L’artisanat est partout dans la communication des maisons. En 2025, Hermès avait placé son année sous le signe “Drawn to craft”. Chanel met en avant les ateliers du 19M et les maisons d’art dans son discours sur le savoir-faire. Loewe continue d’adosser sa marque à un prix international consacré au craft. L’artisan n’est plus seulement celui qui fabrique. Il est devenu une image, parfois même une scène entière. La main travaille. et la communication, elle, cadre très bien la main.
Le geste avant le produit
La mise en scène commence souvent avant l’objet fini. Un fil, une table, une paume, un cuir tendu, une broderie commencée, un silence d’atelier. Ces motifs reviennent sans cesse parce qu’ils donnent au luxe une assise concrète. Hermès le dit frontalement dans ses contenus 2025 et dans ses documents financiers : le groupe insiste sur le craft, la durabilité, les beaux matériaux, la transmission et la création d’objets faits pour durer. Ce discours répond à une attente réelle. Il répond aussi à un besoin commercial très simple : justifier le prix par la visibilité du temps humain.
Chez Chanel, le 19M joue un rôle voisin. Les Maisons d’art, Lesage en tête, y sont présentées comme des lieux de transmission, avec ateliers, archives, école et secret du geste transmis aux plus jeunes. Le récit est précis, matériel, presque pédagogique. Mais il produit aussi un effet d’image très fort. Il montre une industrie qui voudrait avoir encore le visage de l’atelier. Il rassure sur l’existence du faire, à l’heure où le luxe parle de plus en plus de culture, d’expérience et de désir global. L’artisan devient ici la figure de stabilité au milieu du marketing mouvant.
Le savoir-faire comme scène publique
Loewe travaille ce terrain par un autre biais, plus institutionnel. Le Craft Prize de la fondation met en avant artisans, artistes et techniques venues de nombreux pays et de multiples matériaux. Le prix 2025, attribué à Kunimasa Aoki, s’inscrit dans cette logique de reconnaissance élargie du craft. La maison ne montre pas seulement qu’elle sait fabriquer. Elle montre qu’elle sait désigner ce qui mérite d’être reconnu comme fabrication d’excellence. C’est une position confortable. Elle permet d’être à la fois marque, arbitre culturel et mécène.
LVMH, de son côté, a utilisé les Jeux de Paris 2024 pour mettre en avant les “savoir-faire” de plusieurs maisons du groupe, de Berluti à Chaumet, de Dior à Louis Vuitton. Le mot revient comme un refrain national parfaitement exploitable. Il relie industrie, patrimoine, excellence française et émotion publique. L’artisanat devient alors une valeur diplomatique autant qu’un argument de vente. Ce n’est plus seulement une réalité de production. C’est une langue commune, très rentable, qui sert à relier atelier, prestige et récit collectif.
Montrer la main, cadrer la valeur
Rien de tout cela n’est mensonger en bloc. Les ateliers existent, les métiers aussi, et leur transmission reste une question réelle pour ces groupes. Mais la communication contemporaine ne se contente pas de documenter l’artisanat. Elle le scénarise. Elle choisit les lumières, les gestes, les matières et les mots. Elle préfère la main qui fait à la chaîne qui organise. Elle montre l’intime du travail sans toujours montrer l’économie complète du système. Le geste devient un gros plan. Le reste du cadre est souvent hors champ.
C’est peut-être là que le sujet devient intéressant. L’artisanat n’est plus seulement une origine du luxe. Il est devenu son décor le plus crédible. Une bobine de fil, une selle en cours, une broderie ouverte, un établi bien éclairé : il en faut parfois moins pour faire tenir un imaginaire entier. Le produit arrive ensuite, déjà lavé par la noblesse du geste. La main a parlé. Le prix peut suivre.
Sources :
Hermès – Creative Freedom / Drawn to craft – date non indiquée
Chanel – The Maisons d’art ateliers – date non indiquée
LOEWE FOUNDATION Craft Prize – Winner of the LOEWE FOUNDATION Craft Prize 2025 – date non indiquée
LVMH – LVMH is Premium Partner of the Olympic & Paralympic Games Paris 2024 – date non indiquée

















