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Paris Fashion Week 2026 : Camperlab, la neige sale du luxe

À Paris, Camperlab arrive au matin comme une météo intérieure : pas la neige carte postale, mais le froid qui ronge, qui colle aux semelles, qui rend le corps plus vrai. Le 22 janvier, à la Maison de la Mutualité, Achilles Ion Gabriel installe un blizzard mental et laisse défiler des silhouettes comme des survivants — non pas héroïques, plutôt obstinés, cabossés, tenus ensemble par une idée simple : le vêtement n’est jamais plus crédible que lorsqu’il porte la trace des conditions.

Le calendrier officiel annonce Camperlab en présentation physique au cœur de la matinée du 22 janvier. Le lieu, lui, fait le reste : la Maison de la Mutualité, théâtre Art déco du Ve arrondissement, devient un dispositif de projection où l’on n’assiste pas tant à une collection qu’à une situation : une tempête, une visibilité réduite, une communauté provisoire. FashionUnited parle d’une expérience “immersive”, d’une atmosphère cadrée par une bande électronique et un final live ; Casawi décrit littéralement un public placé “dans un environnement de blizzard”, face à une vingtaine de personnages battus par le vent. Camperlab ne cherche pas l’élévation : il cherche la friction, le souffle court, l’idée que la mode peut encore parler de survie sans se déguiser en documentaire.

Achilles Ion Gabriel : le dernier froid d’un curateur de l’imparfait

On comprend mieux ce show si l’on regarde le parcours du designer comme une méthode plutôt qu’une biographie. Finlandais, formé au design de chaussure, nommé à la tête de Camperlab en 2019, basé entre Majorque et Paris : Achilles Ion Gabriel est un technicien qui a appris à traiter le soulier comme un objet culturel, à la fois artisanal et bizarre, rigoureux et légèrement tordu. FashionUnited ajoute un détail qui change la lecture du moment : cette collection Automne/Hiver 2026-2027 serait l’avant-dernière avant son départ annoncé, après plusieurs années à transformer Camperlab en maison à part entière. Du coup, le froid n’est plus seulement un thème : c’est une tonalité de fin de cycle, une façon de condenser une esthétique (cette “beauté brute” et cette imperfection portée comme une signature) sans la rendre nostalgique.

Casawi précise l’origine : les hivers polaires de Laponie, l’enfance au nord de la Finlande, la nuit longue comme matrice. L’idée n’est pas de “faire nordique” comme on fait un décor ; c’est de laisser les vêtements sembler altérés par le climat. La presse décrit des finitions détruites, des traitements, des lavages, une harmonie presque accidentelle, et une palette tenue au froid : bruns, blancs, gris, bleus pâles, traversés de touches rose et pétrole, comme une aurore boréale réduite à des indices. Les matières suivent : cuirs blancs vieillis (jusqu’à des embossages façon autruche), coton lourd ciré, laines à poil long, denims imprimés et traités. Ici, l’usure n’est pas un effet “grunge” : c’est une manière de redonner au luxe une vérité tactile, de rappeler que la sophistication peut naître d’une contrainte.

La chaussure comme organisme : tenir debout, enfin

Camperlab reste une marque qui pense avec le pied… et la collection l’assume frontalement. Casawi mentionne des TERROSO boots conçues pour des conditions de whiteout, des ESCANDALO revisités (loafers, talons), et surtout une expérimentation plus nette : les sneakers CANICULA, annoncées avec des semelles imprimées en 3D et des câbles interconnectés, comme si la chaussure devait devenir un petit système nerveux, une prothèse visible plutôt qu’une base silencieuse. Les accessoires suivent la même logique d’objet-signature : retours des sacs LAUKKU et LUNSSI en versions plus compactes, nouveau belt avec boucle métal volontairement “distordue”. Même la collaboration annoncée avec le club RCD Mallorca agit comme un rappel des racines majorquines : maillots, denim “taché d’herbe”, écharpe de foot transposée en soie — l’héritage local remis dans un circuit mode global, sans chercher l’excuse.

Le son, enfin, scelle la proposition : Pandora’s Jukebox compose un paysage sonore original, puis Annahstasia clôt en live, voix sombre et hypnotique, accompagnant la sortie des “personnages”. Camperlab ne délivre pas un message : il fabrique une sensation. Et cette sensation, ce matin-là, ressemble à une vérité embarrassante pour l’industrie : ce qui marque, ce n’est pas la perfection, c’est l’empreinte : la neige sale, la matière abîmée, la beauté qui ne promet pas le confort mais la tenue.


CamperlabWeb

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