Palace naît à Londres en 2009 autour de Lev Tanju et d’un noyau de skateurs du Sud de la ville. La marque garde d’emblée un ton différent : plus sec, plus drôle, plus tordu aussi, avec un humour britannique qui refuse le respect obligé envers la mode. Son actualité reste vive en 2024 et 2026, entre collaborations, nouveaux ranges et circulation mondiale, mais le cœur du projet n’a pas changé. Palace reste une marque qui parle depuis le skate, même quand elle s’amuse avec Gap, Ralph Lauren ou les institutions du luxe. Le plus étonnant n’est pas son succès. C’est qu’elle ait réussi à ne pas devenir complètement sérieuse.
Londres contre l’application
Palace n’a jamais eu la propreté américaine de certaines grandes marques de skate. Son univers est plus cabossé, plus verbal, plus anglais au sens le moins touristique du terme. GQ rappelait en 2023 que Tanju et Gareth Skewis l’avaient fondée en 2009 avec l’idée d’habiller une scène locale insuffisamment servie par les grands acteurs du moment. Ce point est décisif. Palace ne commence pas comme une abstraction graphique mais comme une réponse située, née d’un manque concret. Une ville, une bande, une façon de parler, et des vêtements pour aller avec.
Cette origine ne s’est jamais effacée. Même quand Palace ouvre des boutiques bien au-delà de Londres, la marque garde quelque chose de South Bank : un mélange de vitesse, de blague interne, de style volontairement mal coiffé. Le triangle “Tri-Ferg”, largement associé à son image, n’est pas là pour faire monument. Il sert plutôt de panneau de circulation dans un univers saturé de références pop, de détournements et de signaux absurdes. Palace préfère le clin d’œil à la révérence. Dans un secteur souvent pris de grandiloquence, c’est presque une hygiène.
Le produit comme gag visuel
L’une des singularités de Palace tient à son écriture. Pas seulement ses vêtements, mais sa manière de parler autour d’eux. The Guardian relevait en 2022 la place prise par ses descriptions de produits, devenues de petits blocs d’idiotie poétique ou de non-sens très travaillés. Cela peut sembler anecdotique. Ce ne l’est pas. Dans un commerce du vêtement devenu massivement descriptif, utilitaire, optimisé, Palace réintroduit du jeu et de l’opacité. La fiche produit cesse d’être un simple mode d’emploi. Elle redevient un espace de ton.
Ce ton irrigue tout le reste. Les campagnes, les vidéos, les collaborations, les boutiques : partout, Palace refuse la raideur respectable. L’entretien accordé à GQ en 2024 à propos de Gap résume assez bien la ligne : faire des choses amusantes, sans se figer dans la solennité du “bon goût”. Cette capacité à glisser du skate à de grandes collaborations sans perdre sa voix explique beaucoup. Palace ne fait pas semblant d’ignorer l’industrie. Elle la traite comme un terrain de jeu un peu ridicule. Et cela, paradoxalement, lui donne plus d’autorité que bien des poses de pureté.
Rester drôle en montant en gamme
Le vrai risque pour Palace était évident : devenir une marque d’image, coupée de l’énergie qui l’a fondée. Jusqu’ici, elle a plutôt évité le piège. Non pas en restant petite (ce n’est plus le cas) mais en gardant un rapport vif à la culture skate, à ses corps, à ses vidéos, à son langage. Palace continue d’avoir l’air d’une marque faite par des gens qui connaissent encore l’usage réel d’un trottoir, d’une rampe, d’une chute. La nuance compte. Beaucoup de marques héritent du skate comme d’un décor. Palace, elle, continue d’y parler couramment.
Reste une ambiguïté féconde. À force d’être reconnue, Palace est devenue précisément ce qu’elle semblait moquer : une marque scrutée, collectionnée, parfois fétichisée. Mais elle garde assez d’irrévérence pour saboter de l’intérieur cette montée en prestige. C’est sans doute ce qui la tient encore vive. Londres y revient toujours : le gris, les blagues, la vitesse, les vêtements larges, le refus de bien se tenir. Palace a grandi. Elle n’a pas rangé la vanne.
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Palace : Site officiel
Sources :
- GQ UK – How Palace Skateboards took over the world – 2023
- GQ UK – Palace co-founder Lev Tanju talks about the Gap collab – 2024
- The Guardian – how Palace turned product descriptions into art – 2022
- Palace Skateboards – PALACE SKATEBOARDS – 2026

















