Sorti le 13 mars 2026 chez Rough Trade Records, Goldstar est le premier album de The Sophs, sextet de Los Angeles mené par Ethan Ramon. Le disque arrive après une série de singles repérés en 2025, une signature obtenue sur la foi de démos envoyées à Geoff Travis et Jeannette Lee, et un petit emballement critique qui, pour une fois, n’est pas tombé du ciel. Ce qui fait l’actualité du groupe est simple. Un premier album est là. Il est déjà très écrit dans sa tête, très vivant dans ses gestes, et assez instable pour éviter le musée du rock. Goldstar entre, bouscule deux chaises, puis s’assied de travers.
Un premier disque qui arrive déjà avec des angles
The Sophs viennent de Los Angeles et jouent à six. La formation réunit Ethan Ramon au chant, Sam Yuh aux claviers, Austin Parker Jones et Seth Smades aux guitares, Devin Russ à la batterie et Cole Bobbitt à la basse. Le groupe a été signé chez Rough Trade avant même son premier concert, après un envoi de démos à l’ancienne, ou presque. L’anecdote tourne déjà beaucoup, donc inutile de la vernir davantage. Elle dit surtout une chose très simple sur Goldstar. Le disque a été pensé avant d’être cadré par la machine. Cela s’entend. Il garde quelque chose de frontal, de rapide, de pas tout à fait repassé.
La sortie s’appuie aussi sur des morceaux déjà connus. SWEAT, DEATH IN THE FAMILY et I’M YOUR FIEND avaient préparé le terrain. La version finale de l’album compte dix titres, de THE DOG DIES IN THE END à I’M YOUR FIEND, avec au milieu BLITZED AGAIN, HOUSE, SWEETIEPIE ou encore They Told Me Jump, I Said How High. Cette suite de titres annonce assez bien la couleur. Rien ici ne cherche la tenue parfaite. Le disque préfère les gestes brusques, les personnages douteux, les nerfs à vif, les refrains qui grincent un peu. C’est plus utile qu’un storytelling propre.
Des chansons prises vite, puis gardées presque telles quelles
Sur la fabrication, les déclarations du groupe sont assez nettes. Dans Clunk Magazine, The Sophs expliquent que toutes les chansons ont été écrites et arrangées en moins d’une journée. Les démos ont été conservées comme base. Ensuite, ils ont surtout ajouté la batterie live et procédé au mixage. Dans Les Inrockuptibles, Ethan Ramon précise que la plupart des morceaux ont été enregistrés au début de 2024, sur environ trois mois, avec des voix et des guitares captées chez les guitaristes Austin Parker Jones et Seth Smades, dans leur chambre. Puis le groupe a réservé du temps en studio pour ajouter des overdubs de batterie. Le mot important est là. Énergie. Ils ont voulu la garder.
Ce choix de méthode évite à Goldstar de se figer. Le disque a du grain. On imagine des câbles au sol, une pièce trop petite, des prises gardées parce qu’elles respirent encore. Il y a de la vitesse dans la façon dont les morceaux changent d’humeur. Il y a aussi une part de désordre, mais un désordre tenu. Le groupe parle de chansons qui existent encore sous leur forme de démo. Cela veut dire qu’ils n’ont pas cherché à corriger chaque angle. Bonne idée. Le rock gagne rarement à passer au pressing.
Une écriture qui regarde le pire côté de soi
Le vrai centre de Goldstar est peut-être moins musical que narratif. Ramon explique à plusieurs reprises qu’il écrit depuis “la pire partie” de lui-même, pour que cette version vive dans la musique plutôt que dans la vie quotidienne. Dans Dork, à propos de SWEETIEPIE, il décrit un type planté sous la fenêtre de son ex à 3 heures du matin, persuadé d’être un héros romantique alors qu’il ressemble surtout à “just another creep who had too much to drink”. Le disque fonctionne souvent comme ça. Il prend un ego en vrac, le met sous lumière crue, puis laisse le morceau faire le sale travail. Pas de psychologie de comptoir. Juste des comportements, des réflexes, des dégâts.
Ramon présente aussi Goldstar comme une “character study” de son narrateur. Le titre lui-même sert de totem ironique. Une étoile impossible, censée prouver qu’on est le plus spécial de tous. L’idée est bonne parce qu’elle évite le piège de la confession noble. Ici, la honte, la paranoïa, l’envie de plaire, l’alcool, Los Angeles, l’amour et même la misère sociale entrent dans la même pièce. Ce n’est pas un disque qui cherche à se faire aimer pour ses blessures. Il préfère montrer des gens un peu minables, souvent lucides, parfois drôles malgré eux. C’est plus risqué. C’est aussi plus vivant.
Des influences affichées, pas déguisées en révélation
Sur le son, The Sophs assument un disque très mobile. Rough Trade parle d’un groupe qui passe du pop-punk au funk, au talk-singing, avec une écriture pensée comme un geste pop art: emprunter, tordre, reconstruire. Ramon dit même, sur la fiche Rough Trade, vouloir “steal and plagiarize and borrow”. Dans Les Inrockuptibles, il explique qu’il voulait être franc avec chaque influence et éviter la nostalgie automatique, celle de groupes qui veulent rejouer la carrière d’un autre groupe vieux de vingt ans. En clair, Goldstar ne cache pas ses dettes. Il les met sur la table. C’est plus propre que de faire semblant d’avoir inventé la guitare sèche et la saturation.
Les références citées par le groupe vont de Tom Waits à Bright Eyes, de Billy Childish à Howlin’ Wolf, avec au passage Car Seat Headrest, des musiques russes et hongroises du XXe siècle, sans oublier des allusions à un morceau façon Delta blues ou à une inspiration ZZ Top. Cela pourrait tourner au patchwork pénible. Ce n’est pas le cas d’après les éléments disponibles, parce que tout revient à la voix d’Ethan Ramon et à cette manière de faire claquer les changements sans casser l’ensemble. The Sophs décrivent eux-mêmes le groupe en un mot: “contradictoire”. Pour une fois, le mot n’est pas décoratif. Goldstar tient justement dans cette contradiction. Un album très référencé, mais pas soumis. Très juvénile, mais déjà assez méfiant pour ne pas se prendre pour un miracle. Il laisse derrière lui une sensation d’élan et un peu de poussière sur les chaussures. C’est déjà pas mal.
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