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Hoshi : « Bonjour docteur », l’album à vif

Hoshi, chanteuse française, en veste de cuir noir, cheveux au vent et main tendue vers l’objectif sur fond blanc.

Sorti le 9 octobre 2026, Bonjour docteur, le nouvel album de Hoshi, rassemble quatorze chansons autour de la santé mentale, des ruptures et de la reconstruction. À 30 ans, la chanteuse française poursuit une écriture directe, portée par une voix immédiatement reconnaissable. Entre guitares rock, mélodies pop et confidences parfois brutales, Mathilde Gerner, de son vrai nom, fait de ses expériences personnelles une matière musicale. Avec une question : jusqu’où peut-on se raconter sans laisser sa vie prendre toute la place ?

Hoshi et « Bonjour docteur » : une consultation sans détour

Le titre ressemble à une formule de politesse. Le contenu est nettement moins aimable. Dans Bonjour docteur, Hoshi s’adresse à un médecin imaginaire, raconte ses symptômes et cherche des réponses à ce qu’elle a traversé. Le dispositif sert de fil conducteur aux quatorze chansons. Il est question de dépression, de peur, de relations douloureuses et d’une reconstruction encore fragile. La chanteuse ne cherche pas à transformer ces expériences en métaphores compliquées. Elle utilise des mots ordinaires, parfois crus, souvent répétés. Cette frontalité, présente depuis ses premiers disques, devient ici le principe même de l’album.

L’ouverture donne le ton. Bonjour docteur démarre sur une énergie rock, avec des guitares électriques et une interprétation tendue. Le morceau suivant, Santé mentale, abandonne une partie du vocabulaire habituel de la chanson sentimentale. Hoshi y énumère les manifestations de son mal-être, comme on établirait une liste de symptômes devant un praticien. Elle a expliqué avoir réécrit ce titre parce que sa première version lui semblait trop éloignée de la réalité. Ce choix produit une chanson singulière, à mi-chemin entre récit personnel et inventaire clinique. La répétition prend une importance particulière : elle donne une forme musicale à des sensations qui reviennent sans cesse. L’exercice peut sembler démonstratif, mais il correspond à une décision d’écriture précise.

Le contraste apparaît avec Pleurer en dansant. La chanson repose sur une guitare, une mélodie immédiatement accessible et des chœurs qui élargissent progressivement l’espace sonore. Hoshi y conserve son goût des refrains conçus pour être repris à plusieurs. Cette rencontre entre paroles douloureuses et musique entraînante constitue l’une des caractéristiques de son répertoire. Dans Billy et Joey, elle choisit une approche différente, en évoquant les deux enfants qu’elle avait imaginé avoir avec son ancienne compagne. Le morceau donne des prénoms à un projet familial disparu. Plus loin, Fantôme décrit le sentiment d’absence qui peut subsister après une séparation. Le disque avance ainsi entre des scènes personnelles très précises et des chansons dont le refrain cherche une portée plus collective.

Hoshi assise sur une chaise, vêtue d’un trench beige, dans le visuel de son album Bonjour Docteur.
Hoshi dans l’univers visuel de Bonjour Docteur, entre salle d’attente médicale et esthétique minimaliste.

Une voix rugueuse, entre chanson française et guitares rock

Chez Hoshi, la voix précède souvent les mots. Grave, légèrement cassée, elle possède une rugosité peu commune dans la chanson pop française. Les consonnes sont marquées, les fins de phrases parfois appuyées, les montées en puissance rarement discrètes. Cette manière de chanter ne repose pas sur la recherche d’une voix parfaitement lisse. Elle donne au contraire une place aux aspérités et à la tension physique de l’interprétation. Hoshi a grandi avec des références musicales très différentes : Jacques Brel, découvert auprès de son grand-père, Nirvana, écouté avec son père, et Véronique Sanson, transmise par sa mère. On retrouve quelque chose de ce mélange dans son rapport aux mélodies et aux guitares. Une tradition française du texte côtoie une énergie héritée du rock, sans que l’une efface l’autre.

Cette identité était déjà présente dans Ta marinière, la chanson qui l’a révélée au grand public en 2018. Le vêtement y devient un objet sentimental, associé à l’absence et à la séparation. L’image est simple, concrète et suffisamment familière pour porter tout un refrain. Avec Amour censure, Hoshi déplace ensuite son écriture vers un sujet collectif, celui de l’homophobie. Lors des Victoires de la musique de février 2020, elle interprète cette chanson avant d’embrasser une femme sur scène. La prestation lui vaut notamment une vague de messages homophobes et de menaces. Le morceau montre une autre facette de son travail : la possibilité de faire entrer une question politique dans une chanson populaire. Chez elle, le message passe d’abord par une mélodie, une formule et une interprétation, plutôt que par un discours séparé de la musique.

