Jack McCollough est l’un des deux noms derrière Proenza Schouler, maison fondée à New York en 2002 avec Lazaro Hernandez. L’actualité est simple : après avoir quitté la direction créative de leur marque en janvier 2025, les deux designers ont pris la tête de Loewe, où leur première collection a été montrée au printemps-été 2026.
Jack McCollough, avant Loewe
Chez Jack McCollough, tout commence publiquement en duo. À Parsons, il rencontre Lazaro Hernandez, travaille avec lui sur le projet de fin d’études, et ce projet devient la base de Proenza Schouler. La collection est achetée en entier par Barneys New York. L’année suivante, la marque défile commercialement pour la première fois. Le nom Proenza Schouler vient des noms de jeune fille de leurs mères, détail de famille devenu griffe très vite repérable. Ce départ n’a rien d’une légende bricolée après coup : il est documenté, répété, presque trop propre pour être romancé. Tant mieux.
Très tôt, McCollough s’impose moins par une posture que par une coupe de regard. Chez Proenza Schouler, le vêtement ne cherche pas à flatter bêtement. Il attrape l’œil par la tension des matières, par des lignes tenues, par ce mélange de luxe sec et d’énergie urbaine que la presse américaine a longtemps associé à New York. Les récompenses suivent vite : Swarovski Award en 2003, premier CFDA/Vogue Fashion Fund en 2004, puis plusieurs CFDA pour le womenswear et l’accessoire. Il y a aussi le PS1, lancé en 2008 avec la première ligne de sacs de la maison, devenu le signe le plus visible d’un succès plus large. Un sac peut résumer une époque commerciale. Il ne résume pas un designer, heureusement.
Le système Proenza Schouler
Pendant plus de vingt ans, Jack McCollough travaille dans une mécanique à deux têtes. C’est important, parce qu’un portrait honnête de Jack McCollough ne peut pas faire semblant d’ignorer Lazaro Hernandez. Leur travail avance par conversation, par montage, par ajustement. Proenza Schouler devient une maison new-yorkaise respectée pour son rapport aux tissus, à l’artisanat, à une modernité qui refuse le folklore du minimalisme propre. Il y a eu des saisons plus fortes que d’autres, des passages plus commentés que d’autres, et même une tentative de renforcer la visibilité parisienne avant la pandémie. Rien de miraculeux. Rien d’effondré non plus. Juste une marque qui dure, ce qui dans la mode tient déjà du sport de combat.
Ce qui reste, chez McCollough, c’est une manière de faire tenir ensemble le nerf et le poli. Un manteau peut sembler calme et cacher une construction très serrée. Une robe peut paraître directe et déplacer pourtant les volumes d’un cran. Chez Proenza Schouler, cette grammaire a souvent reposé sur des contrastes nets : cuir et souplesse, précision et accident, sophistication et usage réel. En 2025, la page se tourne officiellement. Les deux fondateurs quittent la direction créative de la marque au 31 janvier, tout en restant liés à l’entreprise comme board members et actionnaires. C’était la fin d’un cycle long. Dans ce milieu, vingt-trois ans à la même table, cela vaut presque anomalie.
De New York à Paris, puis Loewe
Le vrai virage récent est là. En mars 2025, Loewe annonce la nomination de Jack McCollough et Lazaro Hernandez comme nouveaux directeurs créatifs. La prise de fonction est fixée au 7 avril 2025. Le déplacement n’est pas seulement géographique. Il est aussi symbolique : quitter une maison fondée à deux, façonnée sur vingt ans, pour entrer dans une autre, espagnole d’origine, installée dans la galaxie LVMH, après l’empreinte très forte de Jonathan Anderson. Le genre de passage où tout le monde sourit devant les photographes et où le vrai travail commence une fois les portes fermées. Paris, les ateliers, les archives, les artisans, les sacs, les attentes. Le décor change brutalement, pas les risques.
Leur première collection pour Loewe est montrée pour le printemps-été 2026. Les comptes rendus évoquent la couleur, la forme sculptée, le dialogue avec l’artisanat de la maison, et une entrée plus mesurée que tapageuse. Le site de Loewe parle lui-même d’une collection de début et d’une nouvelle phase visuelle. Puis vient l’automne-hiver 2026, deuxième passage, souvent plus instructif que le premier parce que les salutations sont finies. Pour Jack McCollough, ce moment dit quelque chose d’assez simple : sa carrière ne se lit plus seulement comme l’histoire d’un cofondateur new-yorkais, mais comme celle d’un designer désormais observé à l’échelle d’une grande maison européenne. Le décor est plus vaste, le bruit plus fort, l’examen plus froid. Cela tombe bien, son travail n’a jamais eu besoin de fanfare.
Le vêtement, pas le slogan
Ce qui singularise Jack McCollough n’est pas une mythologie personnelle très bavarde. C’est même l’inverse. Son nom circule surtout dans les vêtements, les sacs, les défilés, les coupes, les choix de matières, le rythme des collections. Il n’occupe pas la scène comme d’autres. Il travaille dans une zone plus retenue, où l’autorité passe par la fabrication. Chez Proenza Schouler comme chez Loewe, ce qui accroche n’est pas une formule. C’est un col qui bascule juste, un cuir qui tient sans raideur, une robe qui prend la lumière sans jouer la tragédie. Dans une industrie qui adore les personnages, cette discrétion a presque l’air suspecte. Elle est surtout utile.
Le portrait de Jack McCollough reste donc légèrement décalé. Il n’offre pas le romanesque facile du créateur seul contre tous. Il raconte plutôt un designer formé dans le duo, élevé dans New York, confirmé par une maison durable, puis déplacé vers Paris pour reprendre Loewe à un moment sensible. Sa singularité est là : faire tenir le vêtement avant le récit, la main avant le vacarme, la construction avant l’effet. Ce n’est pas le profil le plus commode pour les slogans. C’est souvent meilleur pour durer. Et dans la mode, durer sans se figer reste une affaire plus rare qu’on le dit.
Proenza Schouler : Site officiel – Loewe : Site officiel
Sources
Proenza Schouler – About Us – 2026
Parsons School of Design – Jack McCollough and Lazaro Hernandez | Parsons Paris – Titre non disponible
CFDA – Jack McCollough – Titre non disponible
Vogue – Jack McCollough and Lazaro Hernandez Are Leaving Their Creative Director Posts at Proenza Schouler – 2025
Loewe – New creative directors – 2025
Vogue Runway – Loewe Spring 2026 Ready-to-Wear Collection – 2025
Loewe – The First Campaign by McCollough & Hernandez – 2026
Business of Fashion – Jack McCollough & Lazaro Hernandez | BoF 500 – Titre non disponible






