vous les moins ordinaires du festival. Let God Sort Em Out, paru en 2025, est le premier album de Clipse depuis Til the Casket Drops en 2009. Entièrement produit par Pharrell Williams (vous pensiez y échapper ?), il remet surtout en avant la précision des deux frères au micro. Le disque n’échappe pas toujours au poids de sa propre cérémonie, mais les rappeurs n’ont rien perdu de leur sécheresse. Dans une journée presque entièrement gouvernée par les guitares, ce détour par la scène BoursoBank évite aussi l’effet tunnel. High Vis mérite une autre occasion ; cette fois, Clipse passe devant.
La Grande Scène accueille Amyl & The Sniffers à 20 h 45. Depuis leur passage à Rock en Seine en 2023, les Australiens ont publié Cartoon Darkness, troisième album sorti en 2024. Amy Taylor y conserve sa diction abrasive tout en laissant davantage de place aux mélodies, au saxophone et à quelques écarts hors du pub rock. Le concert devrait donc dépasser la simple démonstration de vitesse en débardeur. À 20 h 50, Grandma’s Ashes défend pourtant Bruxism sur la scène Roc-On. Le trio parisien mêle stoner, grunge, metal et rock progressif dans des morceaux beaucoup plus construits que ne le suggère leur force de frappe. C’est une alternative sérieuse, surtout pour qui aurait déjà vu Amyl & The Sniffers en 2023. Pour un parcours généraliste, les Australiens restent néanmoins le choix le plus cohérent avant la dernière ligne droite.
Turnstile commence à 21 h 45 sur la scène BoursoBank avec Never Enough, album de 2025 qui élargit encore son hardcore vers la pop, les synthétiseurs et les rythmes électroniques. Cinq minutes plus tard, Gwendoline présente avec l’association Futur Composé une création réunissant le groupe et des artistes ayant des troubles du spectre de l’autisme. Cette proposition unique constitue le détour le plus singulier de la soirée et devient même prioritaire pour quiconque a déjà vu Turnstile. Pour une première fois, difficile cependant de quitter le groupe de Baltimore au moment où son langage scénique paraît aussi ouvert. Le dernier dilemme oppose ensuite Jessica93, à 22 h 50 sur la scène Roc-On, et Deftones, à 22 h 55 sur la Grande Scène. Le premier défend 666 Tours de Périph’, mélange suffocant de shoegaze, de cold wave et de grunge artisanal. Deftones arrive avec Private Music, dixième album publié en 2025, où le groupe continue de faire cohabiter riffs massifs, chant vaporeux et mélancolie sans transformer son passé en musée. Fcukers débute enfin à 23 h 30 sur la scène AXS, en plein concert de Deftones : partir avant la fin reste possible, mais il faudra vraiment préférer l’electro hédoniste aux dernières déflagrations de Chino Moreno.
Le parcours conseillé est donc le suivant : Mannequin Pussy, Maddy Street, Lambrini Girls, AFI, Man/Woman/Chainsaw, Clipse, Amyl & The Sniffers, Turnstile et Deftones. Une journée sans respiration inutile, avec suffisamment de découvertes pour ne pas passer huit heures à attendre la tête d’affiche.
Festival Rock en Seine 2026 – à Saint Cloud – du 26 au 30 août 2026 – Site officielSources :
- Rock en Seine, Programmation 2026, 2026.
- Pitchfork, Mannequin Pussy: I Got Heaven, 2024.
- The Guardian, Lambrini Girls: Who Let the Dogs Out review, 2025.
- Rock en Seine, AFI, 2026.
- The Guardian, One to watch: Man/Woman/Chainsaw, 2024.
- Pitchfork, Clipse: Let God Sort Em Out, 2025.
- Pitchfork, Amyl and the Sniffers: Cartoon Darkness, 2024.
- Pitchfork, Turnstile: Never Enough, 2025.
- Rock en Seine, Création : Gwendoline & Futur Composé, 2026.
- Pitchfork, Deftones: Private Music, 2025.



















