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Emily in Paris : la mode comme carte postale agressive

Dans Emily in Paris, série Netflix créée par Darren Star avec Lily Collins dans le rôle d’Emily Cooper, Paris n’est pas une ville réaliste. Ou du moins, on ne l’a plus vu comme cela depuis la période Chirac. C’est une vitrine. La mode n’y sert pas à se fondre dans le décor. Elle cogne. Entre couleurs saturées, imprimés, talons, sacs visibles et silhouettes trop composées, la série transforme Paris en carte postale agressive. Depuis son lancement sur Netflix en 2020, Emily in Paris divise autant qu’elle circule. La saison 4 a déplacé une partie du récit vers les Alpes françaises et Rome, tandis que Netflix a confirmé une saison 5 tournée notamment en Italie. Le sujet reste le même : Emily Cooper ne traverse pas Paris, elle le recouvre.

Emily in Paris : le réalisme ? Pour quoi faire ?

Les tenues d’Emily Cooper ne ressemblent pas à ce que l’on croise, un mardi matin, dans la ligne 8. C’est presque un soulagement. Emily in Paris n’a jamais vraiment prétendu documenter le style parisien. La série préfère l’excès, le contraste, l’empilement. Un béret peut arriver. Une veste colorée aussi. Un sac très visible suit. Puis une jupe, des motifs, des talons, une silhouette qui semble sortie d’un moodboard. Le résultat ne murmure rien. Il parle fort en anglais, seul ou en troupeau, dit French dans chaque phrases, au beau milieu du trottoir… Ce qui n’est pas totalement faux non plus.

Cette absence de réalisme est souvent prise comme un défaut. Elle est pourtant le moteur de la série. Emily Cooper travaille dans le marketing. Elle vit dans la projection, la mise en scène, la conversion de chaque lieu en contenu. Sa garde-robe suit cette logique. Elle ne s’habille pas pour Paris. Elle s’habille pour une idée de Paris. Un Paris de vitrines, de cafés en terrasse, de ruelles propres (lol), de bureaux lumineux et de rendez-vous qui tombent très bien. Le vêtement ne corrige pas le cliché. Il l’encadre avec un sac griffé. Voilà, c’est subtil comme une notification Instagram.

Paris devient décor, la mode devient bruit visuel

Dans Emily in Paris, Paris est moins une ville qu’un plateau. Les façades, les ponts, les restaurants, les bureaux et les places fonctionnent comme des arrière-plans disponibles. La série les filme avec une lumière nette, souvent flatteuse, presque publicitaire. Le pavé ne salit pas grand-chose. Les rues ont rarement l’air de sentir la pluie, le métro ou la pisse. Emily avance dans ce décor comme dans une carte postale animée. Chaque plan semble chercher l’image partageable. La ville devient un support. La mode vient poser son bruit par-dessus.

Ce bruit visuel est essentiel. Les costumes ne cherchent pas seulement à définir les personnages. Ils empêchent parfois le regard de se reposer. Marylin Fitoussi, costumière de la série, a travaillé avec Patricia Field, connue pour Sex and the City, avant de prendre davantage la main sur les costumes à partir des saisons suivantes. La filiation se voit. Même goût pour les associations visibles. Même refus du neutre sage. Même croyance dans le vêtement comme accélérateur narratif. Dans Emily in Paris, une tenue doit annoncer une scène avant qu’elle commence. Le dialogue peut attendre. La veste a déjà parlé.

Une carte postale agressive, donc efficace

La série agace parce qu’elle grossit tout. Les Français. Les Américains. Le luxe. Le travail. L’amour. Paris. Les tenues participent à cette opération. Elles transforment chaque personnage en signal. Emily porte l’enthousiasme comme une couleur trop vive. Sylvie Grateau, jouée par Philippine Leroy-Beaulieu, oppose une élégance plus sèche, plus adulte, plus coupante. Mindy Chen, jouée par Ashley Park, assume une théâtralité musicale, presque cabaret. Le vestiaire organise donc les rapports de force. Pas besoin d’un long discours sur l’intégration culturelle. Une robe suffit parfois à montrer qui contrôle la pièce.

C’est pour cela que la mode dans Emily in Paris fonctionne, même quand elle irrite. Elle ne vend pas Paris tel qu’il est. Elle vend Paris tel qu’Emily Cooper le consomme. Trop brillant. Trop propre. Trop composé. Trop prêt pour la photo. La série ne montre pas une capitale sale et taguée dirigée par Anne Hidalgo, mais une interface. On clique, on poste, on aime, on repart. La carte postale devient agressive parce qu’elle refuse le silence. Elle veut être regardée tout le temps. Et c’est peut-être là que Emily in Paris dit quelque chose de juste, malgré elle : à force de transformer une ville en image, on finit par ne plus très bien voir la ville. Seulement la tenue devant.


Emily in Paris – Disponible sur Netflix – Site officiel

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