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Défilé Alaïa à la Paris Fashion Week : le studio prend le relais

Mannequin du défilé Alaïa printemps-été 2027 à Paris portant un long manteau noir et blanc texturé, cintré par une large ceinture blanche.

Le 3 octobre 2026 à Paris, Alaïa présentait sa première collection depuis le départ de Pieter Mulier pour Versace. Pas de nouveau directeur artistique, pas de grand remplacement mis en scène : la collection est conçue par le studio de la maison. Dans l’ancien bâtiment de la Fondation Cartier, boulevard Raspail, le défilé Alaïa de la Paris Fashion Week pose une question assez rare dans le luxe actuel : que reste-t-il d’une maison quand personne ne vient officiellement signer son nouveau chapitre ? Alaïa répond par les vêtements, le corps et une continuité soigneusement contrôlée. La maison nomme la collection « Winter Spring 2027 », tandis que Vogue la classe dans le calendrier Spring 2027.

Défilé Alaïa à la Paris Fashion Week : une maison sans auteur unique

L’absence est immédiatement visible, justement parce qu’Alaïa refuse d’en faire un spectacle. Aucun nouveau nom n’est installé au sommet de l’affiche. Depuis le départ de Pieter Mulier, l’équipe qui travaillait avec lui a pris en charge la collection. Vogue décrit cette présentation comme le premier test public de ce fonctionnement sans « pilote » officiellement désigné. La maison aurait pu accélérer la mécanique habituelle du luxe : nomination, discours de rupture, premières images, nouvelles signatures. Elle choisit l’inverse. Elle laisse le studio continuer à travailler avec un vocabulaire connu. Le changement existe donc dans l’organisation davantage que dans l’apparence immédiate des vêtements. Cette retenue devient le vrai sujet du show.

Ce choix évite surtout de transformer chaque mouvement de directeur artistique en table rase. Pieter Mulier avait lui-même régulièrement mis en avant le travail collectif des équipes d’Alaïa. Son départ ne signifie donc pas que les techniques, les patrons et les connaissances accumulées quittent le bâtiment avec lui. Le studio possède une mémoire qui ne se résume pas à une direction créative. Boaz Eli, présent au sein de l’équipe de création de la maison, fait partie des figures citées autour de cette transition. Mais Alaïa ne construit pas le show comme l’audition publique d’un successeur. La communication reste collective. C’est inhabituel dans une industrie qui préfère généralement donner un visage aux changements de cap. Et c’est précisément ce qui rend cette collection plus intéressante que la simple notion de « transition ».

Trois silhouettes du défilé Alaïa printemps-été 2027 à Paris : robe jaune plissée, long manteau en cuir bordeaux au centre et tenue écrue à épaules dénudées.
Défilé Alaïa printemps-été 2027 à Paris : jeux de volumes, plissés et cuir bordeaux.

Le corps reste le véritable patron d’Alaïa

Sur le vêtement, la rupture est limitée. Le body reste là. Le tailoring de cuir aussi. Les mini-robes ajustées puis évasées, les manteaux et les constructions qui concentrent le volume autour des hanches conservent une silhouette immédiatement identifiable. Les jupes plissées deviennent l’un des gestes les plus visibles de la collection. Certaines sont construites en cuir, avec des étages qui tournent en diagonale autour du corps. Plus tard, le principe passe au micro-plissé sur des robes plus fluides. La densité de la matière varie alors entre le haut du vêtement et son ouverture vers l’ourlet.

Le traitement du jersey donne davantage de mobilité à cette architecture. La matière se tord, se relève et s’accumule par endroits autour des hanches. Des jupes et des robes remontent sur les côtés avant de libérer la jambe dans de larges fentes. Le geste rappelle parfois la logique du panier sans reprendre sa structure historique au premier degré. Ailleurs, un manteau de cuir bordeaux resserre son milieu par un travail de petits plis qui dessine presque un bustier intégré. Le corps n’est donc jamais simplement moulé. Il est cadré, déplacé, découvert puis recouvert. C’est une nuance importante chez Alaïa : la sensualité passe moins par la quantité de peau visible que par la manière dont le vêtement organise sa présence.