Cette relation entre le corps et la musique prend une dimension supplémentaire avec Fais-moi signe, où Hoshi évoque ses problèmes d’audition. Atteinte de la maladie de Ménière, elle a expliqué les contraintes que les vertiges et la perte auditive imposent à son activité. Une situation particulière pour une chanteuse dont le métier repose sur l’écoute et la scène. Avec Bonjour docteur, les guitares saturées côtoient des passages plus doux au piano et une incursion punk. Dans ADN, Hoshi a notamment évoqué une couleur de guitare inspirée d’Oasis. Téléfuck, qu’elle décrit elle-même comme un morceau atypique de son répertoire, introduit une autre tonalité. Ces changements de registre évitent de maintenir les quatorze titres dans une mélancolie uniforme. Ils rappellent aussi qu’une chanson sur la souffrance n’a aucune obligation d’être musicalement triste.

La force et les limites d’une écriture sans filtre

La franchise constitue à la fois la force et la limite possible de Hoshi. Ses chansons nomment les sentiments, les blessures et les situations avec une précision parfois brutale. Cette méthode rend le propos immédiatement compréhensible, sans exiger du public qu’il déchiffre des images complexes. Elle laisse cependant moins de place à l’ambiguïté, aux silences et aux interprétations multiples. Un titre comme Bobo au cœur cherche pansement illustre ce rapport très direct au langage, avec une expression presque enfantine appliquée à une douleur adulte. À l’inverse, Billy et Joey trouve sa force dans deux simples prénoms, qui suffisent à suggérer une histoire entière. Le risque d’un album aussi autobiographique est également que l’attention se concentre davantage sur les événements racontés que sur les chansons elles-mêmes. La sincérité d’un témoignage ne dispense jamais de s’interroger sur la construction musicale qui lui donne sa forme.

Ce risque existe particulièrement avec Bonjour docteur, tant la vie privée de Hoshi occupe désormais une place dans les articles qui lui sont consacrés. La chanteuse a déposé plainte contre son ancienne compagne et manageuse, notamment pour des faits allégués d’agressions sexuelles et d’abus de faiblesse. Cette dernière conteste les accusations et la procédure était toujours en cours au moment de la sortie du disque. Il importe de distinguer les faits judiciaires des expériences personnelles racontées dans les chansons. La musique ne constitue ni un dossier d’instruction ni une preuve. Elle permet à une artiste de donner une forme à son propre récit. Cette distinction est essentielle pour apprécier Bonjour docteur sans réduire son contenu à l’affaire qui entoure sa création. Le disque mérite d’être examiné pour ce qu’il contient musicalement, pas seulement pour les révélations qu’on peut chercher dans ses paroles.

La dernière partie de l’album s’éloigne progressivement de cette douleur. Rallumer le soleil, ADN et L’avenir d’après déplacent le propos vers les proches, l’attachement et la possibilité de recommencer. Lors d’un entretien sur RTL2, le 13 octobre 2026, Hoshi a confirmé avoir conçu cette progression comme un mouvement vers l’espoir. Il ne s’agit pourtant pas d’effacer les chansons précédentes derrière une fin rassurante. Leur présence reste nécessaire pour comprendre le chemin que dessine le disque. Cette construction rejoint finalement l’un des traits les plus constants de son travail : chercher des refrains collectifs à partir d’expériences très personnelles. En 2027, les nouvelles chansons doivent rejoindre son répertoire sur scène, là où sa voix rugueuse rencontre les chœurs du public. Reste ce qui fait la particularité de Hoshi depuis Ta marinière : une écriture sans détours, parfois excessive, mais qui préfère le risque d’en dire trop à celui de ne rien dire.


Hoshi : Bonjour docteur (Maison Hoshi) – Sorti le 9 octobre 2026

Sources :

  • RTL2 — Hoshi présente son nouvel album né de l’épreuve dans #LeDriveRTL2 — 13 octobre 2026.
  • La Voix du Nord — « J’aurais dû voir un psy plus tôt » : Hoshi chante sa dépression dans un album d’utilité publique — 9 octobre 2026.
  • Cortex Média — La chanteuse Hoshi passe ses traumas au mixeur dans « Bonjour docteur » et livre un plaidoyer sur la santé mentale — 8 octobre 2026.
  • Le Parisien — « Je suis sortie de cette relation complètement vidée » : Hoshi raconte ses traumas dans son album « Bonjour Docteur » — 7 octobre 2026.
  • RTL2 — Hoshi sur RTL2 : « Ma musique, c’est une thérapie » — 27 mars 2026.
  • Le Monde — Un apéro avec Hoshi : « J’ai même failli abandonner la chanson » — 1er septembre 2023.
  • RTL — VIDÉO – Hoshi harcelée après avoir embrassé une femme aux Victoires de la musique — 2020.
  • Hoshi — Album Bonjour Docteur en CD — Liste officielle des 14 titres, date de publication non indiquée.