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Histoire de la marque Loewe : du travail du cuir aux nouvelles collections

Logo et anagramme Loewe marqués au fer sur un cuir marron clair.

Fondée à Madrid en 1846 par des artisans du cuir, la marque Loewe fête ses 180 ans en 2026. Ses sacs ont fait d’un savoir-faire de maroquinier une forme immédiatement reconnaissable. Depuis 2025, Jack McCollough et Lazaro Hernandez dirigent sa création après douze années associées à Jonathan Anderson. Leur tâche apparaît dans la collection automne-hiver 2026-2027 : faire bouger Loewe sans perdre ce que le cuir lui permet de faire.

Marque Loewe : tout commence par de petits objets

Avant les défilés, il y a un atelier de la calle Lobo, à Madrid. En 1846, un collectif d’artisans espagnols y fabrique des porte-monnaies, des portefeuilles, des étuis et des cadres en cuir. La marque Loewe ne naît donc pas autour d’une silhouette ou du nom d’un couturier. Enrique Loewe Roessberg, marchand allemand installé dans la ville, reprend ensuite l’atelier et lui donne son nom. Le geste fondateur tient dans la façon de travailler la peau : la couper, l’assembler et obtenir un objet qui supporte l’usage. La boutique ouverte calle Príncipe en 1892 ajoute les sacs pour femme à cette production. Le cuir reste le point de départ. Même quand Loewe s’éloigne de l’atelier, elle doit pouvoir y revenir.

À Madrid, la maison construit aussi une manière de montrer ses objets. Dans la boutique de la Gran Vía, ouverte en 1939, les vitrines semi-circulaires cachent une partie de l’intérieur aux passants. Les sacs apparaissent devant de grands rideaux. Sous la direction de José Pérez de Rozas, les vitrines font travailler sculpteurs, décorateurs, souffleurs de verre et ferronniers. Le cuir entre dans un décor qui attire le regard avant même l’entrée en boutique. En 1970, Vicente Vela dessine l’Anagramme : quatre « L » inspirés des fers employés pour marquer les peaux. La signature semble sortir de l’atelier. Elle permet à Loewe d’être reconnue sans expliquer chaque pièce.

Devanture de la boutique Loewe à Madrid, avec son enseigne et un groupe de personnes posant sur le trottoir.
Un groupe pose devant la boutique Loewe à Madrid, sur une photographie d’archive en noir et blanc. – @Loewe

Du sac Puzzle à une autre idée du luxe

Loewe rejoint le groupe LVMH l’année de son 150e anniversaire, en 1996. Mais le déplacement le plus visible arrive avec Jonathan Anderson, dont les premières créations pour la maison paraissent en 2014. Le sac Puzzle, lancé en 2015, en donne une lecture nette. Ses panneaux de cuir découpent une structure cubique en lignes obliques. On reconnaît le sac par sa construction avant de chercher son logo. Cette forme montre ce que Loewe peut tirer de son métier : une pièce souple et portable qui trouble la géométrie attendue d’un sac. Le travail de la matière devient aussi une image. C’est là que la maison gagne une place distincte dans la mode contemporaine.

Anderson étend cette idée bien au-delà de la maroquinerie. Loewe crée un prix consacré à l’artisanat contemporain et présente à Milan des meubles travaillés en marqueterie de cuir. Dans les espaces Casa Loewe, vêtements et sacs voisinent avec des œuvres, des meubles et des objets d’artisanat. La maison multiplie aussi les échanges avec des artistes et des univers de fiction, dont celui du Studio Ghibli. Ce réseau culturel donne aux collections un contexte qui dépasse le podium. Il peut également devenir une formule facile à répéter : un objet curieux, une référence artistique, puis un sac à retenir. Le Puzzle résiste à ce raccourci parce que sa forme repose sur un travail précis du cuir. L’enjeu de la suite est de produire d’autres idées aussi lisibles.

Julia Garner allongée sur la neige, vêtue d’un manteau brun à manches volumineuses, avec un sac jaune Loewe
Julia Garner pose dans la neige pour la campagne Loewe automne-hiver 2026. – @Loewe

En 2026, deux créateurs face à 180 ans d’histoire

Depuis 2025, Jack McCollough et Lazaro Hernandez assurent la direction créative de Loewe. Le duo, fondateur de Proenza Schouler, travaille désormais au sein d’une maison espagnole appartenant à LVMH. Dans sa collection automne-hiver 2026-2027, présentée au château de Vincennes, le cuir prend des apparences trompeuses. Il se lit dans des manteaux bouclés ou des robes qui évoquent le tartan tricoté. Les parkas et les écharpes gonflent les volumes ; des poches trop grandes accrochent l’œil. Une robe à dentelle et nœuds est rejouée en latex imprimé en trois dimensions. Loewe garde le goût du décalage, mais le duo cherche sa propre façon de l’obtenir.

Pour ses 180 ans, Loewe remet aussi l’Amazona en circulation avec le sac Amazona 180. Le choix dit quelque chose de la période : les archives fournissent une forme connue, tandis que les vêtements cherchent de nouveaux effets de matière. La marque peut compter sur un atelier historique, des sacs identifiés et une présence culturelle installée. Elle ne peut pourtant pas vivre indéfiniment sur la surprise créée sous Anderson. Chaque nouvelle collection doit rendre le travail du cuir visible sans réduire Loewe à une démonstration. Madrid reste le point fixe, même lorsque le défilé a lieu près de Paris. C’est une force pour McCollough et Hernandez, et une exigence difficile à contourner. À 180 ans, Loewe possède assez d’histoire pour avancer… et assez pour se répéter.

Sac Loewe Amazona en fourrure brune posé au pied d’un fauteuil en cuir, près des jambes d’une femme assise.
Le sac Loewe Amazona, posé près d’un fauteuil en cuir – @GOOD timing

LoeweSite officiel

Sources