Issey Miyake a présenté sa collection printemps-été 2027 le 2 octobre 2026 à la Paris Fashion Week. Au Dojo de Paris, Satoshi Kondo construit « Figure of Ma » autour de l’espace laissé entre le corps et le tissu. Plissés, volumes gonflés d’air, moulage 3D avec Wacoal, musique de Koki Nakano et nouvelles chaussures Camper composent un défilé où la technique ne cherche pas à immobiliser le corps, mais à négocier avec lui.
Défilé Issey Miyake : le « ma » comme espace actif
Le 2 octobre 2026, à 13 heures, le défilé Issey Miyake présente la collection printemps-été 2027 au Dojo de Paris, dans le 14e arrondissement. Satoshi Kondo, qui dirige la ligne depuis la saison printemps-été 2020, intitule la collection Figure of Ma. Le mot ma désigne ici l’espace entre le corps et le tissu. Ce vide n’est pas traité comme un manque, mais comme une matière de travail. Le vêtement doit pouvoir s’écarter, flotter, reprendre forme et changer avec la marche. La maison part donc d’une question simple : que se passe-t-il avant qu’un morceau de tissu devienne un vêtement ? Toute la collection découle de ce déplacement du regard.
Le dispositif du show rend cette idée immédiatement visible. Numéro décrit une vaste salle noire, traversée par un long podium miroir, pendant qu’une danseuse occupe déjà l’espace avant les premiers looks. D’autres comptes rendus, notamment Hypebeast et Le Figaro, insistent sur le groupe de performers en plissés qui déploie ensuite un très grand voile léger. La maison explique avoir travaillé en amont avec une pièce de tissu de dix mètres sur dix, manipulée avant toute construction vestimentaire. Le geste compte autant que la coupe : soulever, tendre, laisser tomber, faire circuler l’air. Koki Nakano prend ensuite place au piano et au synthétiseur, dans une collaboration pensée avec Satoshi Kondo et l’équipe de design. Le son n’illustre pas simplement les passages ; il accompagne une recherche commune sur le rythme du vêtement. Le défilé commence ainsi moins par une silhouette que par une circulation.

Du corps moulé au vêtement qui prend l’air
Cette liberté affichée a pourtant son envers : une partie de la collection épouse le corps avec une précision presque clinique. La série COCOON BODY, développée avec Wacoal, utilise une technologie de moulage tridimensionnel issue du procédé Melooop. Un moule de torse fixé sur un bras robotisé reçoit des fibres de résine fondues afin de produire une forme textile sans couture conventionnelle. Les drapés réalisés à la main sur mannequin sont d’abord captés par scan 3D, puis retranscrits dans le moule. Le résultat conserve la trace du corps tout en donnant au buste une présence autonome. La maison précise que la matière employée contient 60 % de résine d’origine végétale. Ces pièces introduisent une tension nette avec les volumes flottants du reste du vestiaire. Chez Issey Miyake, le corps n’est donc pas seulement libéré : il est parfois mesuré, mémorisé et reconstruit.
À l’autre extrémité, les séries BALLOONING, BILLOW ou BALLOON TWIST font du vide un volume concret. Le ripstop de BALLOONING est coupé plus court devant et plus long derrière afin d’emprisonner l’air pendant la marche. Une coulisse à l’ourlet permet de resserrer le tissu et de fabriquer une forme arrondie sans structure lourde. BALLOON TWIST travaille un tissu mêlant monofilament polyester et fil d’aspect laine, torsadé à la main autour de moules sphériques pour créer une surface froissée. BILLOW part, lui, d’une seule pièce de tissu légère et translucide qui s’écarte du corps au mouvement. Les plissés horizontaux de TEMPO PLEATS ajoutent une autre mécanique, plus nerveuse, presque élastique visuellement. Ce système donne au défilé sa force visuelle, mais les volumes les plus gonflés restent les moins immédiatement portables. La silhouette change donc moins par accumulation que par pression, détente et déplacement de l’air.


La technique Issey Miyake devient mouvement
Le défilé Issey Miyake printemps-été 2027 rappelle surtout que la maison continue de traiter la technique comme un langage visible. FLUIGLYPH utilise une maille sans couture aux points mousse de largeurs variables, avec des fils de différentes épaisseurs pour évoquer le mouvement de l’eau. DRAPED ENSEMBLE repose sur une pièce unique contenant du washi, suffisamment ferme pour tenir une sculpture mais assez légère pour rester mobile. La série BUBBLE applique un marbrage à l’encre sur un organza translucide, chaque motif étant peint à la main à Kyoto par dépôt de pigments sur l’eau. La palette passe du noir et blanc à l’azur, au jaune citron, au rose, au rouge et au violet, parfois en contrastes francs. Ici, la recherche textile n’est pas cachée derrière un argument de savoir-faire. Elle produit directement la forme, le toucher et la façon dont le vêtement réagit à la lumière. La technique fonctionne le mieux lorsqu’elle finit par disparaître dans le mouvement ; lorsqu’elle s’impose trop, le vêtement risque de redevenir un objet.
La collection ouvre enfin un prolongement industriel plus concret avec Camper. Deux modèles sont présentés, Peu Lift et Peu Formula, dans la continuité du dialogue entre les deux marques. Peu Lift détourne la forme anatomique du modèle Peu et ajoute un talon arqué inspiré du logo-pont de Camper. Peu Formula reprend la silhouette de Peu Form en la moulant à partir d’une paire portée, afin de conserver ses irrégularités et la mémoire de l’usage. La maison indique que ce modèle monomatière utilise XL EXTRALIGHT Organix 3.0, contenant 30 % de composés bio-circulaires, et qu’il est conçu pour être recyclable en fin de vie. Ce détail résume assez bien le projet de Satoshi Kondo : transformer la mémoire du mouvement en méthode de fabrication. Le futur proposé ici n’a rien d’un vestiaire numérique ni d’une rupture spectaculaire. Il passe par une question beaucoup plus ancienne, et plus difficile : comment faire un vêtement qui laisse au corps assez d’espace pour rester vivant ?

Sources
- ISSEY MIYAKE — Spring Summer 2027 Collection — 3 octobre 2026.
- Fédération de la Haute Couture et de la Mode — ISSEY MIYAKE – calendrier et informations maison.
- WWD — Issey Miyake Spring 2027: The Space in Between — octobre 2026.
- Numéro — La Fashion Week de Paris avec les défilés Givenchy, Issey Miyake et Loewe — 3 octobre 2026, modifié le 5 octobre 2026.
- Hypebeast — ISSEY MIYAKE PE27 est une véritable bouffée d’air frais — octobre 2026.
- Le Figaro — « J’ai besoin de ça en ce moment ! » : la mode respire au défilé Issey Miyake — 4 octobre 2026.
- Vogue — Issey Miyake Spring 2027 Ready-to-Wear Collection — octobre 2026.




