La maison insiste elle-même sur ce rapport entre tissu et peau, forme et fonction. Ce vocabulaire pourrait facilement glisser vers la déclaration abstraite. Les vêtements l’empêchent. Un jersey qui tourne autour du torse, un cuir qui accepte le pli ou un satin qui rassemble son volume sur la hanche donnent une traduction concrète à l’idée. Alaïa convoque aussi le lemniscate, le signe mathématique en forme de huit associé à l’infini. Le motif sert moins de logo que de principe de construction : envelopper, revenir, faire circuler la matière. La référence permet également à la maison de parler du temps sans reproduire littéralement une archive d’Azzedine Alaïa. Le passé est présenté comme une méthode disponible plutôt que comme un catalogue à recopier. C’est probablement là que le studio se montre le plus prudent, mais aussi le plus cohérent.

Trois silhouettes du défilé Alaïa printemps-été 2027 à Paris : robe longue vert olive drapée, robe noire fluide au centre et minirobe noire à fines bretelles.
Défilé Alaïa printemps-été 2027 à Paris : drapés fluides, volumes maîtrisés et robes noires.

À la Fondation Cartier, le premier rang disparaît presque

Le dispositif change davantage la perception du show que les vêtements eux-mêmes. Alaïa retourne dans l’ancien bâtiment de la Fondation Cartier, boulevard Raspail, déjà utilisé pour le dernier défilé de Pieter Mulier. Cette fois, les invités restent debout. Les mannequins circulent au milieu d’eux et autour d’écrans courbes conçus avec le cinéaste et artiste Julian Klincewicz. Les projections associent images enregistrées et images captées en temps réel. Le même corps existe donc physiquement dans la salle et simultanément sur l’écran. Selon les notes de la maison, les courbes de ces surfaces doivent répondre aux courbes des silhouettes. L’effet produit au moins une chose très concrète : le défilé cesse d’être uniquement une succession de vêtements vus de face.

Faire rester tout le monde debout ne supprime évidemment pas les hiérarchies de la mode. Cela en retire cependant un signe particulièrement visible : le fauteuil et son rang. Le spectateur doit trouver son angle. Le mannequin traverse un groupe plutôt qu’un couloir parfaitement dégagé entre deux lignes de sièges. Les écrans ajoutent encore d’autres points de vue et empêchent une lecture totalement stable. La scénographie devient donc une petite politique de la visibilité. Qui regarde qui, et depuis où, compte presque autant que l’ordre de passage. Le dispositif reste maîtrisé et très photographiable, il ne faudrait donc pas le transformer artificiellement en geste révolutionnaire. Mais pour une collection collective, cette circulation sans podium autoritaire est difficile à considérer comme neutre.

La bande-son accompagne cette économie du geste plutôt qu’un grand effet dramatique. Les crédits publiés autour du show indiquent une musique d’Asma Maroof avec une contribution vocale de Zsela. Emma Chadwick assure la direction du mouvement. Le son, l’image et la marche fonctionnent donc comme des éléments de construction autour des vêtements plutôt que comme un récit parallèle chargé d’expliquer la collection. C’est cohérent avec le dispositif général. Alaïa ne cherche pas ici une fiction exotique, un personnage historique ou une destination imaginaire pour donner une raison d’être aux silhouettes. La maison parle d’elle-même, de son atelier et de ses gestes. C’est plus fermé, mais aussi plus précis.

Trois silhouettes du défilé Alaïa printemps-été 2027 à Paris : ensemble bleu marine à épaules dénudées, robe longue plissée et robe argentée asymétrique à volants.
Défilé Alaïa printemps-été 2027 à Paris : silhouettes structurées, plissés fins et volumes asymétriques.

