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Lana Del Rey, la vitesse lente

Lana Del Rey chante comme on parle à travers une vitre. Tout semble proche, et pourtant déjà loin. Depuis “Video Games”, sa carrière avance par glissements : succès massif, soupçons tenaces, et cette façon d’en faire une esthétique au lieu d’une défense.

Un prénom de cinéma, une voix qui traîne

On la voit souvent immobile au milieu d’un décor trop grand pour elle : une scène, des drapeaux, des écrans, et ce micro tenu bas, comme si c’était un objet qu’on emprunte. La voix, elle, ne se presse jamais. Elle allonge les fins de phrases, laisse l’air faire son travail. On croit entendre une ballade simple, puis une image arrive, pas tout à fait à sa place, et c’est là que ça pique.

Avant d’être Lana Del Rey, elle s’appelle Elizabeth Grant. Le détail n’explique rien, mais il rappelle que le personnage est construit, et qu’elle n’a jamais vraiment fait semblant de faire croire le contraire. Elle choisit un nom qui sonne comme une affiche, puis elle écrit comme une diariste qui aurait avalé des vieux films et des radios nocturnes. “Video Games” déboule en 2011 avec sa lenteur entêtée. Une chanson qui ne pousse pas, qui attire. Internet s’en empare, la voix aussi. L’esthétique “America” devient un piège : pour certains, c’est du décor. Pour d’autres, c’est déjà la méthode, ce mélange de glamour fatigué et de tendresse pas très propre.

La grande porte, et la grimace du public

Quand Born to Die sort en 2012, le succès est immédiat et l’accueil critique, moins simple. Le disque vend, mais la question tourne autour d’elle comme une mouche : “authentique ou fabriquée ?” Elle n’aide pas à calmer le jeu. Elle laisse flotter l’ambiguïté, ce qui, en pop, se paye cash.

Il y a aussi cette télé en direct, janvier 2012, Saturday Night Live. Elle apparaît tendue, la prestation déclenche une volée de moqueries et de commentaires cruels. Le moment colle à sa peau : pas seulement une “contre-performance”, plutôt une scène fondatrice à l’envers, la célébrité comme procès public. Et elle, au milieu, qui continue quand même. Le plus ironique, c’est qu’elle finira par transformer ce soupçon permanent en moteur. On la croit fragile, elle s’installe. On la dit poseuse, elle écrit encore plus près des nerfs. Son style devient un endroit où l’on peut être solennel et ridicule dans la même minute, sans demander pardon.

Lana Del Rey : Virages de studio, retours de flamme

En 2014, Ultraviolence durcit les contours. Les guitares prennent plus de place, la lumière se fait plus sombre. Elle travaille avec Dan Auerbach : l’album a ce grain rock qui fait contraste avec l’image de diva brumeuse qu’on lui colle depuis deux ans. C’est un virage net, pas une “évolution” polie. Puis elle avance par blocs, par atmosphères, jusqu’à Norman Fucking Rockwell! en 2019 : écriture plus ample, production tenue, et ce dialogue serré avec Jack Antonoff qui met ses chansons en vitrine sans les lisser. Les titres respirent, parfois très longtemps, comme si la durée redevenait un droit.

En 2023, Did you know that there’s a tunnel under Ocean Blvd pousse encore plus loin l’idée de confession mise en scène. Les crédits racontent un collectif fidèle : Antonoff, Drew Erickson, et d’autres habitués, autour d’elle. Le disque est long, traversé de voix et de ruptures, comme un album qui accepte de ne pas choisir entre la prière et le roman. En résumé, Lana Del Rey finit par ressembler à ce qu’elle chante : une star qui avance à pied, même quand on lui met une autoroute sous les chaussures.

Et maintenant, l’époque des titres qui bougent. Un projet annoncé comme Lasso, devenu The Right Person Will Stay, puis Stove. Des reports, des ajustements, des morceaux joués avant l’heure, une narration en direct via la presse et les annonces. Ce n’est pas “stratégique”, c’est plutôt son tempo : elle promet, elle décale, elle revient avec un autre nom, comme on change l’étiquette d’un carnet déjà trop écrit. Dans les dernières rumeurs, il est aussi question de chansons coécrites avec son mari, Jeremy Dufrene, et d’une production qui reste arrimée à Antonoff. Là encore, le contraste est son carburant : la figure publique géante, et l’atelier très domestique, presque banal, où se fabrique le prochain décor. Enfin finalement, sort un nouveau single : White feather hawk tail deer unter.


Lana Del Rey : Nouveau single : White feather hawk tail deer unter (Polydor – Interscope) – Sortie le 17 février 2026

Sources

  • PitchforkLana Del Rey Changes Album Name to Stove, Aims for January 2026 Release
  • BillboardLana Del Rey ‘The Right Person Will Stay’ Album Release Date
  • The FaderCover Story: Lana Del Rey Is Anyone She Wants to Be
  • TimeLana Del Rey Takes a Journey to a New Planet Through Song in This Music Video
  • Les InrockuptiblesLana Del Rey : son Saturday Night Live, une catastrophe ?
  • The Hollywood ReporterLana Del Rey’s ‘SNL’ Performance Slammed…
  • GRAMMY.comLana Del Rey | Artist