La mode a toujours fait partie intégrante de l’univers de David Bowie. Mais derrière les silhouettes iconiques et les costumes spectaculaires, les créateurs qui ont travaillé avec lui – ou se sont nourris de son esthétique – racontent un homme moins obsédé par l’image que curieux, respectueux et attentif au processus créatif.
Créer sans dominer
Parmi ses collaborations les plus marquantes, celle avec le styliste japonais Kansai Yamamoto reste emblématique. Créateur des costumes de l’ère Ziggy Stardust, Yamamoto expliquait que Bowie ne se contentait pas de porter ses créations : il cherchait à comprendre leur logique, leurs références, leur sens culturel. Il évoquait un collaborateur « attentif, ouvert et profondément respectueux du travail des créateurs » (interviews BBC / Vogue). Bowie ne considérait pas le vêtement comme un simple accessoire visuel, mais comme un prolongement narratif de ses personnages. Pourtant, il laissait aux stylistes une réelle liberté. Yamamoto racontait que Bowie proposait, écoutait, ajustait, sans imposer.
Du côté britannique, Alexander McQueen évoquait Bowie comme une figure d’inspiration majeure. Leur rencontre autour du manteau Union Jack porté durant la période Earthling reposait sur un échange d’idées plutôt que sur une hiérarchie rigide. McQueen parlait d’un artiste exigeant intellectuellement, mais jamais dominateur dans la discussion créative (Vogue). Les stylistes soulignent souvent l’absence de vanité excessive chez Bowie : il ne cherchait pas à contrôler le processus, mais à explorer. Le vêtement devenait un outil narratif, pas un trophée.
Hedi Slimane, alors directeur artistique de Dior Homme et photographe, a également immortalisé Bowie dans les années 2000. Là encore, les témoignages évoquent un sujet précis, concentré, peu porté sur l’ego. Bowie savait ce qu’il voulait transmettre visuellement, mais laissait une marge d’interprétation au regard du créateur, sans chercher à figer son image dans une seule posture esthétique.
Le vêtement comme langage
Si Bowie n’a pas travaillé directement avec tous les grands noms de la mode française, son influence y est largement reconnue. Agnès b., par exemple, a souvent cité Bowie comme une figure culturelle essentielle, à la croisée de la musique, de l’art et du style. Sa galerie parisienne a accueilli des expositions liées à son univers visuel, et la créatrice a régulièrement souligné l’importance de Bowie dans la construction d’une esthétique libre, non genrée et transversale, sans jamais réduire son héritage à une simple icône pop.
Thierry Mugler, de son côté, évoquait Bowie comme une référence majeure en matière de théâtralité, de silhouette et de narration visuelle. Même sans collaboration directe attestée, l’influence est perceptible dans la manière dont Bowie a contribué à légitimer une mode spectaculaire, conceptuelle, presque performative.
Les photographes de mode qui l’ont immortalisé — de Mick Rock à Denis O’Regan — parlent d’un sujet concentré, précis, rarement narcissique. Bowie savait ce qu’il voulait transmettre visuellement, mais laissait de l’espace aux regards extérieurs. Avec les années, son style évolue vers plus de sobriété. Moins de théâtralité, plus de minimalisme. Non pas un abandon de la mode, mais une manière de laisser parler les formes sans surenchère.
Bowie n’a jamais traité la mode comme une fin en soi. Elle restait un langage parmi d’autres : au même titre que la musique, le cinéma ou la performance. Un moyen d’exprimer des idées, pas d’imposer une image. Sous les masques, derrière les costumes, se dessine le même portrait que dans ses collaborations musicales : celui d’un homme curieux, respectueux, attentif aux processus, rarement dans la pose.
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