Le groupe Prada, désormais propriétaire de Versace, annonce la nomination de Pieter Mulier comme Chief Creative Officer, effective au 1er juillet 2026. Un geste de gouvernance autant qu’un choix d’esthétique : la maison change de main au moment même où elle change de propriétaire.
Une nomination écrite comme un organigramme
Tout est cadré, daté, attribué. Le communiqué du 5 février 2026, daté de Milan, pose le décor : Pieter Mulier prend le poste, et il “débloquera” — dit Lorenzo Bertelli — le “plein potentiel” de Versace, dans un “dialogue fructueux” avec “un héritage fort”. La phrase a le poli des annonces qui parlent d’avenir sans décrire un vêtement. Elle dit surtout qui tient le volant : Bertelli, présenté comme executive chairman de Versace dans la couverture de l’annonce, et figure centrale de la mécanique Prada.
Ce cadrage s’entend aussi dans la rapidité du remplacement. Plusieurs sources situent l’arrivée de Mulier après le départ de Dario Vitale, resté peu de temps en poste et crédité d’une seule collection avant son départ fin 2025. La rotation accélérée, dans une maison où le style a longtemps été un régime, ressemble à un indicateur : la création n’est plus seulement un récit, c’est un poste à stabiliser.
De Paris à Milan, un aller simple sous calendrier
Le déplacement est clair : Mulier est encore rattaché à Alaïa, où il doit présenter une dernière collection à Paris, annoncée pour mars lors de la Fashion Week, avant de basculer officiellement chez Versace en juillet. Là encore, le calendrier fait office de dramaturgie : une sortie par la grande porte, puis une entrée à date fixe — comme un transfert de mercato, mais rédigé en langage maison.
Reste la question, moins administrative, du frottement esthétique. Les articles qui accompagnent l’annonce insistent sur la capacité de Mulier à tenir une tension : travailler “l’héritage” sans s’y dissoudre, et produire du désir dans un contexte où la marque est aussi un actif à remettre en trajectoire. Autrement dit : faire du Versace sans rejouer Versace, sous le regard d’un groupe qui vient d’absorber le nom et attend des collections qu’elles “performaient” — même si le mot n’est jamais écrit ainsi.
La nomination promet donc un retour d’auteur, mais dans un cadre resserré : reporting explicite, date d’effet, héritage brandé, propriétaire visible. Versace gagne une nouvelle signature ; elle perd un peu de cette idée romantique — déjà fragile — d’une maison menée par le seul tempérament. Entre liberté créative et pilotage de groupe, on devine moins une rupture qu’un réglage fin, et c’est précisément là que l’histoire devient intéressante.







