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Aldous Harding, folk en pièces détachées

Aldous Harding publie Train On The Island le 8 mai 2026 chez 4AD, son cinquième album studio, enregistré à Rockfield Studios, au pays de Galles, avec John Parish. La musicienne néo-zélandaise y prolonge une méthode devenue reconnaissable : peu d’explications, beaucoup de voix, des gestes bizarres, des chansons qui avancent de côté. Depuis Party, Designer et Warm Chris, elle travaille une folk qui n’aime pas trop qu’on l’appelle folk. Tant mieux. Les étiquettes vieillissent mal.

Aldous Harding, l’art de ne pas tout expliquer

Aldous Harding s’appelle Hannah Harding. Elle vient de Nouvelle-Zélande, pays qui sait produire des chansons calmes avec des ombres longues. Son histoire publique commence loin des grands récits classiques. En 2014, dans un entretien avec Under The Radar, elle raconte avoir joué dans la rue à Geraldine pour payer une place de concert d’Anika Moa. La chanteuse passe, l’entend, lui propose d’ouvrir la soirée. C’est le genre d’anecdote qui paraît trop pratique pour une biographie, sauf qu’elle est dite par Harding elle-même. Elle n’en fait pas une légende. Elle raconte ça comme un fait.

Avant les disques 4AD, il y a Lyttelton, port près de Christchurch, et une scène locale qui compte aussi Marlon Williams, Nadia Reid ou Tiny Ruins. Harding y joue, écrit, cherche une voix. AudioCulture rappelle qu’elle est repérée sous son nom de naissance, Hannah Harding, autour de cette scène folk et country néo-zélandaise. Son premier album, Aldous Harding, sort en Nouvelle-Zélande avant d’être publié aux États-Unis par Flying Nun en 2016. Le disque porte déjà une noirceur ancienne, presque théâtrale. On y entend des cordes, des mélodies tendues, une gravité. Ce n’est pas encore le personnage mouvant que l’on connaît. Mais le refus du confort est déjà là.

Ce qui frappe chez Harding, ce n’est pas seulement la voix. C’est sa manière de la déplacer. Dans une interview à Pitchfork en 2022, elle explique l’utiliser comme un instrument et dit ne plus vraiment savoir quelle serait sa voix “normale”. La formule est utile, parce qu’elle évite le vieux piège de l’authenticité. Chez elle, une voix grave n’est pas plus vraie qu’un falsetto. Une grimace n’est pas forcément un jeu. Un silence n’est pas forcément profond. Il peut juste être là, posé au milieu de la chanson, un peu gênant.

De Party à Designer, le laboratoire John Parish

Le tournant arrive avec Party, sorti en 2017. Le disque est créé à Bristol, ville de John Parish, dans une immersion en studio de deux semaines selon les notes de 4AD. Parish n’est pas seulement un nom prestigieux. Il devient un partenaire de forme. Le son se resserre. La voix prend plus de place. Les chansons gardent une ossature folk, mais elles commencent à regarder ailleurs. Sur Party, Harding peut chanter comme une actrice, une présence de cabaret un peu pâle. Ce n’est jamais franchement confortable.

Avec Designer, en 2019, le cadre change encore. 4AD indique que Harding sort alors d’une tournée d’une centaine de dates et entre en studio avec des chansons écrites sur la route. L’album est enregistré avec John Parish, entre Rockfield Studios à Monmouth et Bristol, sur une période de travail brève et compacte. The Barrel ouvre une autre fenêtre. La chanson a l’air simple, mais elle bouge sans prévenir. Le clip installe Harding en silhouette blanche, chapeau large, gestes raides, regard de biais. C’est drôle, inquiétant, presque enfantin. Sur scène, le visage devient un outil.

Designer lui donne une audience plus large, sans vraiment la rendre plus lisible. C’est là que son art se précise : des chansons courtes, des phrases qui résistent, des arrangements clairs, puis une torsion dans le chant. Dans The Line of Best Fit, en 2019, elle parle du besoin qu’a le public de tout savoir, de connaître les secrets, les armes, les méthodes. Elle comprend cette curiosité, mais elle s’en méfie. Elle sait que trop expliquer peut abîmer la chose.

Train On The Island, cinquième album et même fuite en avant

Après Warm Chris en 2022, Aldous Harding revient donc avec Train On The Island. Le disque paraît le 8 mai 2026 via 4AD. Bandcamp le présente comme son cinquième album, coproduit avec John Parish à Rockfield Studios, là où Harding et Parish avaient déjà travaillé sur Party, Designer et Warm Chris. Les musiciens cités autour du disque incluent Joe Harvey-Whyte à la pedal steel, Mali Llewelyn à la harpe, Thomas Poli aux synthés, Sebastian Rochford à la batterie et Huw Evans, alias H. Hawkline, aux voix, basse, guitare et orgue. On n’est pas dans le grand défilé d’invités. Plutôt dans une petite collection de timbres. Ça grince peu. Ça respire beaucoup.

Les premiers retours critiques dessinent un accord prudent. The Guardian entend dans Train On The Island un disque moins compliqué qu’il n’en a l’air, porté par des chansons mélodiques et claires sous leur surface étrange. Pitchfork le décrit comme une œuvre intime et énigmatique, où les identités se déplacent d’une voix à l’autre. Paste insiste sur son minimalisme et son étrangeté familière. D’autres lectures, notamment en France, signalent une formule plus dépouillée, parfois austère. C’est le risque Harding. Quand la chanson tient, elle paraît évidente. Quand elle se ferme, elle peut ressembler à une blague que personne ne comprend.

Ce qui reste, au fond, c’est une présence difficile à copier. Aldous Harding ne construit pas une carrière sur la puissance, ni sur la confession, ni sur le grand geste d’autrice tourmentée. Elle travaille plutôt l’écart. Une syllabe trop basse. Une phrase trop nue. Une mélodie presque jolie, puis un pli qui la rend moins aimable. Dans le clip de “One Stop”, signalé lors de l’annonce de Train On The Island, elle danse dans une grande cuve métallique. L’image résume assez bien le problème : on peut chercher le symbole, bien sûr. On peut aussi regarder une artiste en train de faire quelque chose de précis, bizarre, pas décoratif. Chez Harding, l’étrangeté n’est pas un vernis. C’est la structure.


Aldous Harding : Train on the island (4AD) – Sortie le 8 mai 2026

Sources :

  • Under The RadarAldous Harding – Interviews at Undertheradar – 2014
  • Flying NunAldous Harding releases debut album in the USA on Flying Nun Records – 2016
  • 4ADAldous Harding – Party – 2017
  • The Line of Best FitAldous Harding wants you to know what matters – 2019
  • 4ADAldous Harding – Designer – 2019
  • PitchforkWill the Real Aldous Harding Please Stand Up? – 2022
  • BandcampWarm Chris by Aldous Harding – 2022
  • PitchforkAldous Harding Announces New Album Train on the Island – 2026
  • BandcampAldous Harding: Train on the Island – 2026
  • The GuardianAldous Harding: Train on the Island review – 2026
  • PitchforkTrain on the Island – 2026
  • Under The RadarAldous Harding Shares New Song “Coats” – 2026

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