Accueil / Lifestyle / Clothes to Me / Paradise Kiss : pourquoi la robe de Yukari ne suffit pas à la libérer

Paradise Kiss : pourquoi la robe de Yukari ne suffit pas à la libérer

Cette couverture de l’édition Glamour d’Ivrea porte le nom d’Ai Yazawa et la mention « vol. 5 ». Le personnage a une frange droite, une grande fleur dans les cheveux et une tenue mêlant motifs, dentelle et perles.

Dans Paradise Kiss, Ai Yazawa fait passer Yukari Hayasaka de l’uniforme scolaire à une robe de défilé. Le changement est spectaculaire. La liberté qu’il promet l’est moins.

Yukari Hayasaka dans Paradise Kiss : l’uniforme avant la robe

Yukari Hayasaka prépare ses examens d’entrée à l’université. Dans le manga d’Ai Yazawa, son uniforme scolaire la place d’emblée dans une vie dont la suite paraît décidée. Il donne une forme nette à ses journées : aller en cours, étudier, recommencer. Yukari le porte parmi d’autres élèves habillés selon la même règle. Sa silhouette dit peu de ce qu’elle désire, et beaucoup de ce qu’on attend d’elle. Ce n’est pas un déguisement qu’elle aurait choisi. La mode entre dans son histoire au moment où cette place commence à lui peser.

Les étudiants de Paradise Kiss la remarquent pour sa taille et sa silhouette. Ils cherchent un mannequin pour porter une robe dessinée par George. Yukari arrive ainsi dans leur atelier sous le regard de gens qui savent déjà ce qu’ils voudraient faire d’elle. Autour d’eux, les vêtements se dessinent, se coupent et se cousent. Chacun y défend une idée, parfois avec une assurance assez agaçante. Pour Yukari, le contraste avec le lycée est brutal. L’uniforme la fondait dans un groupe ; ici, on lui demande de se tenir seule devant les autres.

Couverture du tome 1 de Paradise Kiss : portrait aux cheveux clairs sur fond vert et gris, avec le titre en blanc.
La couverture du premier tome de Paradise Kiss place un portrait stylisé au centre d’un dessin vert et gris.

Une robe bleue, plusieurs mains

La robe du défilé condense tout ce que l’uniforme retenait. Elle prend du volume, porte des fleurs brodées de perles et s’accompagne de roses bleues dans les cheveux et autour du cou. Une bague papillon ajoute un détail que le regard peut suivre jusqu’à la main. La tenue réclame de l’espace. Elle impose aussi à Yukari une autre manière de se tenir et de marcher. Dans les pages consacrées au défilé, la robe apparaît comme le résultat d’un travail longtemps préparé. Son éclat tient autant au vêtement qu’au moment où il est enfin montré. L’uniforme appartenait au quotidien ; cette robe n’existe pleinement que lorsqu’elle entre en scène.

Il serait pourtant trop simple d’y voir la tenue que Yukari s’est inventée. George la dessine. Isabella en établit le patron, tandis que Miwako et Arashi participent à sa confection. La robe porte leurs gestes avant de porter le corps de Yukari. Elle est faite pour elle, mais elle exprime d’abord leur projet commun. George voit en Yukari le mannequin capable de donner vie à ce qu’il a conçu. C’est une marque d’attention, et une place difficile à quitter. Sous les fleurs et les perles, la question reste entière : que peut-elle décider une fois habillée par le désir des autres ?

Quatre personnages de Paradise Kiss en chapeaux et tenues ornées, autour d’une cage dorée, sur fond de roses blanches.
Les vêtements, les chapeaux et les accessoires occupent le premier plan de cette illustration de Paradise Kiss.

Le défilé ne règle pas tout

Sur le podium, Yukari ne ressemble plus à la lycéenne du début. La différence se lit sans explication : l’uniforme réglait sa silhouette, la robe l’expose. Les roses encadrent son visage ; le tissu occupe l’espace autour d’elle. Elle ne peut plus se cacher dans les rangs d’une classe. Elle doit avancer, avec une création dont chaque détail attire le regard. Ce passage donne au vêtement une force réelle. Yukari découvre ce que son corps peut faire dans une image qu’elle n’aurait pas osé envisager. Rien ne garantit pourtant que cette image lui appartienne.

C’est là que Paradise Kiss devient plus intéressant qu’une simple histoire de métamorphose. L’uniforme venait du lycée et des attentes familiales. La robe vient de l’atelier et de la vision de George. Les deux vêtements sont très différents, mais chacun propose à Yukari une place dessinée par d’autres. Le défilé lui ouvre une possibilité ; il ne lui remet pas une vie toute faite. La robe bleue ne résout ni ses choix d’études, ni ses choix de travail, ni sa relation avec George. Elle montre seulement qu’une autre silhouette est possible. À Yukari de décider si elle veut y rester.

L’uniforme effaçait Yukari. La robe la rend visible. Entre les deux, le vrai changement tient à ce qu’elle fera de ce regard.

Planche de Paradise Kiss en noir et blanc : deux personnages près d’une voiture, puis un couple allongé face à face.
Une planche de Paradise Kiss juxtapose un départ en voiture et une scène intime.

Sources