Fondée à Tokyo en 1990 par Jun Takahashi, Undercover a déplacé le streetwear vers une fabrication proche de la haute couture. La marque japonaise mêle punk, pièces recomposées, musique et cinéma sans effacer les coutures du montage. En septembre 2026, son histoire prend un tour plus financier : Human Made a signé le contrat portant sur l’acquisition de la totalité de son capital, avec un transfert prévu en février 2027. L’histoire de la marque Undercover entre ainsi dans une phase délicate, entre continuité créative et changement de contrôle.
L’histoire de la marque Undercover commence par une coupe
Jun Takahashi lance Undercover en 1990, alors qu’il étudie encore au Bunka Fashion College de Tokyo. Le jeune créateur chante aussi dans les Tokyo Sex Pistols, un groupe de reprises dont le nom ne réclame guère de note de bas de page. Le punk lui fournit une attitude, des images et une manière de malmener les surfaces. Mais Undercover ne se contente pas d’imprimer une provocation sur un tee-shirt. Takahashi peint, use, déchire et reconstruit les vêtements. Une veste peut conserver l’allure rapide de la rue tout en révélant un travail précis de coupe et d’assemblage. Le désordre est visible, mais rarement laissé au hasard. Cette contradiction devient le geste fondateur de la marque.
En 1993, Jun Takahashi ouvre à Tokyo la boutique Nowhere avec Nigo. Le lieu vend Undercover et A Bathing Ape, créée la même année par Nigo, au cœur de la scène d’Ura-Harajuku. On y trouve des tee-shirts sérigraphiés, des séries limitées et des vêtements nourris de punk, de hip-hop et de culture skate. Undercover présente ensuite à Tokyo sa première collection sous forme de défilé pour l’automne-hiver 1994-1995. La marque apprend vite à faire cohabiter le vêtement quotidien et la pièce difficile à produire. Les sweats, blousons et pantalons servent de base à des découpes, des greffes et des volumes plus savants. Le streetwear gagne une architecture sans prendre l’air compassé. À Tokyo, Undercover commence ainsi par brouiller une frontière que l’industrie de la mode trouvait pourtant bien pratique.

De Harajuku à Paris, le désordre change d’échelle
En 2002, Undercover participe pour la première fois à la Fashion Week féminine de Paris avec sa collection printemps-été 2003. Ce passage ne transforme pas Jun Takahashi en couturier parisien de circonstance. Il lui offre plutôt un espace plus vaste pour tendre ses oppositions. Les vêtements peuvent être sombres et fragiles, protecteurs puis troués, familiers puis presque anatomiques. La construction apparaît dans les superpositions, les empiècements et les volumes qui semblent avoir été démontés avant d’être recousus. Undercover associe ainsi la rapidité graphique du streetwear à la lenteur technique d’un atelier. Paris reconnaît une mode japonaise qui ne ressemble ni au minimalisme sage ni à une simple réédition du punk britannique.
La musique reste l’une des matières premières de Jun Takahashi. Joy Division, David Bowie, Patti Smith et Television traversent ses collections sous forme de pochettes, de portraits, de titres ou d’atmosphères. Ces références ne servent pas seulement à décorer un vêtement déjà décidé. Elles règlent souvent sa couleur, son rythme et son degré d’inquiétude. Le cinéma joue un rôle comparable, avec des emprunts ou des hommages à Stanley Kubrick, Dario Argento, Akira Kurosawa, David Lynch et Wim Wenders. Des images de films quittent alors l’écran pour se poser sur un manteau, une robe ou une doublure. Pour le printemps-été 2024, des robes-terrariums éclairées enfermaient des fleurs et des papillons sous une coque transparente. L’une de ces créations a ensuite été exposée par le Costume Institute du Metropolitan Museum of Art en 2024. Undercover ne choisit donc pas entre culture populaire et pièce de musée : la marque préfère installer un câble électrique entre les deux.

Undercover sous le contrôle de Human Made
Le 11 septembre 2026, Human Made a signé un contrat pour acquérir 100 % des actions de la société Undercover. Le transfert doit être exécuté en février 2027, ce qui signifie que l’opération n’est pas encore achevée. Son montant annoncé atteint 554 millions de yens, frais compris. Human Made présente Undercover comme une marque très connue dont la valeur culturelle ne se traduit pas assez dans les ventes et les bénéfices. Pour l’exercice clos en juin 2026, Undercover a déclaré 3,59 milliards de yens de chiffre d’affaires et 65 millions de yens de bénéfice d’exploitation. Le vocabulaire a donc changé : il n’est plus question de déchirures, mais de rentabilité, de logistique et de croissance internationale. Human Made prévoit de mutualiser les fonctions administratives, les systèmes informatiques et la distribution. Même le chaos doit désormais kiffer Excel.

Undercover – Site officiel
Sources
- Undercover – HISTORY OF U|UNDERCOVER – date non disponible
- Vogue – Japanese Street Culture Visionaries Unite: Nigo’s Human Made to Acquire Jun Takahashi’s Undercover – 2026
- Le Monde – A Tokyo, dans le repaire de contre-culture du designer Jun Takahashi, créateur de la marque Undercover – 2025
- Netshop担当者フォーラム – ファッションデザイナー・NIGO氏創業のHUMAN MADE、ファッションブランド「UNDERCOVER」のアンダーカバーを5.5億円で買収へ – 2026




















