Beck publie Ride Lonesome ce 18 septembre 2026 chez Iliad et Capitol Records, sept ans après Hyperspace. Le chanteur américain retrouve les guitares acoustiques, les cordes et la mélancolie de Sea Change et Morning Phase. Ce quinzième album studio éclaire aussi le parcours d’un musicien longtemps partagé entre le collage sonore et la chanson à découvert.
Beck et Ride Lonesome : revenir au point sensible
Beck sort enfin Ride Lonesome, le 18 septembre 2026. Une guitare acoustique avance lentement. La pedal steel laisse derrière elle une traînée presque brumeuse. Sa voix arrive sans personnage comique, sans rap bancal et sans décor fluorescent. L’album compte douze titres et paraît sept ans après Hyperspace. Entre les deux disques, le musicien a traversé un divorce et les années d’isolement liées à la pandémie. Il ne transforme pourtant pas ces événements en journal intime soigneusement légendé. Il travaille plutôt sur ce qui reste quand le bruit retombe : la perte, l’absence et le temps qui passe.
Le son confirme ce choix de dépouillement, même lorsque les arrangements prennent de l’ampleur. Nigel Godrich retrouve Beck après avoir produit Mutations et Sea Change, tandis que David Campbell, son père, signe les orchestrations. Les cordes ne viennent pas souligner chaque émotion au feutre rouge. Elles montent doucement autour de la voix, puis se retirent avant l’effet de trop. Sur « In The Night », elles donnent à la chanson une gravité qui rappelle les arrangements écrits par Robert Kirby pour Nick Drake. « Slow Canyon » reste plus sec, avec un country-rock qui semble marcher dans la poussière. « Bleed » élargit au contraire l’espace et laisse entrer une lumière presque cosmique. Beck connaît bien cette maison sonore ; il évite simplement d’y remettre les meubles au même endroit.
De « Loser » à Sea Change, deux Beck dans le même studio
Cette retenue paraît loin du Beck découvert au début des années 1990. À Los Angeles, il joue alors avec peu de moyens, après un passage difficile à New York. « Loser », enregistré comme une expérience presque accidentelle, sort en 1993 avant d’être repris sur Mellow Gold en 1994. Le morceau mélange guitare blues, rythme hip-hop, paroles absurdes et refrain immédiatement mémorisable. Son succès installe Beck dans le rôle commode du porte-parole désinvolte de la génération alternative. Le costume lui va mal, même s’il sait très vite en utiliser les poches. Avec Odelay en 1996, il travaille avec les Dust Brothers et transforme le sampling en terrain de jeu. « Where It’s At », « Devils Haircut » et « The New Pollution » prouvent qu’un prétendu accident peut avoir beaucoup de méthode.
Beck passe ensuite son temps à contredire la version précédente de Beck. Mutations, en 1998, ralentit le mouvement et rapproche les chansons du folk, du blues et de la bossa nova. Un an plus tard, Midnite Vultures remet les synthétiseurs, le funk et les costumes voyants au premier plan. Puis Sea Change paraît en 2002 et coupe presque toute plaisanterie. Écrit après une rupture, l’album repose sur des guitares acoustiques, une voix placée très près et les arrangements de David Campbell. Nigel Godrich donne de la profondeur à cet ensemble sans masquer sa fragilité. Le public découvre alors que le musicien du collage sait aussi tenir une chanson sans se cacher derrière vingt trouvailles. Cette révélation semble aujourd’hui évidente, ce qui est souvent le sort des vrais virages : après coup, tout le monde prétend avoir vu la route.
Beck face au temps, sans masque neuf
Le versant mélancolique revient en 2014 avec Morning Phase. Beck y retrouve plusieurs musiciens de Sea Change et reprend ce goût des harmonies lentes, des guitares en suspension et des grands espaces. L’album reçoit trois Grammy Awards, dont celui de l’album de l’année en 2015. Cette reconnaissance aurait pu enfermer le chanteur dans une formule acoustique bien rangée. Il repart pourtant vers une pop plus directe avec Colors en 2017. Hyperspace, réalisé en grande partie avec Pharrell Williams et publié en 2019, préfère les synthétiseurs et les surfaces numériques. Beck continue alors de changer de méthode comme d’autres changent de veste, avec des résultats parfois moins précis que le geste. Ces sept années sans album studio ont donc laissé une question simple : quelle voix allait-il choisir au retour ?
Ride Lonesome répond en réunissant plusieurs voix anciennes, mais avec un corps plus âgé. Beck a 56 ans et ne chante plus la solitude comme sur Sea Change, publié lorsqu’il en avait 32. Le nouvel album parle aussi de répétition, d’usure et de chemins déjà empruntés. « Run Away » remet le chanteur au volant, seul dans la nuit, motif familier de ses disques les plus sombres. « Falling Through My Hands » empile les harmonies sans rendre la douleur décorative. La chanson finale, « Beyond The Light », conserve une ouverture. C’est peut-être la différence entre le Beck de 2002 et celui de 2026 : le premier cherchait une sortie, le second regarde plus longtemps le paysage. Ride Lonesome ne réconcilie pas ses deux visages ; il rappelle qu’ils ont toujours appartenu au même chanteur.
Beck : Ride Lonesome (Iliads records / Capitol records) – Sorti le 18 septembre 2026
Sources :
- Beck Official Store – Ride Lonesome CD – 2026
- The Guardian – Beck: Ride Lonesome review – stunning end to the heartache trilogy of Sea Change and Morning Phase – 2026
- Financial Times – Beck finds his bearings with the handsomely stylised Ride Lonesome – album review – 2026
- Pitchfork – Beck: 15 Years – 2011
- Grammy Awards – Morning Phase: Beck wins Album Of The Year – 2015




















