Sunday Best, le nouvel album solo de Nick Jonas, sort ce 6 février 2026 — malgré les raccourcis de circulation qui l’annonçaient sous un improbable « Best Jonas ». Il arrive comme une tenue du dimanche : propre, ajustée, et assez personnelle pour donner l’illusion du risque.
Un piano, une ballerine, et la mécanique du “sincère”
Le 4 février, sur le plateau de The Tonight Show, Nick Jonas commence au piano, encadré par une ballerine qui tourne comme un signe de ponctuation : la fragilité mise en scène, au millimètre. La chanson s’appelle “Gut Punch” — sortie le 1er janvier — et le refrain fait le sale travail à sa place : « Hit me like a gut punch… I hurt my own feelings ». On y entend moins un aveu qu’un protocole contemporain : l’auto-critique comme preuve d’authenticité, la vulnérabilité comme format prêt à streamer. Ce qui frappe, c’est la netteté du dispositif. Jonas n’a pas besoin d’en faire trop : sa biographie publique fait déjà décor, avec ses rôles — mari, père, star — alignés comme des métadonnées. Dans un communiqué repris par la presse, il formule l’angoisse en langage de performance domestique : vouloir être « the best version of myself », un « present and thoughtful husband », un « good father ». Le vocabulaire est celui d’un homme qui se mesure à ses propres KPI émotionnels.
Retour arrière : le 30 novembre 2025, annonce de l’album lors d’un “Sunday Best Brunch” à Las Vegas, dans le restaurant familial Nellie’s Southern Kitchen. 170 fans, une conversation encadrée, un événement “petit” mais calibré — l’intime comme produit rare, donc précieux. Le pop star system aime ces lieux intermédiaires : ni stade, ni club, un sas où l’industrie rejoue l’ancienne scène (l’artiste “proche”) avec les outils du présent (contenus, extraits, récit prêt à reprendre).
Jonas y vend l’album comme une suite d’images : « new stories, candid thoughts, quiet walks home in the city ». Une phrase de carnet, mais déjà pensée pour circuler, capturable en citation, découpable en vertical. Et puis cette pirouette devenue slogan : « 33 years in the making ». On croirait une ligne de packaging, sauf que c’est précisément le point : à l’ère du flux, la durée doit se dire — sinon elle n’existe pas.
Revenir en solo, sans quitter le groupe
Sunday Best est présenté comme un “retour” : premier album solo depuis Spaceman (2021), et, détail révélateur, un disque qui n’efface pas la marque Jonas Brothers mais la gère. Le groupe, lui, a continué : Greetings From Your Hometown est sorti en août 2025, et la tournée-anniversaire (JONAS20) a entretenu la machine. Autrement dit : Nick Jonas revient en solo sans quitter l’architecture collective qui l’a rendu lisible. Il ne s’émancipe pas, il change de focale — ce qui est plus sûr, et souvent plus rentable.
La pop actuelle ne demande plus qu’on choisisse entre “groupe” et “je”. Elle préfère l’alternance, la rotation des formats : un album pour relancer la narration, une tournée pour stabiliser les revenus, un passage télé pour relancer l’algorithme. La confession, ici, sert aussi à ça : remettre un visage (un miroir, littéralement, sur la pochette) au centre d’un système qui fabrique vite l’oubli. Et c’est peut-être la singularité de Jonas : avoir compris très tôt que la maîtrise — du ton, du corps, de la lumière, de la phrase — n’est pas une prison mais une monnaie. Sunday Best n’essaie pas de salir l’image ; il l’humanise juste assez pour qu’elle tienne encore. On appelle ça grandir. On peut aussi y voir une autre forme de discipline : celle d’un artiste qui sait que, dans le marché du “personnel”, le vrai luxe est de rester contrôlable.
Nick Jonas – Sunday Best (Republic records – Universal music) – Date de sortie : 6 février 2026







