Le défilé Isabel Marant printemps-été 2027, présenté le 1er octobre 2026 pendant la Paris Fashion Week, installe Los Angeles dans le décor du Palais-Royal. Pour cette nouvelle collection, la directrice artistique Kim Bekker regarde les photographies de Sam Haskins, les archives Isabel Marant de 2013 et une idée simple : alléger sans effacer, décorer sans charger. Dentelle, macramé, cuir très fin, broderies et silhouettes presque balnéaires construisent un vestiaire qui veut paraître spontané. Mais, derrière cette nonchalance très Marant, tout est désormais beaucoup plus contrôlé.
Défilé Isabel Marant printemps-été 2027 : Los Angeles au Palais-Royal
Le point de départ est à des milliers de kilomètres de Paris. Kim Bekker raconte avoir découvert à Los Angeles des photographies de Sam Haskins datant des années 1960. Elle retient surtout cette lumière diffuse qui semble dissoudre les couleurs sans faire disparaître les corps. Les femmes photographiées par Haskins peuvent être habillées ou dénudées, mais elles ne paraissent jamais fragiles. Bekker cherche à retrouver cette contradiction entre transparence et assurance. La palette en découle : beige, blanc, rose, vert sauge, lilas et noir semblent avoir passé plusieurs heures au soleil. Les matières, elles aussi, doivent garder quelque chose d’aérien, même lorsqu’elles sont brodées ou chargées de perles. Le California dream de Marant n’est donc pas une carte postale : c’est d’abord une manière de traiter la surface du vêtement. Les jardins du Palais-Royal à Paris, évidemment, accentuent ce déplacement.

Dentelle, macramé et cuir : décorer sans alourdir
Le premier geste fort de la collection tient dans la rencontre entre des formes ordinaires et des fabrications qui le sont beaucoup moins. Le tee-shirt et le boardshort passent par la dentelle. Le lin prend l’aspect de textiles anciens, presque domestiques. Des maillots de bain apparaissent sous des vestes de coton blanc ou noir aux épaules rondes. Les shorts reçoivent des sequins. Le macramé devient robe dos nu, pantalon capri ou détail de chaussure. Une veste ample en cuir noir est travaillée suffisamment finement pour conserver une impression de légèreté. La maison décrit elle-même cette opposition comme une rencontre entre l’ornementé et le dépouillé, et c’est probablement le système le plus lisible de tout le défilé.
Ce contraste empêche surtout le boho Marant de se figer en folklore. La dentelle n’est pas réservée à la robe romantique et la broderie n’a pas besoin d’une silhouette précieuse pour exister. Elles apparaissent sur des pièces qui restent courtes, ouvertes ou faciles à superposer. Une chemise ample peut recevoir par-dessus elle un dos-nu de cuir ou un gilet de mousseline. Des petites robes transparentes accumulent fleurs et motifs cachemire dessinés à la main. Les perles pèsent légèrement sur les soies sans transformer les vêtements en pièces de cérémonie. Les silhouettes noires et blanches, plus sèches, servent alors de contrepoint aux imprimés. Vogue relève d’ailleurs que certains des passages les plus convaincants sont précisément ceux où Bekker réduit la couleur et « casse » le motif. Ce défilé fonctionne mieux lorsque le travail artisanal reste visible mais que le vêtement conserve sa fonction première : bouger avec le corps.
La logique vaut aussi pour les accessoires. Les bottines sont tressées comme des paniers ou couvertes de perles, mais gardent des volumes assez souples. Les sacs se portent à l’épaule avec des anses tressées plutôt que comme des objets rigides. Les sandales prennent des reflets métalliques et se prolongent par des bracelets de cheville. Les bijoux sont grands, parfois faits de coquillages ou de perles rappelant des graines. Rien n’est vraiment minimal ici, mais rien n’est censé interrompre la silhouette. C’est une différence importante avec une mode qui utilise souvent l’accessoire comme ponctuation spectaculaire destinée aux images. Chez Marant, l’accumulation cherche encore à faire croire qu’elle s’est constituée au fil du temps. Le procédé est extrêmement construit, mais son efficacité tient justement au fait qu’il doit rester presque invisible.

Kim Bekker reprend les archives sans rejouer Isabel Marant
La référence au passé est assumée. Kim Bekker retourne notamment à la collection printemps-été 2013, dont certains imprimés dégradés servent de point de départ aux nouveaux motifs floraux et cachemire. Ils sont redessinés à la main puis déposés sur des tissus beaucoup plus légers. Le vocabulaire reste reconnaissable, mais sa densité change. Bekker travaille aussi depuis plusieurs saisons le retour du pantalon capri, ici bordé de macramé et associé à un blouson de cuir très fin. Les épaules gagnent parallèlement du volume, mais restent arrondies plutôt que franchement architecturales. Cette combinaison de références anciennes, de formes simples et de détails nouveaux montre assez clairement la méthode : préserver les signes Marant tout en modifiant leurs proportions.
La question est plus sensible depuis que Kim Bekker dirige artistiquement la maison. Elle connaît depuis longtemps le vocabulaire Isabel Marant et ne cherche manifestement pas à provoquer une rupture de signature. W Magazine rappelle que la transmission créative s’est opérée l’an dernier et lit cette saison comme la poursuite d’un « California cool ». Vogue se montre plus réservé. Son compte rendu reconnaît la pertinence du travail artisanal, mais juge la collection encore hésitante et attend de voir jusqu’où Bekker pourra pousser cette piste. Cette réserve est intéressante parce qu’elle touche au cœur du problème. Plus le langage d’une maison est identifiable, plus son évolution devient difficile à percevoir sans casser ce qui faisait sa force. Bekker semble pour l’instant choisir la modification lente : enlever un peu de poids, déplacer les références, rendre les épaules plus nettes et laisser davantage de peau entrer dans la silhouette.
Le dernier passage résume assez bien cette politique. W Magazine décrit Mona Tougaard clôturant le show dans une mini-robe fluide à sequins, portée sur un capri noir bordé de crochet et sous une veste noire souple. Plusieurs registres y cohabitent sans qu’un seul prenne définitivement le dessus. La nuit, la plage, la maille artisanale et le vestiaire urbain se rencontrent dans la même tenue. C’est moins une image de rupture qu’une manière de déplacer légèrement la femme Isabel Marant. Elle reste indépendante, sensuelle et peu soucieuse d’une tenue parfaitement composée. Mais cette impression de liberté est désormais obtenue avec davantage de méthode qu’auparavant. C’est peut-être le paradoxe le plus juste de ce printemps-été 2027 : la maison organise de plus en plus précisément ce qui doit continuer à sembler improvisé. Et c’est dans cette tension, davantage que dans la seule nostalgie bohème, que Kim Bekker peut trouver la suite.

Sources
- Vogue France – Le dernier défilé Isabel Marant s’inspire du Los Angeles des années 60 – 2026
- Vogue Runway – Isabel Marant Spring 2027 Ready-to-Wear Collection – 2026
- Isabel Marant – Isabel Marant | Défilé Été 2027 – 2026
- W Magazine – For Isabel Marant Spring 2027, Kim Bekker Goes All-In on California Cool – 2026
- Fédération de la Haute Couture et de la Mode – Isabel Marant – 2026
- Numéro – Fashion Week de Paris : les défilés à retenir le 1er octobre 2026 – 2026




















