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Magdalena Bay, pop en mode fenêtre ouverte

Un duo né à Miami en 2016, installé à Los Angeles, qui fabrique des tubes comme on fabrique des interfaces : un peu de glitch, beaucoup de couleur, et cette politesse froide des images qui savent déjà comment circuler

La chanson comme miniature

Magdalena Bay n’a jamais vraiment séparé la musique de son apparition. Le duo : Mica Tenenbaum au chant, Matthew Lewin à la production, et les deux autres à l’écriture, a grandi dans un monde où le refrain se bat pour exister au milieu des notifications. Leur pop ne joue pas contre ça : elle l’absorbe. L’esthétique “fait maison”, l’angle un peu kitsch, la frontalité presque publicitaire des couleurs, tout sert à rappeler que l’émotion est désormais livrée avec son cadre, son commentaire, son petit crochet visuel. Leur trajectoire est d’autant plus lisible qu’elle est pensée comme telle : une identité sonore, mais aussi une manière de se rendre reconnaissable en quelques secondes, avant même que la mélodie ne s’installe.

Mercurial World, l’éclat contrôlé

Quand Mercurial World sort le 8 octobre 2021, le duo fixe une première grammaire : synth-pop brillante, nervosité d’indie pop, et cette obsession de la finition qui donne l’impression d’une surface lisse — alors qu’elle est en réalité pleine de micro-coupures, de détails qui tirent la chanson vers autre chose que la simple bonne humeur. Le titre de l’album dit tout : un monde changeant, mais tenu, mis au point, rendu habitable. Ce n’est pas une nostalgie servie tiède, c’est un langage qui emprunte aux cultures internet et à leurs décors bon marché pour mieux rendre la pop contemporaine crédible : séduisante, oui, mais consciente de ses propres ficelles.

Imaginal Disk, l’upgrade qui déraille

Le 23 août 2024, Imaginal Disk arrive comme une mise en récit de ce que Magdalena Bay fait depuis le début : transformer la pop en scénario de circulation. L’album est conçu comme un concept autour d’un personnage fictif, True, à qui l’on implante un “disk” censé produire une version idéale d’elle-même — et que le corps finit par rejeter. Le pitch est presque trop net, forcément intéressant : à l’heure où tout promet l’optimisation, ils racontent son échec … et la nécessité de réapprendre le “humain” après la mise à jour. La promo prolonge la logique : singles, clips, continuité visuelle, tournée (“Imaginal Mystery Tour”) pensée comme dispositif, et même un passage télé tardif aux États-Unis avec “Image” en octobre 2024.


Et pendant que certains artistes s’inventent une transparence, eux ont choisi un autre jeu : expliquer la machine en la faisant tourner. Le duo s’est fait remarquer aussi pour des vidéos TikTok sur l’industrie musicale, pas vraiment moralisatrices, plutôt lucides, comme si la meilleure manière de survivre à l’époque consistait à en connaître les réglages.


Magdalena Bay : Imaginal Disk (Mom+Pop) Sortie le 23 août 2024 – Concert à la salle Pleyel (Paris), le 17 février 2026

Sources

  • Wikipedia (fiche duo Magdalena Bay)
  • Bandcamp (date de sortie de Mercurial World)
  • Wikipedia (fiche Imaginal Disk : date, concept, performance TV, tournée)
  • Pitchfork (annonce Mercurial World / critique Imaginal Disk)