Nicolas Di Felice quitte Courrèges. L’annonce a été faite mardi 24 mars 2026 par la maison, qui prévoit de nommer un nouveau directeur artistique le 31 mars. Le créateur belge était arrivé en septembre 2020 et laisse derrière lui près de cinq ans de relance nette, entre archives d’André Courrèges, silhouettes coupantes et sensualité de club. Dans une industrie qui adore les chaises musicales, la nouvelle tombe juste après la Fashion Week de Paris.
Une sortie sans grand fracas
Chez Courrèges, les départs ne font pas toujours sauter les murs. Cette fois, la maison a confirmé que Nicolas Di Felice quittait ses fonctions pour se consacrer à “d’autres projets personnels”. La formule est connue. Elle reste la plus propre du vestiaire. Le point concret, lui, est limpide : l’annonce date du 24 mars 2026. Et la suite est déjà cadrée, puisque Courrèges doit dévoiler un successeur le 31 mars. Dans ce secteur, une semaine suffit à transformer un au revoir en lot de spéculations.
Le calendrier n’a rien d’innocent. L’annonce arrive après la fin des défilés automne-hiver 2026-2027 à Paris, ce moment très pratique où les maisons rangent les invités, puis changent de capitaine. Le Monde relève d’ailleurs que d’autres départs ont été annoncés dans la foulée chez Nina Ricci et Etro. Courrèges s’inscrit donc dans un mouvement plus large. La différence, c’est que le cas Di Felice ne ressemble pas à un licenciement maquillé en formule polie. Son passage est généralement décrit comme un redressement réussi. C’est plus embêtant pour la suite, car remplacer quelqu’un qui a remis la maison en ordre est souvent plus compliqué que remplacer un échec.
Cinq ans à recadrer la maison
Arrivé en septembre 2020, Nicolas Di Felice a repris une maison déjà relancée sur le papier, mais encore en quête d’un langage clair. Selon Le Monde, il a remis en place le logo originel, réédité des pièces emblématiques comme les combinaisons seconde peau, les tops côtelés et les vêtements en vinyle, désormais produits avec des matériaux présentés comme plus responsables. Vogue insiste de son côté sur la construction d’une garde-robe immédiatement identifiable : vestes en vinyle, minijupes siglées AC, maille côtelée, jean bootcut. Ce n’est pas rien. Beaucoup de directeurs artistiques font des images. Moins nombreux sont ceux qui fabriquent un vestiaire. Chez Courrèges, Di Felice a visiblement réussi les deux.
Son geste a surtout consisté à déplacer l’héritage sans le déguiser. Le Monde décrit un travail nourri par les archives d’André Courrèges, notamment les formes géométriques et le blanc. Numéro, lors du défilé automne-hiver 2026-2027, parlait encore de tension entre dissimulation et exposition du corps, dans une palette de noir, gris et blanc optique. Cette ligne-là, Di Felice l’a tenue jusqu’au bout. Le corps chez Courrèges n’est pas couvert par réflexe. Il est cadré, découpé, montré par fentes, découpes et surfaces brillantes. Une sensualité froide, si l’on veut. Le genre de formule qui évite à la maison de finir en musée sous housse plastique.
Le dernier défilé avait déjà des airs de point final
Son dernier défilé pour Courrèges a eu lieu le 4 mars 2026, pendant la Fashion Week de Paris. Le Monde note qu’en coulisses, son équipe avait sorti un grand gâteau pour célébrer ses cinq ans dans la maison. Vogue rappelle que la collection était pensée comme “24 hours in the life of a Courrèges woman”. Le thème sonnait déjà comme une mise au point. Pas de finale sentimentale. Pas de feu d’artifice biographique. Plutôt une journée entière mise en vêtements, du matin au soir, comme si le vrai bilan devait tenir dans l’usage. Chez un designer qui a passé cinq ans à rendre la marque portable sans l’aplatir, le signe n’était pas très mystérieux.
Reste maintenant la question que tout le monde pose avant même d’avoir rangé les invitations. Où ira Nicolas Di Felice ? Vogue évoque déjà les spéculations autour d’Alaïa, après le départ de Pieter Mulier pour Versace. À ce stade, rien n’est confirmé. Le fait établi est plus sobre : Courrèges change de direction créative et le nom du remplaçant doit tomber le 31 mars. C’est déjà suffisant pour mesurer l’enjeu. Di Felice avait rendu à la maison une allure précise, une cadence, presque un bruit de talons sur sol dur. La mode adore les tournants. Elle aime moins admettre quand une ligne tenait encore debout.
Courrèges : Site officiel
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