The Strokes, groupe formé à New York à la fin des années 1990, reviennent dans l’actualité avec l’annonce d’un nouvel album, Reality Awaits, attendue en juin 2026. Ce retour remet en circulation une vieille question, jamais vraiment réglée : qu’est-ce que ce groupe a changé, au juste, dans le rock du début des années 2000 ? La réponse tient moins au mythe qu’au détail concret : deux guitares sèches et serrées, une batterie droite, une basse qui avance sans bavarder, et cette voix de Julian Casablancas, traînante mais calculée.
New York, sans folklore
The Strokes naissent à New York en 1998. Le noyau du groupe réunit Julian Casablancas, Nick Valensi, Fabrizio Moretti, Nikolai Fraiture et Albert Hammond Jr. Très vite, leur image colle à la ville : cuir, couloirs, clubs, sueur froide, rien de très pastoral. Mais le sujet n’est pas seulement l’allure. Le vrai point de départ, c’est une mécanique de groupe nette, presque sèche, qui s’appuie sur un jeu collectif plus que sur la démonstration. Britannica les situe parmi les groupes qui ont relancé un certain garage rock au début du XXIe siècle. Le mot a beaucoup servi, parfois trop. Reste qu’à l’écoute, on entend bien ce qui a frappé : des chansons courtes, tendues, urbaines, qui ne cherchent pas à faire propre.
Le premier déclic documenté, c’est The Modern Age puis surtout Is This It, publié en 2001. Ce disque a installé le groupe d’un coup, avec un son maigre en apparence, mais très tenu dans la fabrication. Rolling Stone parlait alors d’un rock new-yorkais brut, et Pitchfork relevait ce mélange rare entre nonchalance vocale et attaque instrumentale. Le disque a aussi fixé une silhouette sonore que beaucoup ont ensuite imitée, parfois sans comprendre que le vrai ressort n’était pas le vintage mais la précision. La batterie claque sec. Les guitares se croisent sans se marcher dessus. La basse ne meuble pas, elle pousse. Et Casablancas chante comme s’il arrivait en retard, ce qui, manifestement, faisait partie du style.
Le piège du deuxième disque, puis l’élargissement
Après un début pareil, il y avait un piège évident : refaire la même chose en moins frais. Room on Fire, sorti en 2003, n’échappe pas complètement à cette lecture. Pitchfork notait sa proximité génétique avec le premier album, et le groupe a souvent traîné cette réputation de répétition chic. Pourtant, ce disque montre autre chose quand on s’y attarde. Les morceaux gardent la tension initiale, mais laissent entrer des lignes plus pop, des refrains plus polis, des angles moins frontalement garage. Ce n’est pas une révolution. C’est un déplacement de quelques centimètres, ce qui, chez eux, suffit souvent à changer la lumière.
Puis le cadre se fissure. First Impressions of Earth en 2006, puis Angles en 2011 et Comedown Machine en 2013, montrent un groupe moins compact, plus fragmenté, parfois plus aventureux, parfois simplement moins convaincant. Britannica résume assez bien ce moment : davantage de textures électroniques, un éloignement du dépouillement initial, et un accueil critique plus partagé. Pitchfork, au moment de Angles, décrivait aussi un fonctionnement interne compliqué. Cela s’entend par endroits : le groupe semble chercher sa forme tout en se débattant avec sa propre légende. C’est moins net, moins insolent, parfois plus brouillé. Mais ce flottement raconte aussi quelque chose : The Strokes n’ont jamais été un groupe aussi simple que leur premier disque l’a laissé croire.
Le retour tardif, sans miracle
Quand The New Abnormal arrive en 2020, sept ans après le disque précédent, le récit du “retour” est prêt depuis longtemps. Il faut toujours se méfier de ce mot, qui sert souvent à emballer la nostalgie. Le disque, produit par Rick Rubin, a pourtant relancé le groupe de façon tangible. Les critiques n’ont pas parlé d’une seule voix : Pitchfork y voyait un album inégal et parfois trop familier, là où The Guardian saluait plutôt une vieille magie encore disponible, même imparfaite. Les deux lectures peuvent tenir ensemble. L’album ne répare pas tout. Il remet surtout du relief, du cadre, et une envie audible de faire tenir à nouveau les chansons.
Ce regain a reçu une validation plus institutionnelle en 2021, avec le Grammy du meilleur album rock pour The New Abnormal, première victoire du groupe dans cette cérémonie. Et voilà The Strokes repartis, encore une fois, entre prestige, distance et imprévu. Début avril 2026, plusieurs médias ont annoncé un nouvel album, Reality Awaits, avec un premier morceau déjà dévoilé. Ce n’est pas un détail de calendrier. C’est une façon de rappeler que le groupe existe encore au présent, et pas seulement en t-shirt usé sur une photo de 2001. Leur singularité reste là : faire sonner le relâchement comme une discipline, et donner à des chansons très construites l’air d’avoir été trouvées au dernier moment, en traînant. Peu de groupes ont tiré autant d’effet d’un tel faux désordre.
Cinq hommes, un mythe qui résiste mal mais tient debout
Le cas The Strokes est intéressant parce que le mythe a toujours été légèrement bancal. Trop beaux pour être honnêtes, trop précis pour passer pour spontanés, trop distants pour jouer les sauveurs du rock. La presse du début des années 2000 a beaucoup projeté sur eux. Certains y voyaient le grand retour de New York, d’autres une machine à pose. Les deux versions ont coexisté, et le groupe ne s’est pas beaucoup donné la peine de les départager. C’est peut-être pour cela qu’il tient encore. Il n’a jamais vraiment demandé à être aimé pour de bonnes raisons.
Ce qui reste, au fond, est très concret. Des chansons qui démarrent vite. Des refrains qui arrivent sans fanfare. Une impression de vitesse contenue, comme un taxi qui roule trop vite mais sans coup de volant. Is This It reste le point de bascule. Room on Fire consolide. Le reste divise, contourne, revient. Et c’est peut-être mieux ainsi. Les groupes trop linéaires finissent souvent en musée. The Strokes, eux, continuent de donner l’impression d’un chantier jamais totalement fermé.
The Strokes : Reality Awaits (RCA records) – Sortie le 26 juin 2026
En concert le 26 octobre 2026 à L’Accor Arena (Paris) : Site officiel
Sources
- The Strokes – Titre non disponible – 2026
- Encyclopaedia Britannica – The Strokes | Members, Albums, & Facts – 2026
- GRAMMY.com – The Strokes Win Best Rock Album For ‘The New Abnormal’ – 2021
- Rolling Stone – Is This It – 2001
- Pitchfork – The Strokes: Is This It Album Review – 2001
- Pitchfork – The Strokes: Room on Fire Album Review – 2003
- Pitchfork – This Is It: Ten Years of the Strokes – 2011
- The Guardian – The Strokes on their wilderness years: ‘There was conflict and fear – and we got through it’ – 2020
- The Guardian – The Strokes: The New Abnormal review – old magic lights up a patchy return – 2020
- Pitchfork – The Strokes: The New Abnormal Album Review – 2020
- Pitchfork – The Strokes Announce New Album Reality Awaits – 2026
- Pitchfork – Listen to the Strokes’ Auto-Tuned New Song « Going Shopping » – 2026






