Dogstar, groupe de rock alternatif de Los Angeles avec Keanu Reeves à la basse, revient dans l’actu avec l’album All In Now, sorti le 29 mai 2026. Formé autour de Reeves, Robert Mailhouse et Bret Domrose, le trio traîne depuis les années 1990 une question simple : faut-il l’écouter pour ses chansons ou parce que Neo tient une basse ? La réponse est moins cruelle qu’on pourrait le croire. Mais elle n’est pas totalement tendre non plus.
Dogstar, le groupe de Keanu Reeves avant le gag facile
Dogstar naît au début des années 1990, à Los Angeles, dans cette zone floue où les groupes de rock se forment encore dans des garages, des studios de répétition et des conversations qui n’ont pas prévu de devenir une biographie. L’histoire commence avec Keanu Reeves et Robert Mailhouse, acteur et batteur, avant l’arrivée de Gregg Miller puis de Bret Domrose, qui devient la voix et la guitare du groupe. La formation connue aujourd’hui tient sur trois noms : Bret Domrose au chant et à la guitare, Robert Mailhouse à la batterie, Keanu Reeves à la basse et non chanteur. Il ne mène pas le groupe au micro. Il reste sur le côté, basse en main, silhouette longue, cheveux dans le visage, rôle presque modeste. Ce qui, évidemment, rend le phénomène plus drôle. Une star mondiale qui joue au bassiste discret, c’est déjà un petit scénario.
Dans les années 1990, Dogstar existe vraiment. Le groupe sort l’EP Quattro Formaggi en 1996, puis l’album Our Little Visionary la même année. Le disque est surtout distribué au Japon, détail qui dit déjà quelque chose de cette carrière : assez réelle pour tourner, assez étrange pour ne jamais entrer tout à fait dans le récit central du rock américain. En 2000, Dogstar publie Happy Ending, deuxième album, avant de s’arrêter au début des années 2000. Entre-temps, le groupe tourne, joue, attire les regards, souvent pour une mauvaise bonne raison. Keanu Reeves est là. Le public aussi. La musique doit ensuite se débrouiller avec cette lumière trop forte. C’est rarement confortable pour un groupe moyen. C’est parfois pire pour un groupe honnête.
Dogstar et Keanu Reeves : une discographie plus sérieuse que son image
Le retour de Dogstar se fait sans grand discours héroïque. Le groupe recommence à jouer ensemble, puis annonce son retour au début des années 2020. En mai 2023, Dogstar remonte sur scène au festival BottleRock Napa Valley, en Californie, pour son premier concert public depuis plus de vingt ans. Ce n’est pas une petite salle humide avec trois amis devant la scène. C’est un festival, des téléphones levés, des gens venus voir Keanu Reeves respirer le même air qu’eux. Le groupe joue d’anciens morceaux et de nouvelles chansons. Quelques mois plus tard, il publie Somewhere Between the Power Lines and Palm Trees, sorti le 6 octobre 2023. Le disque est produit par Dave Trumfio et marque le vrai retour discographique du trio après Happy Ending. Le titre est long, presque trop long. On sent déjà le palmier, le câble électrique et le comité de relecture qui a renoncé.
Musicalement, Dogstar reste dans un rock alternatif. Guitares franches, batterie droite, basse fonctionnelle, chant de Bret Domrose posé au centre. Le groupe ne cherche pas à réinventer la musique, ni à refaire la grande messe grunge. Il avance plutôt dans une zone post-90s, entre rock mélodique, college rock tardif et énergie de groupe de scène. Somewhere Between the Power Lines and Palm Trees a surtout une qualité : il ne sonne pas comme une blague. Il n’a pas non plus le poids d’un disque indispensable. On entend un groupe qui a plaisir à rejouer ensemble, pas une révélation cachée depuis vingt-trois ans. Ce n’est déjà pas rien. Mais nous sommes loin de American Football. Beaucoup de retours de groupes célèbres font moins bien avec plus de moyens et… plus de poses.
Dogstar est-il un groupe indispensable ?
La vraie actualité de Dogstar, en 2026, s’appelle All In Now. Le quatrième album studio du groupe est sorti le 29 mai 2026 chez Dillon Street Records. Il est produit par Nick Launay, connu notamment pour son travail avec Nick Cave & The Bad Seeds, Yeah Yeah Yeahs, IDLES ou Amyl and the Sniffers. Le disque arrive vite après le retour de 2023, ce qui change un peu l’image du projet. Dogstar n’est plus seulement un groupe ressorti du carton pour une tournée nostalgique. Le trio enchaîne, repart sur la route et publie douze nouveaux titres. La chanson-titre, accompagnée d’un clip réalisé par Carlos Garcia Medina, installe une version plus musclée du groupe. Les guitares sont plus épaisses, la basse plus présente, le propos toujours simple. Là encore, rien ne hurle au génie. Mais rien ne sent l’accident non plus.
Alors, Dogstar est-il indispensable ? Non. Pas au sens où l’on parlerait d’un groupe qui déplace une époque, change une scène ou impose une langue musicale. Dogstar n’a pas cette place. Le groupe reste plus intéressant comme objet culturel que comme monument rock. Il raconte autre chose : la possibilité pour une star très connue de tenir une place secondaire dans un groupe, de jouer sans dominer, de laisser quelqu’un d’autre chanter. Il raconte aussi la difficulté d’être écouté normalement quand un acteur mondialement célèbre se tient à gauche de la batterie. On vient regarder Keanu Reeves. On découvre parfois Bret Domrose. On repart avec deux ou trois morceaux en tête, ou seulement avec une photo floue. C’est injuste, mais c’est le marché.
La place de Dogstar est donc plus modeste, et peut-être plus juste. Ce n’est pas un grand groupe oublié. Ce n’est pas non plus une honte de celebrity band, catégorie souvent assez encombrée. Dogstar est un groupe de rock correct, sincère, parfois attachant, plombé et porté par la même chose : Keanu Reeves. Sans lui, il aurait probablement moins tourné, moins vendu, moins existé médiatiquement. Avec lui, il doit sans cesse prouver qu’il n’est pas seulement une anecdote Wikipédia avec des médiators. All In Now confirme au moins une chose : Dogstar ne revient pas pour faire coucou une fois. Le groupe continue. C’est peut-être là son vrai charme. Pas indispensable, donc. Mais moins dispensable qu’on ne l’imagine.
Dogstar : All In Now (Dillon Street Records) – Sorti le 29 mai 2026






















