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Les Misérables : les habits de la misère

Jean Valjean, joué par Vincent Lindon dans Les Misérables, porte un long manteau noir et une chemise blanche.

Sorti au cinéma le 14 octobre 2026, Les Misérables de Fred Cavayé réunit Vincent Lindon, Tahar Rahim et Camille Cottin dans une nouvelle adaptation du roman de Victor Hugo. Les costumes des Misérables, signés Pierre-Jean Larroque, participent à cette reconstitution de la France du XIXe siècle. Entre manteaux sombres, vêtements de travail et silhouettes militaires, les habits révèlent les différences de classe, mais aussi les contradictions des personnages.

Les costumes des Misérables : Jean Valjean et Javert, deux hommes en noir

Un long manteau sombre, une chemise blanche ouverte au col, un pantalon brun. Sur l’une des photographies du film, Jean Valjean, incarné par Vincent Lindon, apparaît dans un encadrement de porte, le visage marqué et les épaules lourdes. Rien de particulièrement élégant dans cette silhouette, mais rien non plus qui signale immédiatement un ancien forçat. Le manteau lui donne une certaine respectabilité, sans faire disparaître sa rudesse. C’est précisément le problème de Valjean : le vêtement peut changer, le passé demeure. Après dix-neuf années de bagne, cet homme devient un notable sous le nom de Monsieur Madeleine. Il acquiert une position sociale que son ancienne condition semblait lui interdire. Le costume accompagne ce déplacement, sans suffire à effacer ce qu’il a vécu.

Face à lui, Javert présente une silhouette autrement contrôlée. Tahar Rahim porte un long vêtement noir, fermé haut sur le torse, avec un col rigide et une ceinture marquant la taille. Sur une photographie officielle, il se tient devant une grande fenêtre circulaire, un petit carnet entre les mains. La lumière éclaire son visage pâle tandis que le reste de sa tenue demeure presque entièrement dans l’ombre. Cette silhouette sombre fonctionne comme un uniforme, même lorsqu’elle ne prend pas la forme d’une tenue réglementaire identifiable. Là où Valjean semble porter les traces de son existence, Javert cherche à ne rien laisser paraître. L’un tente d’échapper à l’identité que la société lui impose, l’autre s’y enferme volontairement. Leurs vêtements racontent déjà une partie du conflit avant même qu’ils ouvrent la bouche.

Javert, interprété par Tahar Rahim dans Les Misérables, porte un long uniforme noir devant une fenêtre circulaire.
L’inspecteur Javert apparaît dans un uniforme noir, face à une grande fenêtre ronde. Une silhouette qui impose l’autorité.

Fantine et les Thénardier : la pauvreté ne se porte pas de la même manière

Chez Fantine, incarnée par Noémie Merlant, le vêtement raconte une autre forme de violence. Sur une image du film, la jeune femme porte une robe grise, boutonnée jusqu’au cou, recouverte d’un tablier bleu. Les cheveux sont simplement attachés, avec quelques mèches échappées autour du visage. Aucun bijou visible, aucun ornement qui détournerait le regard. Le costume évoque immédiatement le travail et une existence où l’apparence passe après les nécessités quotidiennes. Fantine appartient à ce monde ouvrier qui dépend du salaire pour survivre. Dans le récit de Victor Hugo, la perte de son emploi entraîne une succession de sacrifices et une dégradation de sa condition. Le vêtement devient alors le signe d’une précarité qui ne laisse aucune marge de manœuvre.

Les Thénardier montrent une pauvreté plus trouble, où la misère côtoie l’exploitation des autres. Benjamin Lavernhe apparaît notamment vêtu d’une veste ample, d’un gilet froissé et d’un pantalon clair, une pipe à la bouche. Ses habits semblent avoir servi longtemps, mais le personnage conserve les manières d’un homme qui cherche à tirer avantage de chaque situation. Avec Camille Cottin, à l’opposé de son rôle dans Dix pour cent, qui incarne Madame Thénardier, il forme un couple vivant notamment de l’exploitation de Cosette. Ces personnages rappellent qu’un habit modeste ne garantit aucune vertu. La distinction sociale ne suffit donc pas à séparer les victimes des bourreaux. Les vêtements peuvent révéler une position économique sans dévoiler la véritable nature de celui qui les porte. C’est l’une des contradictions les plus intéressantes de cet univers : on peut manquer d’argent et exercer malgré tout un pouvoir brutal sur plus faible que soi.

Fantine, jouée par Noémie Merlant dans Les Misérables, porte une robe grise boutonnée et un tablier bleu.
Dans Les Misérables, Fantine porte une robe sombre et un tablier bleu. Un costume qui souligne sa condition d’ouvrière.
Les Thénardier dans Les Misérables portent des vêtements sombres devant une maison de pierre, avec une fillette et sa poupée.
Les Thénardier, interprétés par Benjamin Lavernhe et Camille Cottin, apparaissent devant leur établissement dans des vêtements aux teintes sombres.

Uniformes, vêtements usés et bourgeoisie : une société coupée en deux

À l’échelle des scènes collectives, le travail des costumes prend une autre dimension. Les premières images des affrontements montrent une foule de silhouettes très différentes, réunies sous les drapeaux tricolores. On distingue des redingotes, des gilets, des chapeaux hauts, mais aussi des vêtements plus simples et des tenues militaires. La rue fait cohabiter des apparences qui, dans la vie ordinaire, signalent des milieux sociaux distincts. L’uniforme des soldats impose une identité commune et une discipline visible. Les insurgés, eux, conservent des silhouettes plus disparates. Cette opposition vestimentaire donne immédiatement une lecture politique de l’image. D’un côté, l’autorité se présente comme un bloc ; de l’autre, la contestation rassemble des individus qui n’appartiennent pas nécessairement au même monde.

Pierre-Jean Larroque, déjà crédité aux costumes d’Illusions perdues, retrouve ici une société où l’apparence détermine largement la place accordée à chacun. Le film mobilise une importante reconstitution historique, avec des tenues destinées aux personnages principaux comme aux nombreux figurants. Mais cette abondance pose aussi une question de cinéma : à force de soigner les étoffes, les coupes et les décors, peut-on rendre la misère trop belle ? Plusieurs critiques ont justement relevé le caractère très lisse de cette nouvelle adaptation. Le risque existe lorsque le spectacle prend le dessus sur la brutalité sociale racontée par Victor Hugo. Les images des costumes permettent pourtant de retrouver une idée essentielle du roman. La différence entre un bourgeois, un policier, un ouvrier et un ancien bagnard tient souvent, au premier regard, à quelques pièces de tissu. Dans Les Misérables, changer de vêtement peut ouvrir une porte, mais ne suffit pas à changer le regard de la société.


Sources

  • Unifrance — Les Misérables de Fred Cavayé (2026). Fiche du film et photographies officielles.
  • AFCCA — Pierre-Jean Larroque. Crédits des costumes et équipe technique du film.
  • Cineuropa — Les Misérables. Fiche artistique et technique.
  • Le Monde — « Les Misérables », de Fred Cavayé : une galerie de vedettes pour une version ripolinée du chef-d’œuvre de Victor Hugo — 13 octobre 2026.
  • CANAL+ — Rencontre terrifiante avec Benjamin Lavernhe sur le tournage des MISÉRABLES.
  • TF1 Info — « C’est un monstre à deux têtes » : Camille Cottin et Benjamin Lavernhe racontent le couple Thénardier — 4 octobre 2026.
  • AlloCiné — Les Misérables, film 2026. Sortie, distribution et synopsis.