Sorti le 20 mars 2026 chez Nettwerk, Paradises est le huitième album studio de Ladytron. Le groupe, né à Liverpool à la fin des années 1990, revient avec un disque pensé autour d’une idée revendiquée par Daniel Hunt : le plaisir, ou plus exactement “fun”. Le mot a l’air léger. Le projet, lui, ne l’est pas tout à fait : plusieurs villes d’enregistrement, un travail étalé de fin 2023 au début 2025, et une volonté nette de renouer avec la piste de danse sans abandonner l’ombre.
Le plaisir, enfin, mais en clair-obscur
Ladytron a souvent avancé en biais, contre l’étiquette du moment. The Guardian rappelle combien le groupe a résisté au cadrage electroclash, au point d’en faire presque une méthode. Avec Paradises, le geste est différent. Le groupe assume un pivot plus franc vers le dancefloor. Daniel Hunt résume le principe : “The guiding principle was fun.” Il fallait oser un mot aussi simple après vingt-cinq ans de carrière et autant de détours. Mais Ladytron le tord à sa manière. Ici, la danse n’efface pas la noirceur. Elle la discipline. Elle la met sous néon. Les morceaux avancent avec plus d’air, plus d’élan, parfois même quelque chose de solaire, mais toujours avec cette froideur maîtrisée qui empêche la fête de devenir niaise.
Ce qui frappe sur Paradises, c’est le dosage. Le groupe ne s’invente pas une jeunesse de festival algorithmique. Il ne fait pas non plus son propre pastiche. Il garde ses synthés nets, ses silhouettes de nuit, ses lignes vocales presque impassibles, puis il y ajoute une pulsation plus ouverte. Le Guardian cite “Kingdom Undersea” comme un moment de bliss baléarique, tandis que “A Death in London” resterait plus proche du noir signature du groupe. C’est bien cette oscillation qui tient le disque. D’un côté, l’appel d’air. De l’autre, la vieille ombre élégante. Ladytron n’a jamais eu besoin de sourire très fort pour être lisible. Ce disque le confirme.
Cinq villes, cinq mois, et Jim Abbiss dans la pièce
Sur le plan de l’a fabrication’enregistrement, Paradises a de quoi intriguer. Under the Radar précise que l’album a été écrit et enregistré sur cinq mois à partir de la fin 2023, avant d’être terminé au début 2025. Les sessions ont circulé entre Liverpool, São Paulo, Montrose, Dalston et Dean Street Studios à Soho. Cela fait beaucoup de lieux pour un disque qui sonne pourtant assez cohérent. Il faut croire que le groupe savait exactement ce qu’il venait chercher. L’autre détail important tient à Jim Abbiss, dont l’enthousiasme est salué par Under the Radar. Helen Marnie parle même d’un “homecoming”. Le mot n’est pas idiot : Paradises sonne parfois comme un retour à une vieille méthode, mais avec moins de crispation.
Les citations des membres vont toutes dans le même sens. Mira Aroyo dit vouloir retrouver le sentiment des débuts, celui d’une époque où le groupe n’avait “nothing to lose”. Marnie parle d’aisance. Hunt raconte qu’il ressortait du studio avec un nouveau morceau au bout d’une heure et insiste encore sur cette idée : “Everything became fun again.” Ce faisceau de déclarations peut paraître très propre. Pourtant, la musique lui donne une forme crédible. On entend un groupe moins soucieux de se distinguer contre quelque chose, plus occupé à faire fonctionner ses réflexes à nouveau. C’est une nuance, pas une révolution. Mais après une si longue histoire, la nuance compte.
Ce que le groupe garde, ce qu’il laisse entrer
Le contexte compte aussi. The Guardian rappelle que Ladytron revient après des décennies d’écarts volontaires, de réinventions et même d’un regain inattendu autour de “Seventeen” sur TikTok en 2021. Le groupe aurait pu se contenter d’exploiter cette petite seconde vie numérique. Il ne l’a pas fait de manière opportuniste, du moins selon le récit qu’en donne le journal. Paradises choisit autre chose : reprendre contact avec la fonction physique de cette musique. Bouger, oui. Mais sans épurer ce qui grince. C’est sans doute pour cela que le disque tient mieux qu’un simple “retour à la danse”. Il ne nettoie pas le passé. Il le remet en mouvement.
Ce qui reste, après écoute, n’est pas tant un verdict qu’une sensation de circulation. De la lumière sur des surfaces métalliques. Des battements plus francs que d’habitude. Et toujours cette façon de chanter comme si l’émotion passait par un vitrage fumé. Paradises n’efface pas les ambiguïtés de Ladytron. Il les rend plus mobiles. C’est déjà beaucoup. Et c’est peut-être même la meilleure manière de revenir en 2026 : sans nostalgie revendiquée, sans conversion forcée, juste avec un disque qui sait encore faire entrer du froid sur la piste.
Ladytron : Paradises (Ladytron – Nettwerk Music Group) – Sortie le 20 mars 2026






