Dix ans sans album solo, et Bruno Mars revient avec The Romantic. Neuf titres, une petite demi-heure, pas une once de superflu. La promesse est lisible : de l’amour, du groove, et ce goût du vintage qui lui est comme une seconde peau. Ce n’est pas une métamorphose. Plutôt une façon élégante de remettre la machine en marche sans prétendre réinventer la pop.
La fête, cravate légèrement desserrée
The Romantic, le nouvel album de Bruno Mars s’ouvre comme une scène de film où la lumière est belle, mais où quelqu’un a déjà perdu quelque chose. Les chansons avancent au pas de danse, certes, mais le sourire est travaillé. On parle d’un disque feel good, et c’est juste dans le geste : basse ronde, rythmes accrocheurs, refrains qui savent rester. Sauf que cette mémoire a un prix : ça sonne délibérément familier, comme un beau costume emprunté au vestiaire des décennies passées.
L’ambiance « pour les amoureux » est assumée, presque programmée. Les titres eux-mêmes posent le décor : I Just Might, Risk It All, Something Serious. Mars ne joue pas au poète de chambre. Il fait du sentimental concret, celui qui passe bien sur une piste de danse et dans une voiture la nuit, vitres fermées. Ça fonctionne parce qu’il sait placer sa voix exactement où il faut : nette, souple, jamais pressée.
Studio sans mystère, production au cordeau
Sur le papier, The Romantic est un disque serré, produit par Bruno Mars et D’Mile, édité chez Atlantic. Rien d’exotique au générique, et c’est presque le message en soi : la fabrication doit s’effacer derrière l’écriture et l’efficacité. Neuf morceaux, durée courte — pas l’album qui s’étale pour meubler l’espace.
La couleur est plus latine que ses grands succès de 2016 : accents latinos, touches soul et disco, tropisme rétro revendiqué. On n’est pas dans le voyage documentaire. Plutôt dans l’ornement, le clin d’œil, le geste chorégraphié. Quand ça fonctionne, les chansons s’installent vite, parce qu’elles sont conçues pour tenir dans le corps. Quand ça accroche, c’est la même raison : l’hommage devient réflexe, et l’on aperçoit les coutures.
Il y a aussi ce détail très pop : la mise en scène rattrape l’album. Risk It All arrive avec un clip narratif (mariage, église, mariachi, vieillesse) comme si l’image devait prouver, plan après plan, que le romantisme est bien là. C’est touchant, un peu appuyé aussi. Cette tendresse qui insiste parce qu’elle craint qu’on ne la croie pas. I Just Might joue son rôle de point d’entrée avec une efficacité immédiate : tempo entraînant, parfum rétro, refrain qui accroche. L’ensemble tisse un mélange de rétro-pop, soul, disco et influences latines. Le disque ne cherche pas la rupture, il cherche la continuité, version amoureuse : moins d’ego, plus de décor.
Bruno Mars est à l’aise dans ce rôle de fabricant de belles sensations. Il sait lisser le moindre angle, poser du brillant sans que ça colle, faire chanter une ligne de basse comme une réplique bien placée. C’est précis, parfois trop poli. On aimerait, par endroits, que ça dérape un peu, que ça transpire.
Bruno Mars : Le charme de la formule, et la question qui demeure
Après dix ans d’absence, la tentation aurait été de « prouver » quelque chose. The Romantic fait l’inverse : il rassure, consolide, remet Mars à sa place naturelle : celle d’un artisan pop-soul qui sait emballer une émotion dans un format. Cette familiarité peut être une force ou une limite, selon l’humeur où on l’écoute.
Et puis, il y a une petite ironie à voir un disque aussi bref porter un titre aussi grand. Le Romantique, au singulier, comme une étiquette cousue sur le revers. Ça tient, parce que les chansons sont faites pour tenir. Mais il reste quand même cette question, quand la dernière note se tait : vient-on d’entendre une histoire d’amour, ou une démonstration de savoir-faire très soigneusement éclairée ? Vous avez trente deux minutes…
Bruno Mars : The Romantic (Atlantic records) – Sortie le 27 février 2026 – Concerts les 18, 20 et 21 juin 2026 au Stade de France (Paris) – Site officiel






