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Romance de Fontaines D.C., du post-punk au whiskey framboise

Le groupe irlandais Fontaines D.C. a publié son quatrième album, Romance, le 23 août 2024 chez XL Recordings. Produit par James Ford, le disque élargit son post-punk vers des guitares massives, des textures électroniques et une sentimentalité moins bien cachée. Cette expérience sonore se prolonge dans un cocktail de whiskey irlandais, de framboise, de thé noir fumé et de citron : une couleur presque tendre, avec du béton dans l’arrière-goût.

Romance de Fontaines D.C., la couleur après le noir

Sur Romance, Fontaines D.C. pousse d’abord une porte dans un immeuble désert. Le morceau-titre avance lentement, porté par une pulsation basse et une brume électronique. Rien ne cherche l’attaque immédiate des premiers disques. La voix de Grian Chatten reste proche, mais l’espace autour d’elle s’est élargi. Cette entrée installe une menace sans avoir besoin de hausser le ton. Le rose et le vert acide de l’univers visuel donnent pourtant au disque des couleurs presque pop. Vraiment presque.

Le changement ne repose pas seulement sur quelques synthétiseurs posés derrière les guitares. Pour ce premier album produit par James Ford, Fontaines D.C. travaille notamment au studio de La Frette, près de Paris, et accepte une construction plus détaillée. Le groupe s’éloigne de son ancienne règle : ne pas enregistrer ce qu’il ne pourrait pas reproduire directement sur scène. Cette liberté ouvre la porte aux programmations, aux claviers, aux cordes et aux couches de son qui débordent le cadre du quintette. « Starburster » coupe sa poussée rythmique avec des inspirations brutales, comme si le morceau manquait soudain d’air. « Here’s the Thing » serre les guitares jusqu’à les rendre abrasives. Sur « In the Modern World », les cordes installent un horizon large, presque cinématographique, sans effacer le malaise. Fontaines D.C. ne quitte donc pas le béton : il construit simplement quelques étages supplémentaires.

La sentimentalité sous haute tension

Le titre Romance n’annonce pas un disque amoureux au sens confortable du terme. Grian Chatten a notamment évoqué Akira et la présence d’une émotion romantique au milieu d’un monde en ruine. L’idée traverse l’album : le chaos n’empêche ni le désir ni l’attachement, mais il les rend moins présentables. La voix s’étire davantage, quitte parfois le débit frontal et accepte une forme de vulnérabilité. « Desire » avance comme une déclaration qui aurait trop attendu avant de sortir. « Motorcycle Boy » et « Horseness Is the Whatness » laissent remonter une fragilité que les guitares ne cherchent plus systématiquement à couvrir. « Death Kink » retourne cette ouverture contre elle-même, entre humiliation, dépendance et sabotage intime. La sentimentalité est moins cachée, mais elle n’est certainement pas devenue plus propre.

L’album est annoncé le 17 avril 2024 avec « Starburster », morceau né d’une crise de panique vécue par Grian Chatten à la gare londonienne de St Pancras. Les respirations qui interrompent le chant ne décorent pas la production : elles en dérèglent le corps. Le single fait davantage que présenter un nouvel album. Il brise le cadre commode du groupe post-punk dublinois et laisse entrer le hip-hop, le grunge et une lourdeur héritée du rock alternatif des années 1990. La campagne visuelle, saturée de rose et de vert acide, rend cette mutation impossible à manquer. À sa sortie, Romance atteint la deuxième place du classement britannique avec le meilleur démarrage de la carrière du groupe. L’album et « Starburster » obtiennent ensuite deux nominations aux Grammy Awards 2025. Fontaines D.C. change d’échelle sans polir ses angles, détail assez rare pour être signalé sans lancer de confettis.

Romance de Fontaines D.C. en cocktail : le rose sous le béton

Le cocktail prend le nom de Concrete Romance. Dans un shaker rempli de glace, il faut verser 50 ml de whiskey irlandais, puis 20 ml de thé Lapsang Souchong fortement infusé et refroidi. On ajoute 15 ml de sirop de framboise et 15 ml de jus de citron frais. L’ensemble est secoué franchement pendant une dizaine de secondes, jusqu’à ce que le métal du shaker devienne froid. Une double filtration permet ensuite de servir le mélange sur un gros glaçon, dans un verre bas. Le geste final consiste à presser un zeste de citron au-dessus du verre, puis à le retirer. La robe est rose sombre, troublée par l’ambre du whiskey et le brun du thé. Au nez, le fruit arrive avant la fumée, avec une politesse qui ne tiendra pas longtemps.

Le whiskey apporte la chaleur du grain, mais aussi cette brûlure qui reste lorsque le morceau semble terminé. La framboise place immédiatement le cocktail dans le champ de la douceur et de la couleur. Le thé fumé vient ensuite recouvrir ce confort d’une odeur de bois humide, de vêtement froid et de pièce mal aérée. Le citron tranche au milieu, net, comme les reprises de souffle de « Starburster ». Le premier verre peut être servi dès le morceau-titre, sans attendre que l’album devienne accueillant. Sur « In the Modern World », la glace commence à fondre et la fumée recule légèrement derrière le fruit. À l’approche de « Death Kink », le whiskey reprend le dessus et la framboise paraît déjà moins innocente. « Favourite » laisse enfin une douceur plus claire, mais le fond du verre conserve assez de thé noir pour empêcher Romance de finir en réconciliation générale.


Fontaines D.C. : Romance (XL Recordings) – Sorti le 23 août 2024