Annonce officielle datée du 30 janvier 2026 : le directeur artistique en poste depuis 2021 s’en va, avec un dernier défilé annoncé pour la semaine parisienne, début mars. En attendant un successeur, la maison indique que le studio assurera la transition — formulation classique, mais toujours lourde de sous-entendus dans une industrie où la stabilité est devenue l’exception.
Le départ n’est pas une rumeur de couloir de plus dans le “mercato” permanent des directions artistiques : Pieter Mulier quitte bien Alaïa. L’annonce, datée du 30 janvier 2026, clôt officiellement un cycle commencé en 2021, cinq années à peine, et pourtant suffisamment denses pour avoir reconfiguré la place de la maison dans la conversation mondiale de la mode, au-delà de la seule dévotion patrimoniale.
Une sortie sans motif déclaré, un récit laissé aux spéculations.
Ce qui frappe, dans les éléments disponibles, c’est la manière dont la sortie est encadrée : pas de raison donnée, une phrase de continuité (“le studio assurera la suite” pendant qu’un successeur est recherché), et la promesse d’un dernier rendez-vous public au début du mois de mars, lors de la Paris Fashion Week, pour ce qui est présenté comme sa dernière collection. Autrement dit, une fin sans dramaturgie déclarée, mais avec tout ce que ce silence organise : il protège la maison, il protège le créateur, et il laisse l’industrie faire ce qu’elle fait le mieux, c’est-à-dire remplir les blancs.
Car l’ère Mulier chez Alaïa a été l’une de ces parenthèses rares où l’idée de “relance” ne passait ni par le logo, ni par la citation littérale des archives, mais par une forme de discipline : coupe, tension des matières, architecture du corps. Plusieurs médias rappellent que cette approche a aussi produit des objets désirables et immédiatement reconnaissables — accessoires et chaussures en tête — sans pour autant réduire la maison à une stratégie d’it-bags. Et c’est peut-être là que la rupture devient intéressante : Alaïa, adossée à Richemont, se retrouve à devoir prolonger une modernité qui n’était pas un “rebranding”, mais une méthode, une éthique de la forme fidèle à l’ombre tutélaire de Azzedine Alaïa, le couturier du silence.
Alaïa après Mulier : préserver une méthode plus qu’une image.
Reste la question que personne ne peut s’empêcher de poser — et que les articles abordent prudemment comme une spéculation : la destination possible de Mulier, certains l’envoyant du côté de Versace depuis que la maison italienne a bougé ses propres lignes, sur fond de recompositions plus larges liées au Prada Group. Pour l’instant, rien n’est confirmé ; ce flottement fait partie du rite. Mais il dit quelque chose de l’époque : dans la mode, même les sorties “propres” sont désormais lues comme des préludes.







