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Witch Post, l’EP qui avance dans la brume

Disponible depuis le 20 mars 2026 chez Partisan Records, Butterfly n’est pas un album mais le deuxième EP de Witch Post, duo formé par Alaska Reid et Dylan Fraser. Le groupe arrive avec un imaginaire, entre folklore, petites routes, grunge diffus et voix mêlées. Nouvel EP et tournée européenne annoncée au printemps, dont Paris le 11 mai 2026. Go les papillons!

Deux voix, deux paysages, une même buée

Witch Post a quelque chose de très simple sur le papier et de plus trouble à l’écoute. Alaska Reid vient de l’indie rock américain, Dylan Fraser d’un versant écossais plus heurté. Ensemble, ils fabriquent une musique qui ne choisit pas franchement entre la berceuse, le récit et la morsure. Butterfly pousse cette alliance plus loin que Beast. On entend des guitares qui grincent sans saturer tout le champ, des mélodies qui flottent, puis des refrains qui resserrent brusquement la gorge. Dans Vogue, on lit que leurs voix peuvent finir par se brouiller l’une dans l’autre. C’est exactement cela. Pas un duo décoratif. Un vrai mélange de timbres, avec accent écossais d’un côté, souffle plus rêveur de l’autre, et au milieu une tension qui tient tout l’EP.

Le premier titre mis en avant, “Worry Angel”, donnait déjà le ton. Vogue décrit une entrée en matière sur un riff métallique digne d’un anthem alt-rock des années 1990, puis l’arrivée d’une voix plus aérienne au refrain. La description n’exagère pas. Butterfly aime les images nettes, mais sans lourdeur narrative. Le duo travaille des chansons qui semblent venir de lieux de passage, de fêtes foraines un peu tristes, de petites villes imaginées, d’histoires racontées à moitié. Partisan parle d’un monde fait de dualité et de transformation, entre Beast et Butterfly, entre dusk et dawn. La formule promo pourrait faire lever un sourcil. Pourtant, à l’écoute, elle n’est pas si fausse. Cet EP vit vraiment dans l’entre-deux.

Le folklore, oui, mais avec des amplis

Le projet Witch Post est nourri par un imaginaire précis. Leur nom vient de ces carvings anglais du XVIIe siècle censés protéger les foyers des sorcières. Vogue rappelle qu’Alaska Reid en a découvert un dans un musée du nord de l’Angleterre, avant d’en faire un signe de ralliement avec Fraser. Ce détail pourrait rester une jolie anecdote. Chez eux, il irrigue vraiment l’écriture. Partisan insiste sur des chansons suspendues hors des lieux fixes, peuplées de county fair rides, de petites villes rêvées et d’images préraphaélites. Cela pourrait tourner au tableau d’humeur très appliqué. Ce n’est pas le cas, parce que le duo garde un goût pour les formes courtes, les refrains et un certain sens du heurt. Le folklore ne sert pas à vernir le son. Il sert à déplacer le décor.

Mieux : le duo revendique une méthode DIY et s’est autoproduit. Cela s’entend dans le bon sens du terme. Les morceaux gardent une taille humaine. On n’a pas cette sensation de production gonflée à l’hélium pour vendre du mystère en grand format. Même quand le duo vise quelque chose de théâtral, la matière reste proche, presque tactile. Un coup de médiator, une reverb, un frottement de voix, et cela suffit. 10 Magazine parle d’un goût pour le storytelling et les fables. Là encore, pas besoin de forcer le trait : Butterfly raconte, mais il ne récite pas. Il préfère laisser des bouts de ficelle visibles. C’est plus vivant.

Un petit disque qui sait ne pas trop en dire

La force de Butterfly tient à sa mesure. En format EP, Witch Post évite l’étalage. Il y a assez de matière pour installer un monde, pas assez pour s’y perdre complètement. C’est une bonne nouvelle. Le duo sait créer des climats, mais il sait aussi couper avant que le charme ne se change en procédé. Modzik évoque un “road trip sonore, fait de perspectives multiples et de lieux de passage”. Pour une fois, la formule tient. On avance bien dans ce disque comme sur une route de côté, avec des panneaux qu’on lit trop tard et des lumières qui changent vite. Rien de spectaculaire. Mais une vraie tenue.

En 2026, Witch Post est encore dans cette zone fragile où un groupe peut devenir très intéressant ou très décoratif. Butterfly penche du bon côté. Pas parce qu’il révolutionne quoi que ce soit. Parce qu’il garde du relief dans sa jolie pénombre. Il y a là une manière d’écrire et de chanter qui ne cherche pas le fond d’écran émotionnel. C’est déjà beaucoup. Et cela laisse surtout une envie utile, presque rare : réécouter pour vérifier ce qu’on a cru entendre dans la brume.


Witch Post : Butterfly (Witch post / Partisan records) – Sortie le 20 mars 2026