Arlo Parks revient dans l’actualité avec Ambiguous Desire, son troisième album annoncé pour le 3 avril 2026, après Collapsed in Sunbeams en 2021 et My Soft Machine en 2023. À Londres d’abord, puis entre tournées, Los Angeles et nuits plus agitées…
Les débuts, sans tambour et avec des phrases
Arlo Parks s’appelle Anaïs Oluwatoyin Estelle Marinho. Elle grandit à Hammersmith, dans l’ouest de Londres, et très tôt, chez elle, le texte compte autant que la mélodie. Quand elle apparaît avec “Cola”, puis avec l’EP Super Sad Generation, ce qui frappe n’est pas la démonstration vocale ni le grand décor. Ce sont les notations. Un coin de rue. Une chambre. Un crush mal rangé. Une gêne qui reste sur la peau. La jeune femme écrit comme on cadre en plan serré, sans forcer l’effet. En 2019, The Guardian la repère déjà comme une voix montante de cette pop confessionnelle venue des marges emo, soul et indie, avec un goût net pour la littérature et les images concrètes.
Ce premier mouvement ne relève pas du hasard ni d’un conte de fées de l’industrie, formule qui fatigue vite. Arlo Parks arrive avec des chansons écrites très jeune, des démos passées par BBC Music Introducing et surtout une manière d’observer ses personnages sans les écraser sous le commentaire. Même quand elle chante la tristesse, elle garde de l’air dans la phrase. Même quand elle approche la rupture, la solitude ou la honte, elle ne cherche pas la pose sombre. Elle préfère un détail domestique, un vêtement, une odeur, un trajet. C’est là que son écriture se singularise. Pas dans l’emphase. Dans la retenue, ce qui est plus risqué et, disons-le, moins pratique pour vendre des slogans.
Le premier album, ou comment toucher juste
Le vrai basculement arrive avec Collapsed in Sunbeams, sorti le 29 janvier 2021. L’album installe Arlo Parks au centre du paysage britannique sans qu’elle change de méthode. Elle continue de chanter au plus près, avec cette voix presque posée, et des chansons comme “Black Dog” ou “Eugene” qui avancent par scènes courtes, objets simples, émotions tenues. Le disque grimpe jusqu’à la troisième place du classement albums au Royaume-Uni. Il remporte ensuite le Mercury Prize 2021. Il vaut aussi à Arlo Parks deux nominations aux Grammy Awards et un BRIT Award, catégorie Breakthrough Artist. D’un coup, la jeune autrice à la plume précise devient un nom impossible à ranger dans la seule case “promesse”.
Ce succès, pourtant, n’efface pas l’ambivalence au cœur de sa musique. La réception critique de Collapsed in Sunbeams insiste autant sur sa douceur que sur son sens de l’observation, parfois jusqu’à en faire un étendard générationnel un peu commode. Arlo Parks, elle, paraît plus fine que l’étiquette. Dans les critiques et les portraits, on revient sans cesse à cette capacité à fixer un moment précis plutôt qu’à proclamer une vérité générale. Sur scène aussi, cela tient. The Guardian décrit en 2023 une artiste qu’on entend avant de la voir, une présence des mots d’abord, silhouette ensuite, toujours attachée au détail londonien, aux coins de rue, aux épiceries, aux corps fatigués. C’est sans doute là sa force. Elle écrit petit pour que l’impact arrive grand, ce qui évite au passage beaucoup de grandes phrases inutiles.
Changer d’échelle sans perdre la main
Après cette première secousse, Arlo Parks passe par les tournées lourdes, les premières parties très exposées et les scènes plus vastes. The Guardian rappelle qu’elle a joué avec Harry Styles, Lorde et Florence + The Machine, tandis que 2022 la montre aussi aux côtés de Phoebe Bridgers à Coachella pour deux duos sur scène. Ce changement d’échelle nourrit My Soft Machine, paru le 26 mai 2023. L’album est plus synthétique, plus mobile, parfois plus dansant. Elle y parle d’un processus plus collectif, plus libre, plus expérimental. Le titre vient d’une phrase du film The Souvenir de Joanna Hogg, et l’idée est simple : montrer le monde tel qu’il passe par son corps et par son esprit. Chez Arlo Parks, la théorie tient souvent dans une image très physique. C’est plus élégant comme ça.
