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Victoria Beckham décorée par Rachida Dati

Au ministère de la Culture, le 26 janvier 2026, Victoria Beckham a reçu l’Ordre des Arts et des Lettres des mains de Rachida Dati, en pleine semaine couture. Entre protocole parisien et remerciements publiés sur les réseaux, la cérémonie — où l’on croisait notamment Anna Wintour et la famille Beckham — raconte autant une consécration qu’un moment très contemporain de mise en scène.

Dans Paris, celui où la couture s’échange autant dans les salons que sur les trottoirs, la scène a pris place là où l’État aime donner rendez-vous aux médias : le ministère de la Culture. Le 26 janvier 2026, Victoria Beckham y a reçu l’Ordre des Arts et des Lettres des mains de Rachida Dati, au moment même de la Paris fashion Week. On a connu Beckham prise dans d’autres scénographies (pop, tabloïd, palais…) ; celle-ci, plus française, propose un décor qui ne fait pas semblant : boiseries, protocole, photographie officielle. Et, avec lui, cette promesse implicite que la mode peut être regardée autrement que comme industrie.

Quelques heures plus tard, l’autre décor s’est superposé au premier : un post publié sur les réseaux, où Beckham écrit être « tellement honorée » d’être nommée « Chevalière de l’Ordre des Arts et des Lettres » par le ministère français de la Culture. Problème délicieux — ou simple effet de la circulation des titres : l’AFP, reprise notamment par TV5MONDE, parle d’une nomination au grade d’Officier. Dans un monde où la nuance d’un insigne tient parfois moins longtemps qu’une story, la dissonance a sa petite ironie : l’essentiel n’est plus tant le grade que l’adoubement, et le fait qu’il ait eu lieu à Paris.

Le ministère comme podium : une consécration en pleine Fashion Week

Rachida Dati a salué une « icône mondiale » et insisté sur le lien de la créatrice avec la France. Le geste s’inscrit dans une tradition très française : rappeler, par une décoration, que la culture n’est pas seulement un patrimoine à conserver, mais une influence à administrer et que la mode, à Paris, peut entrer dans ce périmètre. Vogue souligne la manière dont la ministre a décrit le travail de Beckham avec un vocabulaire de construction, parlant d’une précision « architecturale » et d’un « langage » de coupe et de drapé.

L’histoire personnelle complète l’histoire institutionnelle. Depuis le lancement de sa marque en 2008, Beckham s’est déplacée du statut d’ex-Spice Girl devenu phénomène people à celui de créatrice installée dans un calendrier, avec la patience (et l’obstination) que cela implique. Harper’s Bazaar rappelle précisément ce passage : une trajectoire qui, dans la presse, se raconte souvent comme une mue — l’image d’hier remise au travail par les exigences du vêtement. La médaille française, ici, ne vient pas “transformer” Beckham : elle acte plutôt qu’elle est déjà entrée dans un autre récit, celui où le style se convertit en contribution culturelle.

Le message Facebook : “la mode comme art”, et cette formule très Beckham

Sur facebook, Beckham parle de « l’esthétique française » et du « sérieux » avec lequel la France traite la mode « comme une forme d’art ».Elle remercie la ministre, ses partenaires, sa famille — puis isole David Beckham, « mon mari, et investisseur original ». La formule a quelque chose de parfaitement calibré : intime, mais pas naïve ; sentimentale, mais comptable. Elle dit sans détour ce que l’on évite souvent dans les discours de reconnaissance : une maison de mode, même quand elle parle d’art, repose sur une chaîne de confiance, de financement, de patience… parfois conjugale.

C’est aussi un texte qui cherche l’équilibre entre deux appartenances. Vogue rapporte que Beckham, dans son discours, a dit sa fierté d’être britannique tout en exprimant son admiration pour l’approche française de la mode. La France, dans ce récit, n’est pas un pays : c’est une idée de la mode, avec ses mots lourds (rigueur, art, sérieux) et son capital symbolique. Et Beckham, très consciente de ce que produit une reconnaissance parisienne, enregistre l’instant comme un passage, une validation, oui, mais aussi une photo de famille, au sens littéral.

Qui était dans la pièce : Anna Wintour, la famille Beckham, et l’absence qui fait titre

L’assistance raconte toujours autant que le discours : Une cérémonie entourée des siens : David Beckham, ainsi que Romeo, Cruz et Harper, tandis que Brooklyn Beckham était absent, absence commentée dans certains articles au regard des tensions familiales relayées ces derniers jours. Dans ces moments-là, la mode rejoint le feuilleton : la cohésion vestimentaire (silhouettes sombres, allure maîtrisée…) devient une façon de tenir l’image quand la famille, elle, fuit le cadre.

Autour d’eux, les noms installent un contexte : Vogue cite Anna Wintour, Edward Enninful et François-Henri Pinault parmi les invités. On a vu Wintour arriver au ministère, captée par des vidéos relayées sur les réseaux, comme si le cérémonial d’État avait besoin, pour être tout à fait contemporain, d’un contrechamp people. Dans ce genre de scène, personne n’est là “par hasard” : la culture officielle convoque la mode, la mode convoque ses arbitres, et Paris fait tourner la machine à légitimité — avec ce mélange de gravité et de mondanité qui reste, au fond, sa signature la plus stable.