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Aller voir les Enfoirés : l’élégance morale repassée vapeur

Aller voir les Enfoirés, ce n’est pas vraiment aller à un concert. C’est accomplir un geste socialement irréprochable, validé par avance, presque tamponné. On y va pour la musique, bien sûr, mais surtout pour être du bon côté. Celui où l’on donne, où l’on applaudit, où l’on se tient bien. Et ça commence très tôt : dès le choix de la tenue.

La tenue correcte exigée, mais intérieurement aussi

Sur scène, Les Enfoirés déroulent leur grande fresque annuelle de générosité populaire, entre tubes revisités, blagues fédératrices et costumes qu’on préférera oublier. Mais dans la salle, le style est d’une rigueur presque impressionnante. Ici, le vêtement ne sert pas à séduire ni à s’exprimer. Il sert à prouver qu’on a compris l’esprit.

Les manteaux sont longs, bien coupés, jamais trop audacieux. Les doudounes sont sobres, souvent noires ou marine, parfois beige pour ceux qui osent une personnalité mesurée. Les pulls sont nets, repassés, probablement choisis la veille. Les jeans sont droits, impeccablement normaux, et les pantalons chino apparaissent comme l’option premium du citoyen engagé. Rien ne dépasse. Rien ne froisse. Rien ne crie.

Accessoires responsables et gestes exemplaires

Aux pieds, les baskets sont autorisées, à condition d’être blanches, propres et sans revendication particulière. Les chaussures de ville font aussi leur apparition, portées comme un signe de respect, presque de recueillement. Les sacs sont sérieux, structurés, fonctionnels. Pas de sac banane ici : trop festif, trop désinvolte. On préfère la besace ou le cabas solide, celui qui dit qu’on pourrait très bien aller travailler juste après.

Les lunettes sont discrètes, souvent rectangulaires, et rarement retirées. Le regard doit rester alerte, impliqué. Le téléphone sort, bien sûr, mais avec parcimonie. Une photo, une courte vidéo, juste ce qu’il faut pour prouver sa présence et son soutien. La story existe, mais elle est sobre, presque pédagogique. On ne se met pas en scène, on documente.

Une soirée sous contrôle moral

On applaudit beaucoup, mais toujours au bon moment. On rit, mais jamais trop fort. On chante, parfois, mais sans débordement. L’enthousiasme est réel, mais contenu, comme s’il fallait éviter toute émotion excessive qui pourrait sembler déplacée. Ici, on soutient, on n’exulte pas.

La consommation suit la même ligne de conduite. Un verre de vin, éventuellement deux, rarement plus. Les snacks sont partagés avec retenue. Le gobelet ne tombe pas, le manteau ne touche pas le sol, le siège reste propre. Tout est tenu, maîtrisé, respectable. On est venu faire le bien, pas se lâcher.

Ce qui frappe, au final, c’est cette silhouette collective, presque figée dans le temps. Le public des Enfoirés s’habille comme il se sent : responsable, sérieux, légèrement exemplaire. Une esthétique de la bonne conscience, repassée avec soin, prête à être ressortie chaque année sans modification majeure. Une mode qui ne cherche ni le plaisir ni le panache, mais la validation morale immédiate. Et qui, dans son immobilité parfaite, finit par devenir un spectacle en soi.


Les Enfoirés : du 13 au 19 janvier 2026 – Billeterie

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