Kelsey Lu revient avec So Help Me God, deuxième album sorti le 12 juin 2026 chez Dirty Hit. Sept ans après Blood, l’artiste américaine reprend le fil d’une œuvre qui n’a jamais vraiment choisi entre chanson, musique de chambre, R&B, performance et cinéma. Le violoncelle reste là. Et ce n’est pas un accessoire noble posé dans un coin.
Kelsey Lu, une voix venue du bois
Kelsey Lu vient de Caroline du Nord, avec un parcours qui ne ressemble pas à une ligne droite, tant mieux. L’artiste grandit dans un environnement religieux strict, marqué par l’éducation des Témoins de Jéhovah, avant de quitter ce cadre à 18 ans. OK, noté. Mais il ne suffit pas à fabriquer une légende commode. Kelsey Lu n’est pas seulement “l’artiste échappée de”. Ce serait trop simple, et un peu paresseux. Ce qui frappe d’abord, c’est le rapport physique au son. Le violoncelle ne sert pas à décorer la voix. Il la serre, la contredit, la prolonge, la laisse parfois seule au milieu de la pièce.
Au départ, il y a une formation classique, donc des heures avec l’instrument, le dos droit, l’archet, le geste répété. Puis il y a New York, les studios, les scènes plus souples, les musiciens qui passent d’un monde à l’autre. Kelsey Lu devient vite une présence repérée dans cet espace où l’avant-pop, le R&B alternatif et les cordes se croisent. L’artiste travaille autour de Solange, Blood Orange, Florence + The Machine ou Lady Gaga. Là encore, le piège serait d’en faire une simple musicienne de l’ombre devenue figure de devant. Kelsey Lu semble plutôt avoir appris à tenir deux positions à la fois. Être dans le fond sonore, puis soudain au centre, sans changer de température.
En 2016, Church pose le décor avec une clarté assez rude. L’EP est enregistré dans une église à Brooklyn, avec le violoncelle, la voix, une pédale de boucle et beaucoup d’air entre les notes. Le lieu n’est pas neutre. On entend presque les murs répondre. Les cordes frottent, les voix montent, les silences restent ouverts. Rien ne cherche à remplir.
De Church à Blood, la chambre s’ouvre
Avec Blood, sorti en 2019 chez Columbia Records, Kelsey Lu change d’échelle. Le disque ne quitte pas le violoncelle, mais il l’installe dans un paysage plus large. La musique respire plus grand. Les arrangements gagnent des synthés, des percussions, des textures pop, des ombres californiennes. Jamie xx, Skrillex, Adrian Younge et Rodaidh McDonald font partie des noms associés au disque. Sur le papier, cela pourrait sentir le casting bien rangé. Dans les faits, Blood reste un disque de circulation lente, pas une vitrine de producteurs.
Le morceau “Due West”, produit avec Skrillex, montre bien le déplacement. On attendrait le choc frontal. On reçoit une dérive. Le morceau avance comme une voiture sous lumière pâle, pas comme un drop envoyé au canon. La reprise de “I’m Not in Love” de 10cc joue aussi sur ce terrain trouble. Kelsey Lu reprend un tube connu sans le repeindre au stabilo. La chanson devient presque un brouillard, avec cette manière de garder la mélodie reconnaissable tout en lui retirant une partie de son confort.
Blood installe aussi Kelsey Lu dans une famille esthétique qui refuse les frontières trop propres. On pense aux artistes capables de traiter le studio comme une pièce humide, un plateau, une chambre, parfois une chapelle. Ce n’est pas une affaire de genre musical, même si les étiquettes existent toujours pour rassurer les plateformes. Il y a du R&B, de la musique de chambre, de la pop expérimentale, des fantômes électroniques. Mais le plus important reste la tenue. Kelsey Lu ne chante pas au-dessus des arrangements. L’artiste s’y déplace, comme si chaque son avait un poids, une odeur, une température.
So Help Me God, sept ans sans disparition
Le retour avec So Help Me God en 2026 arrive après sept ans sans album studio, ce qui, dans la pop actuelle, ressemble presque à une insolence. Entre-temps, Kelsey Lu n’a pas disparu. L’artiste compose notamment pour le cinéma, avec la musique d’Earth Mama, film distribué par A24, et celle du documentaire Netflix Daughters. Cela explique peut-être une partie de l’ampleur du nouveau disque. La chanson n’est plus seulement une forme courte. Elle devient scène, matière, décor, peau, poussière, lumière basse.
So Help Me God est annoncé et reçu comme un deuxième album, mais il a l’allure d’un retour après mue. Le disque sort le 12 juin 2026 chez Dirty Hit. Jack Antonoff et Yves Rothman sont associés à la production. Kim Gordon, Sampha et Kamasi Washington figurent parmi les contributions citées autour du projet. Sur le papier, encore une fois, la liste pourrait impressionner. Kelsey Lu a l’élégance de ne pas se faire avaler par elle.
Ce qui rend Kelsey Lu singulier tient à cette lenteur contrôlée. L’artiste ne cherche pas à moderniser le violoncelle comme on relooke un meuble de famille. Le violoncelle est déjà moderne, dès qu’on cesse de le traiter comme une preuve de sérieux. Chez Kelsey Lu, il grince, il pleure, il soutient, il menace parfois. La voix garde une douceur étrange, jamais totalement soumise à la beauté. Kelsey Lu avance dans un monde musical pressé, mais travaille comme si le temps pouvait encore se plier. Petite fantaisie, évidemment.
Kelsey Lu : So Help Me God (Dirty Hit) – Sorti le 12 juin 2026
Sources :
- Pitchfork – Church EP – 2016
- Pitchfork – Kelsey Lu: Blood Album Review – 2019
- The Guardian – Kelsey Lu: Blood review – absorbing, astonishing debut album – 2019
- Pitchfork – Kelsey Lu Enlists Kim Gordon and Sampha for First Album in Seven Years – 2026
- The Guardian – Kelsey Lu: So Help Me God review – strange, graceful songs drifting from pop’s edgelands – 2026
- Vogue – Kelsey Lu on Dirt, Diotima, and Her Sophomore Album, So Help Me God – 2026
- Netflix Tudum – How Musician Kelsey Lu Created the Score for Daughters – 2025
- Dirty Hit – So Help Me God CD – Kelsey Lu – 2026






















