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Persol 714 Steve McQueen : histoire des lunettes de L’Affaire Thomas Crown

La Persol 714 Steve McQueen est une paire de lunettes de soleil en acétate née dans les années 1960. Héritière de la Persol 649, elle associe design pliant, verres teintés, optique italienne et histoire du cinéma. Steve McQueen l’impose à l’écran en 1968 dans L’Affaire Thomas Crown. Depuis, la monture occupe une place particulière dans la culture du style. Elle protège les yeux, mais organise surtout la distance entre un visage et le monde.

Persol 714 Steve McQueen : une 649 qui se replie

La Persol 714 apparaît dans les années 1960 comme une version pliante de la 649. Cette dernière avait été dessinée en 1957 pour protéger les conducteurs de tramway turinois de la poussière et des reflets. Le point de départ était donc fonctionnel. Pas une terrasse à Capri, encore moins un tapis rouge. La 714 conserve la large forme pilote de son aînée. Elle reprend aussi son pont en serrure, creusé au-dessus du nez. Mais des articulations sont ajoutées au centre de la face et sur les branches. La paire peut ainsi se replier en un petit objet dense, presque mécanique.

Persol présente la 714 comme le premier modèle de lunettes pliantes de ce type. La fabrication exige, selon la maison, dix opérations supplémentaires par rapport à une monture classique. Le pliage n’est pas caché. Deux charnières découpent nettement la partie frontale. Elles interrompent l’acétate et donnent à la paire son rythme particulier. Fermée, la monture tient dans la main comme un instrument de précision. Ouverte, elle retrouve une silhouette ample et stable. Le dispositif pourrait ressembler à un gadget, mais son dessin évite généralement cet écueil.

La 714 reprend aussi le système Meflecto breveté par Persol dans les années 1930. De petits éléments métalliques intégrés aux branches leur permettent de fléchir légèrement. La monture exerce ainsi moins de pression sur les tempes. L’idée compte avec une face en acétate assez présente et des verres solaires en cristal sur plusieurs versions. Sur le côté, la flèche métallique de Persol relie la face aux branches. Elle sert de charnière autant que de signature visible. Rien n’est vraiment discret dans cette paire. Mais chaque détail a au moins une fonction, ce qui devient presque reposant.

Steve McQueen, Thomas Crown et les verres bleus

Le rapport entre la Persol 714 et Steve McQueen se fixe en 1968. L’acteur porte la monture pendant le tournage de L’Affaire Thomas Crown, réalisé par Norman Jewison. Les lunettes sont intégrées au vestiaire du personnage. Thomas Crown est un riche homme d’affaires qui organise un braquage moins par nécessité que par goût du jeu. Ses costumes sont nets. Ses gestes restent mesurés. Son visage, derrière les verres teintés, livre peu d’informations. La Persol 714 devient l’un des outils de cette froideur très bien habillée.

La version associée à Steve McQueen mêle traditionnellement un acétate havane clair et des verres bleus. Le contraste est étrange, donc efficace. La monture chaude évoque le bois, l’écaille et les objets patinés. Les verres bleus refroidissent immédiatement l’ensemble. Ils laissent parfois deviner les yeux sans offrir un accès complet au regard. Thomas Crown peut observer sans sembler disponible. La solaire ne cache pas entièrement son visage. Elle le place simplement à distance réglementaire.

Cette relation entre acteur, personnage et objet explique la survie culturelle du modèle. Steve McQueen portait aussi des Persol en dehors du film, ce qui a renforcé l’association. La maison exploite désormais ce lien à travers une version 714SM portant son nom. Elle reprend les éléments du modèle lié à l’acteur, avec plusieurs teintes et finitions selon les collections. Le récit commercial est soigneusement entretenu. Il faut donc éviter de confondre une archive de cinéma avec une apparition miraculeuse. McQueen n’a pas dessiné ces lunettes. Il a fait quelque chose de plus simple et de plus puissant : il leur a donné une attitude.

Une monture qui plie sans devenir souple

La Persol 714 se distingue de la 649 par son système pliant, mais aussi par l’imaginaire qui en découle. La 649 reste liée à une origine industrielle et urbaine. Sa large face protège et encadre fortement le regard. La 714 transforme cette masse en objet mobile. Elle peut quitter le visage, se replier et disparaître dans un étui réduit. Ce geste apporte une dimension presque cinématographique à son usage. On ouvre la monture avant de la poser sur le nez. Même une action banale paraît soudain légèrement préméditée.

Sur le visage, la forme pilote descend assez bas sous les yeux. Le pont en serrure dégage le haut du nez tout en renforçant la ligne horizontale des sourcils. Les bords d’acétate restent épais sans former un masque complet. La largeur donne de la présence aux tempes. Les verres arrondis adoucissent pourtant l’ensemble. Cette tension évite à la paire de devenir strictement sévère. Elle ne convient pas à tous les visages, et ne cherche d’ailleurs pas vraiment à disparaître. La 714 ajoute une structure au visage plutôt qu’elle ne s’y fond.

Ces lunettes comptent encore parce qu’elles réunissent trois fonctions rarement aussi lisibles. Elles protègent de la lumière. Elles se replient pour être transportées. Elles modifient immédiatement la relation entre celui qui regarde et celui qui est regardé. Le cinéma a amplifié ce dernier effet, puis le commerce l’a répété avec beaucoup d’application. Pourtant, le dessin tient sans la légende. Les charnières restent visibles, l’acétate reste dense et les verres continuent de filtrer la lumière. Steve McQueen a installé le mythe. La Persol 714 avait déjà fait le travail.


Persol : 714 Steve McQueen – Site officiel

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