Dans Barbie, sorti en France le 19 juillet 2023, Greta Gerwig et la costumière Jacqueline Durran transforment les vêtements de Margot Robbie, Ryan Gosling et du reste du Barbie Land en machine visuelle. Rose saturé, archives Mattel, clins d’œil Chanel, tenues de plage, robes vichy et combinaisons fluo : les costumes du film ne décorent pas seulement l’image. Ils fabriquent une idée de la féminité. Ils exposent aussi son emballage marketing. Avec un sourire très propre. Donc forcément suspect.
Les costumes de Barbie, une garde-robe sous contrôle
Dans Barbie, le rose ne sert pas à faire joli. Il sert à tenir le monde debout. Il recouvre les maisons, les voitures, les robes, les talons, les accessoires, les murs, les rêves et presque l’air entre les personnages. Jacqueline Durran a travaillé les costumes avec une logique très précise de couleurs et d’activités. Barbie s’habille pour ce qu’elle fait. Plage, soirée, western, présidence, patins à roulettes : chaque scène appelle sa panoplie. Le vêtement n’exprime pas seulement une personnalité. Il classe une fonction. Comme une poupée dans sa boîte, mais avec un budget cinéma.
Cette précision donne au film sa force visuelle. Les costumes semblent simples, presque naïfs, mais ils sont réglés au millimètre. Une robe vichy évoque une image domestique heureuse. Un maillot rayé renvoie à la Barbie originelle de 1959. Un ensemble fluo de roller rappelle les versions jouets plus tardives. Rien n’a besoin d’être expliqué lourdement. Le spectateur reconnaît avant de penser. C’est exactement le piège. Le film parle une langue déjà installée dans la mémoire collective. Puis il la pousse jusqu’à l’absurde.
Rose, plastique et féminité en vitrine
Les costumes de Barbie fonctionnent comme des vêtements de poupée agrandis à taille humaine. Les proportions sont nettes. Les couleurs répondent aux décors. Les matières paraissent neuves, propres, presque sans histoire. Barbie Land n’aime pas les plis, plutôt les surfaces lisses. La lumière glisse sur les robes, les cheveux, les voitures et les sourires. Tout semble prêt pour l’image. Même la crise existentielle arrive dans une tenue pensée pour être vue.
C’est là que le film devient plus intéressant qu’un simple exercice nostalgique. Les vêtements vendent une féminité joyeuse, disponible, sportive, parfaite, toujours prête. Mais ils montrent aussi le prix de cette disponibilité permanente. Barbie change de look comme on change d’argument publicitaire. Elle peut tout faire, donc elle doit tout représenter. Le costume devient une charge mentale en satin rose. C’est drôle, parce que le film le sait. C’est moins drôle, parce que l’industrie l’a très bien compris depuis longtemps.
Barbie, Mattel et le second degré cousu main
Le film avance avec un paradoxe assez visible. Il critique une image tout en la rendant désirable. Il interroge Barbie tout en relançant Barbie. Il se moque du plastique sans vraiment le quitter. Les costumes sont donc coincés dans cette tension, et c’est ce qui les rend efficaces. Ils ne cherchent pas à sauver la poupée par le réalisme. Ils assument son artificialité. Ils montrent le produit, la vitrine, le décor, le packaging. Puis ils ajoutent une fissure. Petite, mais bien placée.
Ken, lui, est presque un cas d’école. Au début, ses vêtements le définissent comme accessoire de plage. Il existe dans l’ombre rose de Barbie, avec ses débardeurs, ses ensembles coordonnés et son sourire de figurant très motivé. Quand il découvre une autre forme de pouvoir, son vestiaire gonfle aussitôt. Fourrure, denim, franges, lunettes, posture : tout devient trop grand, trop viril, trop démonstratif. Le costume ne cache pas le ridicule. Il l’organise. Ken découvre le patriarcat comme on ouvre un coffre à déguisements.
La grande intelligence des costumes de Barbie tient peut-être là. Ils ne demandent jamais au spectateur de choisir entre plaisir visuel et lecture critique. Ils donnent les deux, parfois dans le même plan. Une robe peut être belle et suspecte. Un tailleur rose peut être drôle et politique. Une tenue de poupée peut devenir une question sur le corps, le regard, la vente et l’identité. Le film n’annule pas Barbie. Il la regarde fonctionner. Et quand l’image fonctionne aussi bien, il vaut mieux se méfier un peu. C’est souvent là que le marketing sourit le plus fort.
Barbie de Greta Gerwig avec Margot Robbie, Ryan Gosling… – sorti en France le 19 juillet 2023

















