Les Nuits Secrètes ajoutent 23 noms à l’affiche de leur 24e édition. Sur le papier, ça refuse la ligne droite : dub, grime, indie rock, techno, DJ set pastoral, sono mobile, vélos sonorisés. Le festival revendique la surprise plutôt que la routine, et cale cette promesse dans une programmation déjà bien chargée.
Trois jours, trois humeurs
Le vendredi 10 juillet, l’idée est simple : arriver léger, repartir un peu secoué. On croise The Haunted Youth côté indie rock belge, EV qui va chercher le UK garage et la rave culture, et Bleech 9:3 sur une veine grunge-rock alternatif. Radio Meuh pose un DJ set annoncé comme pastoral, pendant que Furie joue le mélange entre cultures brésilienne et française. EG pousse l’hybridation (soul, garage, acid house, italo-disco), et Bankra Bike Soundsystem fait passer la musique par les mollets : DJ sets à vélo, sound systems compris, avec retour annoncé aussi samedi et dimanche.
Le samedi 11 juillet, la nuit se veut plus “club” dans l’imaginaire, plus pop dans les silhouettes. Ascendant Vierge débarque avec son astro techno bruxelloise, Sébastien Tellier vient poser sa pop céleste, Anna ses vibrations électro-sensibles. Barbara Butch est annoncée en reine de nuit et militante de l’amour universel, pendant que Frànçois & The Atlas Mountains apporte une pop plus aérienne. Planète Boum Boum promet la techno-révolte, deBasement la techno-punk abrasive, et Kaleidos Club annonce une rencontre entre house new-yorkaise et Pantsula sud-africain. On sent la constellation volontairement désordonnée : ça brille, ça frotte, ça ne s’excuse pas.
Le dimanche 12 juillet, le festival parle de face cachée, comme si la fin devait montrer ce que le début n’ose pas. Ofenbach cloned arrive en live dans l’électro-cosmique annoncée, Mad Professor donne des cours de dub anglophone, Flava D traverse grime, garage et drum’n’bass. Juste Shani est présentée comme rappeuse neo-soul, Lauravioli comme un pont entre UK garage, bass music et influences latines. DJ Keutch promet d’explorer la culture club, Hyas débarque avec des techno breaks, et l’Ensemble National du Reggae circule en sono mobile, façon musique qui marche plutôt que public qui piétine.
Quand l’affiche rassure pour mieux dérouter
Les “têtes d’affiche” ici ne jouent pas les chefs d’orchestre. Elles font plutôt office de grands panneaux lumineux plantés au bord du terrain, histoire de donner un centre de gravité à un week-end qui aime la dérive. Bigflo & Oli amènent le bloc populaire, celui qui remplit sans discussion et met tout le monde d’accord, au moins sur le volume. Madness, c’est l’angle patrimonial mais pas empaillé : un nom qui charrie une mémoire collective et transforme n’importe quel public en chorale approximative. Mika apporte la pop-spectacle, immédiate, calibrée pour la scène et les grands refrains, pendant que Gaël Faye installe autre chose, plus narratif, plus tenu, un contrepoids qui oblige à écouter au lieu de seulement suivre.
Yelle et Feu! Chatterton jouent les évidences françaises, chacun à sa manière : l’une dans l’énergie synthétique et le sens du décalage, l’autre dans le lyrisme électrique et la posture de groupe. Thylacine, Disiz, Adèle Castillon complètent ce noyau “reconnaissable” sans être uniforme : électronique voyageuse d’un côté, écriture rap de l’autre, pop plus intime au milieu.
La “face cachée” en plein jour
Et au milieu de tout ça, Mosimann, Didier Super, Queen Omega, Johnny & Wallace font un effet de relief : le show, la friction, le dérapage contrôlé, la voix qui ne cherche pas à plaire. Résultat : des noms qui attirent, oui, mais surtout qui permettent au reste de l’affiche, la partie moins “visible”… de se glisser derrière vous et de vous surprendre quand vous pensiez déjà avoir compris la soirée.
Le slogan implicite, c’est “à contre-courant des algorithmes”. Très bien. Reste le test le plus simple : dans la foule, qu’est-ce qui s’entendra vraiment : le nom qu’on connaît déjà, ou le vélo qui passe derrière vous avec une sono ?
Les Nuits Secrètes : 10, 11 et 12 juillet 2026 – Aulnoye-Aymeries (59) – Site officiel – Photo : Sarah Bastin