Après Pieter Mulier, la continuité devient une décision

Le danger d’une collection de studio est évident. À force de démontrer que tous les codes sont encore là, une maison peut finir par produire sa propre imitation. Alaïa s’approche parfois de cette limite. Les vestes Spencer noires, les petites robes patineuses, les volumes près du corps et les jupes de cuir sont suffisamment identifiables pour rassurer immédiatement. Cette reconnaissance est commercialement utile. Elle n’équivaut pas nécessairement à une nouvelle proposition. La collection du 3 octobre travaille donc davantage par réglages que par fractures. Les plis changent de direction, les volumes migrent, les matières assouplissent ou durcissent une silhouette existante. Ce n’est pas rien, mais ce n’est pas non plus une déclaration de nouveau départ.

C’est sur ce point que la réception du défilé devient intéressante. Sarah Mower, pour Vogue, refuse de tirer une conclusion trop rapide et présente plutôt cette saison comme un moment d’observation. Who What Wear insiste au contraire sur la capacité de l’équipe à rassurer sur l’avenir créatif de la maison. Les deux lectures ne se contredisent pas complètement. Elles révèlent surtout ce que chacun attend aujourd’hui d’un changement de direction : une rupture spectaculaire pour certains, la preuve d’une continuité pour les autres. Alaïa choisit provisoirement la deuxième option. Cela limite forcément l’effet de surprise. Mais cela fait aussi apparaître une réalité que les maisons préfèrent souvent laisser hors champ : une collection n’est jamais fabriquée par une seule personne.

Le véritable enjeu commence après le show. Si Alaïa nomme prochainement une personnalité extérieure, cette collection pourra être relue comme une parenthèse particulièrement bien tenue. Si la maison prolonge le fonctionnement collectif, elle deviendra au contraire le premier chapitre d’un modèle plus rare. Dans les deux cas, le 3 octobre 2026 aura servi à mesurer la résistance du vocabulaire Alaïa sans sa figure créative précédente. Le test fonctionne parce que l’identité demeure lisible sans devenir entièrement figée. Le corps reste central, l’atelier reste visible dans la complexité des constructions et le spectacle reste contenu. Il manque parfois cette tension qui transforme un bon vêtement en image immédiatement mémorable. Mais la maison ne cherche peut-être pas encore cette image. Pour l’instant, elle vérifie quelque chose de plus fondamental : qu’elle peut continuer à parler sans qu’un nouveau nom parle à sa place.


Sources

  • Vogue — Alaïa Spring 2027 Ready-to-Wear Collection — 4 octobre 2026. Sarah Mower y confirme qu’il s’agit de la première collection conçue par l’équipe après le départ de Pieter Mulier et décrit la présentation à l’ancienne Fondation Cartier.
  • Maison Alaïa — Winter Spring 27 — date de publication non indiquée. Source officielle pour la collection, le rapport entre vêtement et corps et les écrans courbes de la scénographie.
  • Who What Wear — Alaïa Spring 2027: The Design Team Earns High Praise in Paris — 6 octobre 2026. L’article détaille le rôle de l’équipe de création et de Boaz Eli ainsi que la continuité avec les codes d’Azzedine Alaïa.
  • Haute Living — Alaïa Winter Spring 2027 Turns Dialogue Into Body Language at Paris Fashion Week — 6 octobre 2026. Source utile pour le lieu, le dispositif visuel, les matières et la présentation du 3 octobre.
  • A&E Magazine — Alaïa Explores the Art of Dialogue for Winter Spring 2027 — 3 octobre 2026. L’article reprend les axes de la collection autour du corps, de la forme, du mouvement et du savoir-faire.
  • The Smudge Report — Alaïa Spring 2027: Easy Does It — 4 octobre 2026. Intéressant pour la lecture plus critique du show : collection très identifiable comme Alaïa, mais moins électrique que le dernier défilé de Pieter Mulier.
  • T-Fashion — Alaïa Spring 2027 Ready-to-Wear Runway — mise à jour le 7 octobre 2026. Base complémentaire : 37 looks, avec noir, blanc et lie-de-vin parmi les couleurs dominantes.