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U2 publie un nouveau EP avant son album de 2026

C’est le vendredi 3 avril 2026, jour du Vendredi saint, que U2 a choisi pour livrer Easter Lily : six titres, disponibles en numérique, présentés d’emblée comme un disque distinct de l’album en gestation. Le groupe situe le Ep dans le prolongement direct de Days of Ash, paru le 18 février pour le mercredi des Cendres, tout en déplaçant son centre de gravité : moins le monde extérieur, davantage l’intime : la perte, l’amitié, le doute, le souffle retrouvé. Jacknife Lee signe la production. Brian Eno apparaît sur le dernier titre. Et Bono, fidèle à lui-même, ne cesse de poser des questions.

Un EP de saison, sans détour

Le calendrier n’a rien d’accidentel. Easter Lily paraît le 3 avril 2026, vendredi saint, et U2 l’assume sans ambages. Le groupe présente ce disque comme une réponse plus intérieure que Days of Ash, sorti six semaines plus tôt à l’orée du carême. Le geste est limpide, presque liturgique : un EP pour le mercredi des Cendres, un autre pour le vendredi saint, jour qui précède Pâques, dans la tradition chrétienne. Il commémore la crucifixion de Jésus avant sa résurrection. Chez U2, on a connu la symbolique plus discrète. La référence à Patti Smith est, elle aussi, offerte sans détour : Bono explique que le titre fait signe vers Easter, l’album paru en 1978, qu’il dit avoir reçu comme une source d’espoir. Et non. Ce n’est pas un ornement ajouté après coup… c’est le cadre même du disque.

La tracklist réunit six titres : Song for Hal, In a Life, Scars, Resurrection Song, Easter Parade et COEXIST (I Will Bless The Lord At All Times?). L’ensemble est accessible sur les plateformes de streaming et en téléchargement numérique, accompagné d’un nouveau numéro de Propaganda en édition digitale. U2 décrit un disque « plus réfléchi », né d’un endroit plus personnel et plus retranché. Les thèmes sont nommés avec précision : l’amitié, la perte, l’espoir, puis le renouvellement. Le groupe ne vend pas une renaissance en kit. Il évoque plutôt un temps de retrait, des questions laissées ouvertes, des liens qu’il faut encore tenir quand tout tire dans le sens contraire. C’est finalement moins un grand retour qu’un carnet de bord.

Hal Willner, Jacknife Lee, Brian Eno : les présences qui comptent pour U2

Le morceau d’ouverture, Song for Hal, donne d’emblée la couleur documentaire du projet. U2 le présente comme une lamentation née du confinement, en hommage à Hal Willner, ami et collaborateur du groupe, disparu en 2020 des suites du Covid-19. C’est The Edge qui y tient le chant principal, un détail qui compte, car il déplace aussitôt le centre de gravité du disque et rompt avec le réflexe Bono omniprésent. Willner aurait eu soixante-dix ans le lundi de Pâques 2026, note la sphère U2. Chez ce groupe, même le deuil finit par trouver sa mise en scène. Mais ici, la chose paraît tenue, juste.

Sur le reste du disque, Jacknife Lee assure la production et le mixage de la majorité des titres, Duncan Stewart à l’ingénierie. Tom Elmhirst intervient au mix sur Song for Hal, Scars et Resurrection Song. Brian Eno signe la matière de COEXIST (I Will Bless The Lord At All Times?), décrit tour à tour comme un soundscape et comme une berceuse destinée aux parents d’enfants pris dans les guerres. Le site U2Songs précise par ailleurs que Resurrection Song remonte à une période de travail liée à Songs of Experience, avant d’être repris et retravaillé, et que Scars est issu d’un projet amorcé par Bono et The Edge avec Martin Garrix, crédité sous son nom civil Martijn Garritsen. Ce ne sont pas de simples détails de fiche technique : ils disent un disque construit par strates, rouvert, réorienté, repris. Neuf, oui, mais d’un seul jet, certainement pas.

Entre amitié et croyance, Bono remet ses vieilles questions sur l’établi

Bono résume lui-même l’affaire dans une déclaration diffusée au moment de la sortie. Avec Easter Lily, dit-il, le groupe a fini par formuler des questions « très personnelles » : nos relations résistent-elles encore dans des temps pareils ? Jusqu’où se bat-on pour l’amitié ? Que reste-t-il de la foi quand les algorithmes tordent le sens ? La religion est-elle définitivement « rubbish », ou recèle-t-elle encore quelque chose dans ses creux ? La formulation n’a rien d’inédit chez lui. C’est la persistance qui est plus intéressante. À plus de quarante ans de carrière, U2 revient au même noyau : l’engagement, la communauté, la croyance, le langage abîmé. Le groupe ne change pas de table. Il change seulement l’angle de la lumière.

Le titre final concentre bien ce mouvement. COEXIST (I Will Bless The Lord At All Times?) relie une formule tirée du Psaume 34 à la vieille iconographie « COEXIST », si familière dans l’univers de Bono. Mais la phrase se termine cette fois par un point d’interrogation. Tout est là. La bénédiction demeure, mais elle hésite. L’affirmation se cabre, puis doute. U2 continue donc de parler en grand : la guerre, la foi, la possibilité d’une cohabitation minimale entre croyances rivales. On pourra trouver l’ensemble frontal, voire pesant, selon son seuil de tolérance au vocabulaire spirituel de Bono. Mais l’ajout du doute dans le titre suffit à éviter, au moins en partie, le sermon tout prêt.

Un petit format avant l’album, et une façon de reprendre la main

Il faut aussi lire Easter Lily comme un objet de transition. Pitchfork et le site officiel du groupe rappellent qu’un nouvel album studio est toujours en préparation pour plus tard en 2026. Bono le décrit comme un disque « noisy, messy » et même « unreasonably colourful », conçu pour être joué en live, « which is where U2 lives ». Easter Lily n’est donc pas présenté comme un aboutissement, plutôt comme une avancée latérale : un ensemble autonome, certes, mais aussi un sas. Le groupe publie des chansons pendant qu’il en cherche d’autres. La méthode est simple : sortir avant d’avoir tout verrouillé. Ce n’est pas la stratégie la plus courante chez des vétérans de cette envergure. Elle a au moins le mérite de laisser voir les coutures.

Reste ce que ce EP dit de l’état actuel de U2. Pas un rajeunissement miraculeux. Pas davantage un bloc patrimonial posé sous vitrine. Larry Mullen Jr. est crédité à la batterie sur les six titres, et The Edge souligne son jeu sur Resurrection Song en disant qu’il y délivre « some of the best drums » de sa carrière récente. Le groupe met également en avant des photographies de studio signées Mullen pour Propaganda, ainsi que des textes rédigés par les quatre membres. Tout cela dessine moins un retour spectaculaire qu’une remise en mouvement concrète : quelques chansons, des amis morts ou vivants, un producteur de confiance, un soundscape d’Eno, un vieux mot religieux encore remué à la main. Le disque tient peut-être là, dans cette obstination tranquille à chercher une forme de reprise sans jamais prétendre repartir de zéro.


U2 : Easter Lily” EP (Island records) – Sortie le 3 avril 2026

Sources :
U2.com‘U2 – EASTER LILY’ – NEW EP OUT NOW – 2026
PitchforkU2 Return with New EP Easter Lily – 2026
U2SongsU2 – “Easter Lily” EP (2026) – 2026
The Irish TimesU2’s new EP Easter Lily review: An endearingly honest, questing record that’s almost cool – 2026