Cette période dit aussi autre chose. En 2022, la chanteuse interrompt une partie de sa tournée américaine en parlant ouvertement d’épuisement. Puis elle transforme cette phase en matière de travail, sans numéro de bravoure. My Soft Machine garde les blessures, mais laisse entrer davantage de mouvement, de lumière artificielle, de circulation, de peau et de désir. En 2023, elle publie aussi The Magic Border, un premier livre qui rassemble poèmes, fragments et paroles autour de cet univers. Et en 2026, l’actualité la montre déjà ailleurs avec Ambiguous Desire, annoncé pour le 3 avril, disque que The Guardian présente comme plus nourri par la vie nocturne, la culture club, New York, Los Angeles et un désir queer plus frontal. Chez Arlo Parks, le fil reste le même : écrire à partir du corps, du décor proche, de la sensation. Seulement, le décor s’élargit. La pièce est devenue ville.
Arlo Parks. Une singularité qui tient au regard
On résume souvent Arlo Parks par la douceur. C’est vrai, mais c’est insuffisant. Sa singularité tient moins à une humeur qu’à une méthode. Elle observe, elle collecte, elle cadre. Une cuisine, une lumière d’hiver, des œufs brouillés, de l’essence dans l’air, une chute à vélo ou même un t-shirt Nine Inch Nails : ce sont ces éléments-là qui font tenir ses chansons debout. Elle ne traite pas l’intime comme un journal qu’on ouvrirait au hasard. Elle le travaille comme une scène. D’où cette impression étrange, fréquente chez elle, de lire et d’écouter en même temps. La poète n’est pas à côté de la musicienne. Elle est le moteur discret de tout le reste.
C’est aussi pour cela qu’Arlo Parks échappe un peu aux cases rapides. Indie pop, folk, soul, bedroom pop, R&B : tout cela tourne autour d’elle sans la fixer complètement. Son parcours montre une artiste capable de passer d’un premier EP très écrit à un premier album consacré, puis à un second plus ample, avant de glisser vers un troisième projet annoncé comme plus nocturne. Elle a même publié un livre et signé, en 2024, un crédit d’écriture sur “YA YA” de Beyoncé. Rien de tout cela ne ressemble à une fuite en avant. Plutôt à une extension contrôlée du même geste. Regarder de près. Écrire net. Puis déplacer légèrement la caméra. Le reste suit, ou essaye.
Arlo Parks : Ambiguous Desire (Aslo Parks / Transgressive records) – Sortie le 3 avril 2026
Sources
- The Guardian – One to watch: Arlo Parks – 2019
- Official Charts – ARLO PARKS songs and albums | full Official Chart history – année non disponible
- Mercury Prize – Arlo Parks – ‘Collapsed in Sunbeams’ wins 2021 Mercury Prize – 2021
- The BRIT Awards – BRITs 2021 Winners! – 2021
- GRAMMY.com – Arlo Parks | Artist – année non disponible
- The Guardian – Arlo Parks on burnout, boundaries and budding romance – 2023
- GRAMMY.com – Arlo Parks On How Patience, Film & Falling In Love Molded My Soft Machine – 2023
- Pitchfork – Watch Phoebe Bridgers Duet With Arlo Parks, Perform New Song at Coachella 2022 – 2022
- HarperCollins – The Magic Border – 2023
- Arlo Parks Official Website – Ambiguous Desire – 2026
- The Guardian – Arlo Parks on embracing late night life with her hedonistic new album – 2026






