Robyn sort ce vendredi 27 mars 2026 Sexistential, son neuvième album studio, huit ans après Honey. Le disque arrive avec un titre qui annonce la couleur sans tourner autour du pot : sexe, doute, désir, corps, chimie, maternité. Sur neuf titres, la Suédoise retrouve une pop électronique nerveuse, nette, parfois drôle, parfois cabossée.
Un retour qui ne joue pas la statue
Le premier effet de Sexistential, c’est sa franchise. Robyn ne revient pas pour refaire Dancing on My Own en version sous cellophane. Elle repart de son terrain habituel, la pop électronique, mais avec autre chose dans le moteur. Les morceaux parlent de sensualité, de liberté, de solitude et de maternité, souvent en même temps. Le disque a beau être court, il avance vite. Il ne s’explique pas trop, ce qui est plus rare qu’on ne nous le dit. Plusieurs critiques y voient un retour à une énergie plus frontale, plus proche de Body Talk que de la brume élégante de Honey.
Cette tension-là tient aussi au moment. Robyn n’a pas sorti d’album depuis 2018. Entre-temps, il y a eu la vie, un fils né en 2022, et une écriture qui a glissé vers quelque chose de plus direct, parfois presque sec. Le titre Sexistential résume bien la manœuvre. C’est drôle, un peu absurde, et pas seulement pour faire la maline dans une interview. L’album observe le désir comme une affaire physique, mentale, logistique même. Chez Robyn, le dancefloor a toujours servi à penser. Cette fois, il sert aussi à encaisser.
Des synthés, du nerf, et les bons complices
Côté enregistrement, Robyn s’appuie à nouveau sur Klas Åhlund, son collaborateur de longue date. C’est loin d’être un détail. Le disque a cette coupe nette, ce sens du rebond synthétique, cette manière d’empiler pulsation et mélancolie sans en faire un grand drame humide. D’autres producteurs sont aussi crédités, dont Joseph Mount (Metronomy), Oscar Holter et Elvira Anderfjärd. Max Martin apparaît dans le paysage du disque, notamment autour de “Talk to Me”. On est donc dans un album de réseau fidèle, pas dans une opération casting. Ça s’entend : les chansons filent droit.
Les titres déjà connus donnaient d’ailleurs une bonne idée de l’ensemble. “Dopamine” dès novembre 2025. Puis sont venus “Sexistential” et “Talk to Me” en janvier 2026, avant “Blow My Mind”. La critique anglo-saxonne relève une électronique brillante, des refrains qui accrochent, des voix traitées sans froideur clinique, et une façon très Robyn de faire danser des idées pas franchement légères. Le disque parle d’IVF, de dating, de manque, de désir et de séparation, mais sans passer en mode confession triste sous néon bleu. Le résultat tient moins du journal intime que du bloc-notes nerveux mis en rythme. Et ça change de la pop qui souligne tout au Stabilo.
Le corps, le doute, et cette façon de couper la phrase
Ce qui frappe surtout, c’est la manière dont Robyn ramène des sujets très concrets dans la machine pop. L’IVF n’est pas là comme un symbole chic. La maternité non plus. Le disque les traite comme des expériences physiques, désordonnées, parfois comiques, parfois brutales. Pitchfork note que le morceau-titre aborde frontalement la question de la conception en solo par IVF. L’Associated Press insiste de son côté sur l’ensemble du disque, centré sur la liberté, la sensualité et la maternité célibataire. Dit autrement : Robyn ne fait pas semblant de séparer la vie du corps et la vie des chansons. Elle met tout dans le même sac, puis elle fait monter le BPM.
Ce mélange donne au disque son vrai relief. Il y a bien sûr du panache, des montées, des synthés qui visent le haut. Mais il y a aussi une fatigue tenue, une lucidité presque administrative par moments. Le désir n’est pas montré comme une pure fête. L’amour n’est pas vendu comme un vieux mythe increvable. Même quand les morceaux brillent, quelque chose gratte dessous. Le Guardian résume cela en parlant d’un album qui s’éloigne des récits romantiques traditionnels pour regarder l’amour sous un angle plus existentiel, parfois chimique. Et chez Robyn, le mot “chimique” n’enlève rien à l’émotion.
Un disque bref, mais pas léger
Avec ses neuf titres, Sexistential ne s’installe pas dans la durée pour faire croire à la profondeur. Il préfère laisser des traces courtes : “Dopamine”, “Really Real”, “Light Up” ou “Into the Sun” sont parmi les morceaux qui restent. La nouvelle version de “Blow My Mind”, signe que Robyn regarde aussi derrière elle, mais sans monter un mausolée. Le disque avance par fragments très nets. Une accroche. Un angle. Une phrase qui coupe. Un synthé qui ouvre l’espace. Rien d’énorme, et c’est tant mieux. La densité vient de la précision, pas du volume.
Au fond, Sexistential raconte surtout une artiste qui refuse la version figée d’elle-même. Robyn revient, oui, mais pas pour confirmer une légende déjà validée par Internet il y a quinze ans. Elle revient avec des chansons qui regardent le corps adulte, le désir adulte, la solitude adulte. Ce n’est pas un disque nostalgique. Ce n’est pas non plus un manifeste au marteau. C’est plus simple, et plus vif : un album de pop électronique qui remet de la friction dans une carrière déjà très commentée. Quand il s’arrête, il laisse moins un grand final qu’une sensation de lumière blanche après la nuit. Le genre de disque qui ne crie pas longtemps, mais qui reste dans l’oreille comme un nerf exposé.
Robyn : Sexistential (Konichiwa / Young) – Sortie le 27 mars 2026






