Pour le Nouvel An lunaire 2026, Moschino choisit la littéralité plutôt que le motif : un sac-cheval, sculptural et portable, qui dit autant une manière de faire qu’une manière de regarder.
Chez Moschino, le Nouvel An lunaire est moins un “thème” qu’un prétexte à réactiver une vieille obsession de la maison : faire basculer l’accessoire du côté de l’objet, presque du gag matérialisé. Pour 2026 — l’année du Cheval dans le zodiaque chinois, et un moment commercial majeur pour les marques de luxe — la stratégie générale consiste souvent à plaquer un signe, un motif, une allégorie. Vogue décrit au contraire un paysage où les maisons cherchent désormais une symbolique plus “signifiante”, moins littérale, tant le public se montre plus attentif à la justesse culturelle qu’au clin d’œil facile.
Le gag comme objet
La réponse de Moschino est frontale : un sac qui est un cheval. Baptisé “Horse Bag”, il est présenté par la marque comme une pièce Resort 2026 en édition limitée, conçue pour célébrer l’année du Cheval ; sur le site, il apparaît en cuir nappa (dessus 100% peau de mouton, doublure 100% coton), en coloris brun, au prix affiché de £1,815, avec des dimensions qui assument l’encombrement sculptural (47 cm de largeur, 39 cm de hauteur, 18 cm de profondeur). Cette échelle n’est pas un accident : elle installe l’objet dans l’espace, comme une petite présence.
Ce qui est intéressant, c’est la manière dont le “concept” est tenu par des détails très concrets. Moschino insiste sur des sourcils brodés, une selle en cuir (avec logo), une poignée et une fermeture zippée, ainsi qu’une boucle dorée logotypée. Mieux encore : une armature métallique dissimulée dans les pattes permet au sac de tenir debout, comme si la fantaisie devait prouver, jusqu’au bout, son utilité. Les descriptions publiées par Fucking Young! et Design Scene ajoutent une couche de lecture : le cheval n’est pas seulement une silhouette, il est “animé” (regard, expression), et la selle apparaît en rouge vif, couleur festive explicitement reliée au Nouvel An lunaire. Voilà, vous savez tout.
Appiolaza, ou l’héritage Moschino rejoué
Enfin, difficile de ne pas lire cette pièce comme un symptôme d’Adrian Appiolaza : nommé à la direction artistique en 2024, il arrive dans une maison où l’ironie n’est pas un style mais un langage, et où l’accessoire a souvent servi de commentaire sur la consommation elle-même. Associated Press a d’ailleurs relevé, sur ses défilés, cette façon d’adosser le ludique à des messages plus sérieux, et de faire des sacs des objets-phrases autant que des objets-formes. Dans ce contexte, le “Horse Bag” n’est pas qu’un totem zodiacal : c’est un test de cohérence. Maintenant, question existentielle du jour : Jusqu’où une marque peut-elle pousser la littéralité sans tomber dans le souvenir touristique ? Vous avez trois heures.



Moschino : Horse Bag – 1900 euros – Infos







